Le livre de Marie Cosnay, If, est construit autour de la mémoire. Mais il s’agit d’une mémoire qui ne se souvient pas : l’objet de la mémoire est hors souvenir car cet objet est inconnu. Comment avoir la mémoire de ce dont on ne se souvient pas, de ce qui n’est pas connu, ou de ce qui, étant connu, échappe pourtant à la mémoire que l’on en a ? Ces questions animent If et donnent lieu non à des réponses mais à une pratique d’écriture dont le but est moins de résoudre les interrogations que de les déplier, de les faire rayonner en lignes qui se recoupent ou divergent, dessinant la carte instable d’une sorte de chaos.
Algérie
Anouar Rahmani est un jeune écrivain algérien et défenseur des droits humains. Dans ce qu’il écrit, il milite pour la liberté individuelle, pour l’environnement, pour les droits des minorités LGBT+ en Algérie. A la suite de son interpellation par la police et d’un interrogatoire portant sur ses critiques de certains membres du gouvernement algérien, sur sa religion et ses partis pris politiques, il est convoqué par la justice ce 17 février. Entretien avec l’écrivain Abdellah Taïa.
De toutes choses dites à son propos, et une profusion ont été dites, c’est de son exemplarité qu’il est le plus souvent question : le hirak, depuis le début du mouvement en février 2019, est caractérisé par son exemplarité. Entendre, d’abord (et surtout), par exemplarité, son pacifisme.
La structure du Premier convoi, signé Michèle Perret représente parfaitement sa double finalité, à la fois historique et littéraire : deux textes périphériques, une Introduction et une Postface, manière de volontairement situer le récit dans un contexte attesté.
Un terrain vague, au centre d’un ensemble de maisons réservées à des militaires algériens : des enfants en ont fait leur terrain de foot et l’espace de leurs rêves de grandeur. On les nommera bientôt Les petits de Décembre, dès lors qu’ils organisent une résistance au projet de construction de deux villas sur leur espace de jeux. Alors que l’Algérie se lève contre les vieilles oligarchies militaires, il est bon de relire le dernier roman de Kaouther Adimi, allégorie d’une jeunesse qui refuse ce dont elle devrait mais ne veut plus hériter.
Les lecteurs fidèles de Jean-Noël Pancrazi savent depuis longtemps combien son enfance en Algérie, dans les années 50, l’a marqué et a nourri une grande partie de ses textes.
L’Algérie a toujours été plus ou moins présente dans les romans publiés à ce jour par Kaouther Adimi : L’Envers des autres (2011), Des pierres dans ma poche (2016) et Nos richesses (2017). Avec ce nouveau roman, Les petits de Décembre (Seuil, 2019) l’Algérie est totalement au centre de l’histoire racontée.
Nous venons d’apprendre la mort brutale d’Aziz Chouaki, ce mardi 16 avril 2019, à l’âge de 67 ans. En hommage au dramaturge et écrivain algérien, Diacritik republie l’article que Christiane Chaulet-Achour lui avait consacré en novembre dernier.
Quelle bonne idée celle des éditions bleu-atour autour de republier un texte de Aziz Chouaki Baya, Rhapsodie algéroise, premier livre en prose écrit par l’auteur, alors inconnu, en 1986 et édité en 1989 aux éditions Laphomic, dont la disparition plongea ce premier écrit dans l’oubli. Aziz Chouaki est désormais une figure atypique de la culture algérienne, né du temps de la colonisation, en 1951.
Le 2 avril 2018, il y a huit mois, celle qui a déchaîné tant de passions, Winnie Mandela, décédait à 81 ans, à Johannesburg. Celle qui fut le soutien indéfectible de Nelson Mandela durant sa détention et une militante active et de premier plan de l’ANC avait défrayé la chronique avant et après 1990.
Connu dans les milieux algérois dès la publication de son premier recueil, Argo (1983) puis le roman Baya en 1988 (réédité en novembre 2018 aux éditions Bleu Autour), Aziz Chouaki est certainement l’écrivain algérien le plus inclassable. Sa pièce la plus récente, Nénesse (2017, éd. Les Cygnes), brocarde âprement homophobie, racisme et antisémitisme, farce tragique de notre monde contemporain. Il a aussi écrit deux pièces qui touchent à des actualités brûlantes : les migrants et les soldats coloniaux de la Grande Guerre.
L’annonce faite, le 13 septembre, par le président Macron de la responsabilité de l’État français dans la disparition de Maurice Audin suscite, bien évidemment, comme tout ce qui touche à la guerre d’Algérie, des avis contraires dont certains – que nous nous dispenserons de citer – sont particulièrement violents.
Nos richesses de Kaouther Adimi n’est ni simplement le roman d’un lieu (Les vraies richesses, librairie d’Alger, 2 bis rue Hamani, ex rue Charras) ni tout à fait le récit imaginaire d’une vie (celle d’Edmond Charlot, fondateur du lieu, par ailleurs éditeur).
Diacritik a évoqué à deux reprises le très beau récit de Joseph Andras, De nos frères blessés paru chez Actes Sud en 2016. Après le livre-audio, sa traduction en arabe à Alger et sa mise en scène au théâtre attestent du pouvoir de séduction de ce texte.
56 ans après l’indépendance et la fin de la guerre, l’Algérie a besoin de mémoire, non pas de la mémoire officielle entretenue des deux côtés mais de la mémoire individuelle, celle des gens qui ont vécu dans ce pays, avant la guerre, pendant ce que l’on appelle l’époque coloniale, puis au moment de la guerre d’indépendance, jusqu’en 1962.