Dans son précédent roman, Bordeaux la mémoire des pierres, Jean-Michel Devésa se focalisait sur la métropole aquitaine, où se déroulaient et s’entrechoquaient deux épisodes survenus en 1962 et en 2013. Le lecteur pouvait observer l’incroyable différence qui grésille entre deux événements éloignés dans le temps et qui pourtant se répètent. Cette fois-ci, presque tout se passe à Alger, dans une durée ramassée entre le 8 février 1960 et le 3 juillet 1962.

Pendant plusieurs années, Stéphane Beaud, spécialiste des problèmes d’immigration et d’intégration, a mené enquête auprès d’une famille algérienne venue en France et dont il fit connaissance au terme d’une intervention publique. C’était, d’entrée de jeu, un beau cas : un couple parental d’origine populaire et plein de bonne volonté, huit enfants aux naissances étalées sur seize ans (1970-1986), une grande demande d’éducation par l’école, enfin une dispersion de la famille dans l’espace hexagonal depuis la « cité » provinciale jusqu’à Paris et la Seine-Saint-Denis.

Atlal (Abdou)

Il faut écouter les lieux, entendre ce que les ruines d’un passé, un terrain vague, des souches d’arbres, auraient à dire. C’est par de longs plans contemplatifs et silencieux qu’Atlal invite à la découverte du village algérien d’Oulled Allal, meurtri dans les années 90 par la décennie noire, avant d’aller à la rencontre des témoignages de ses habitants. Une démarche que son réalisateur articule avec celle d’une pratique poétique dont son film porte le nom, consistant à « se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l’invisible ». Rencontre et entretien avec Djamel Kerkar.

« D’une mémoire de pierre l’autre, émergent alors une fable et la lèche saline corrodant la coque d’un paquebot de la Compagnie générale transatlantique peut-être dérouté de sa ligne ordinaire pour arracher une meute désemparée à sa terre et aux menaces pesant sur elle. Au milieu de cette foule partagée entre la panique et le désarroi, une femme, les yeux ouverts les lèvres closes ».

Caresser l’errance d’un pas oublié © Naji Kamouche

La question abordée aujourd’hui est toujours délicate à traiter. Car l’actualité raidit les positionnements et la tentative de revenir à des lectures sur la longueur historique semble vouloir diluer l’urgence de réponses immédiates et noyer le poisson en quelque sorte… On sait pourtant que des rétrospectives relativement sereines et les plus objectives possibles permettent de regarder le présent autrement et de se garder des amalgames. En tout état de cause, on peut essayer de faire ce pari de l’échange, échange de savoirs, de connaissances et d’histoires. Dans la multitude des publications, ce sont deux parcours sur lesquels je voudrais m’arrêter parce qu’ils sont porteurs d’éclaircissements pour un large public. Je signalerai, en fin d’article, deux autres ouvrages plus spécialisés qui aident à aller dans la même direction, celle des croisements d’informations.