Je pressentais bien que l’on rentrait dans une ère clinique. Tracks l’a bien compris dans son émission sur Arte du 8 mars dernier qui présentait le film juste avant un rapide reportage sur des artistes chinois proposant la mise en scène de cadavres humains et montrant une préoccupation envers la « surmédicalisation » de notre monde.
Grave, est le premier long métrage de Julia Ducournau, jeune réalisatrice diplômée de la Femis et fille de médecin. Elle y dépeint comment Justine, adolescente issue d’une famille végétarienne, se retrouve, sur la trace de sa sœur aînée et de leurs parents, en première année d’une école vétérinaire. Son arrivée est marquée au fer rouge par un violent bizutage : une absorption forcée d’organes crus d’animaux. Suite à quoi l’étudiante plonge dans une faim carnivore sans limites qui se transforme peu à peu en faim cannibale.

L’histoire du concept de déconstruction – en philosophie et au-delà de la philosophie – est longue et complexe. Mais c’est ici au sens spécifique donné à ce mot par le philosophe français Jacques Derrida que je veux exclusivement référer afin de réhabiliter l’ampleur et la subtilité de ce geste aujourd’hui souvent décrié, essentiellement d’ailleurs par ceux qui ne le connaissent pas. L’amour, qui traverse cette démarche de part en part, semble-t-il, inquiète. Et parce que Derrida a toujours pensé et écrit dans une chronologie décalée, c’est maintenant plus que jamais, alors que notre temps radicalisé est comme allergique à toute forme de subtilité et de nuance, qu’il faut le lire et l’affronter.

Le sous-titre de Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo pourrait avoir des accents balzaciens (Grandeur et décadence d’une exploitation agricole) ou zoliens (Histoire naturelle et sociale d’une famille), sur un siècle de 1898 à 1981 : dans le Gers, à Puy-Larroque, tout semble d’abord un « perpétuel recommencement », dans une ferme qui suit le rythme des saisons et cycles naturels, avant que la petite exploitation familiale ne devienne un élevage de porcs industrialisé et intensif, selon un double mouvement d’accélération et de chute, jusqu’à « l’effondrement ».
Le magnifique et très dur roman de Jean-Baptiste Del Amo, au-delà de ses qualités littéraires, épouse la course folle qu’est devenu l’élevage, au mépris de tout respect de la nature comme des animaux, tout en dévoilant jusqu’à l’insoutenable une violence et une cruauté qui s’exercent aussi bien sur les hommes que sur les bêtes.

Ce vendredi 17 mars se poursuit le cycle des « Soirées Diacritik » initié à la librairie Atout Livre qui est désormais le partenaire de nos rencontres littéraires et critiques où, régulièrement, un auteur vient échanger avec la revue et le public autour de son œuvre.
Ce nouveau rendez-vous, animé par Johan Faerber (Diacritik) et David Rey (Atout Livre), prend place vendredi à 19h30 avec Tanguy Viel à l’occasion de la récente parution de son noir et puissant Article 353 du code pénal (Minuit).

Rosa B. est devenue végétalienne en 2006 en réaction à la souffrance des animaux d’élevage avant de devenir blogueuse engagée en faveur de la cause animale. Depuis 2008, elle dessine sur son blog le quotidien d’une femme engagée volontaire dans un monde régi par des règles et de comportements millénaires.

Le Secret de la chambre noire, de Kiyoshi Kurosawa, peut être envisagé selon un tropisme en lien avec la serre où Marie (Constance Rousseau), quand elle n’est pas la fille aux daguerréotypes, élève des plantes rares.
Le sujet principal du film, ainsi que les attendus fantastiques de son récit, concernent pourtant bien la réalisation de portraits sous forme de daguerréotypes. Stéphane Hégray (Laurent Gourmet) photographie sa fille dans un atelier situé au sous-sol de sa demeure ancienne, à Gennevilliers. Le terrain des Hégray est isolé, dans un paysage en attente de reconstruction, selon un étrange déplacement des zones désertes que le cinéaste a su filmer au Japon.

Ce mercredi 15 mars se déroulera l’épisode 7 de l’Histoire du vertige brossée par Camille de Toledo à la Maison de la Poésie de Paris en partenariat avec Diacritik et Remue.net.
Dans ce septième et nouvel épisode, Camille de Toledo entamera une réflexion sur les généalogies vertigineuses à partir des Disparus de Mendelsohn ou comment faire une archéologie de l’effacement, et comment incidemment passer du 20e au 21e siècle…

Faut-il manger les animaux ? telle est la question percutante posée en titre de la traduction française (2011) du livre de Jonathan Safran Foer, Eating animals (2009), un essai publié parce qu’« il faut chercher un moyen de mettre la viande au centre du débat public, de la même façon qu’elle se retrouve bien souvent au centre de nos assiettes ».

Il suffit d’être un peu attentif pour entendre le nom de Camus dans la bouche de tout un chacun, comme si évoquer son nom ou une de ses phrases – prise au hasard dans un site de citations ou de vagues souvenirs scolaires –, conférait un label de crédibilité. Les hommes politiques, quelle que soit leur couleur, en sont friands et il est évident que je n’ai ni l’intention ni la possibilité de tout recenser mais plutôt de pointer un phénomène qui, selon son humeur du jour, irrite ou fait sourire, et en tout état de cause, plonge le nom de Camus dans le « politiquement correct ».