Les bruits de langues, ils se tendent et se braquent, ouvrent les mots pour sortir des livres. Ils rentrent, insidieux, dans vos oreilles et murmurent quelque chose qui vient du fond. Ces bruits de langues, dans la bouche d’autrices et auteurs contemporains, racontent quelque chose qui gronde. Une envie de dire, crier, dessiner, filmer, chanter, rapper, lire et partager. Et surtout une nécessité, une urgence à écrire pour donner voix aux invisibles.

« Ce sont des mots, des images. Un afflux d’images.  Ce mot d’abord. Afflux. Flux humains, flux financiers, flux migratoires. Flux comme fleuve, fluvial, to flow, avoir un bon flow. Flux, ce mot avec un x. »
C’est ainsi que Marina Skalova commence l’exploration du terme figurant dans le titre de son livre court et dense, paru au Seuil en avril 2018.

Anael Chadli (DR)

Notes de Voix n’est pas un livre sur l’écriture ou sur la peinture, même s’il y est question de littérature et de peinture. Ce n’est pas un livre qui explique ou illustre le travail du peintre, de l’élaboration d’une œuvre. Notes de Voix concerne le processus de création du livre autant que d’une œuvre picturale dont le développement a lieu ailleurs, en dehors du livre, en même temps que, sous une autre forme, dans le livre. Ce processus de création s’effectue autant qu’il échoue, recommence, est interrogé sans cesse – tout ceci faisant partie du processus lui-même.

À l’occasion de son dixième anniversaire intitulé « Appels d’air », la manifestation des « Littérature : enjeux contemporains » organisée par La Maison des écrivains, à l’initiative de Sylvie Gouttebaron et Dominique Viart, se place sous le signe de l’ouverture, de l’exploration, et de l’invention. Diacritik en sera l’un des invités ce samedi lors d’une table ronde au théâtre du Vieux-Colombier en compagnie des revues Vacarme et En Attendant Nadeau pour discuter, avec Alain Nicolas, du désir de revue aujourd’hui.

Suite et fin des entretiens d’Emmanuèle Jawad autour de « création et politique ». Après Véronique Bergen, Nathalie Quintane, Sandra Moussempès, Leslie Kaplan, Vannina Maestri, Marie Cosnay, Jennifer K Dick, Marie de Quatrebarbes et Liliane Giraudon, c’est aujourd’hui Anne Kawala qui évoque les implications poétiques et politiques de son travail.

Mur parisien © Christine Marcandier
Mur parisien © Christine Marcandier

Autrefois —  « Quand tu penses qu’autrefois c’était hier » (Claro) —, les archives de nos vies étaient personnelles (photographies, journaux intimes, transmissions de récits) ou plus collectives, quand artistes et écrivains s’en emparaient. Aujourd’hui, toutes les vies sont surveillées, archivées, quasi en temps réel, via réseaux sociaux, traçages d’algorithmes et espionnage de masse.

Comme l’écrit Guillaume Vissac dans la préface d’un recueil collectif qui paraît chez publie.net, Surveillances, citant le Lou Reed de Sunday Morning, « fais gaffe, le monde est à tes trousses », il y a pourtant une différence de taille entre « veiller sur et surveiller ». C’est le sujet des textes que rassemble ce collectif passionnant, la fiction comme manière d’interroger et regarder autrement ce monde que nous contribuons, consciemment ou non, à édifier, comme manière de briser ces murs qui nous surveillent et consignent nos vies.

mecc81zenc3Elles en chambre, de Juliette Mézenc, interroge les conditions, les processus et les finalités de l’écriture. Mais il ne s’agit pas d’un essai, puisque le livre se situe dans une sorte d’espace nomade et multiple où la réflexion, la rêverie, la fiction, la poésie se rencontrent pour créer un livre et un discours atypiques qui déplacent et débordent les frontières, les limites des êtres, des genres, des langages.