Faut-il manger les animaux (3) : « L’antispécisme, c’est pas pour les chiens »

Rosa B. est devenue végétalienne en 2006 en réaction à la souffrance des animaux d’élevage avant de devenir blogueuse engagée en faveur de la cause animale. Depuis 2008, elle dessine sur son blog le quotidien d’une femme engagée volontaire dans un monde régi par des règles et de comportements millénaires.
Déjà auteure d’Insolente Veggie (La Plage, 2015), celle qui ne s’appelle probablement pas Rosa B. (mais dont le nom évoque instantanément l’artiste française spécialisée dans la peinture animalière et icône féministe… Rosa Bonheur) revient avec un second tome : L’antispécisme, c’est pas pour les chiens.

Le mot et le concept de « spécisme » ne datent pas d’hier : environ 2400 ans avant Aymeric Caron — quand Aristote affirmait déjà, et entre autres, la supériorité de l’homme, établissant une hiérarchie entre les espèces animales dans son Histoire des animaux. Fondamentalement lié à son antithèse, l’antispécisme, lui, est un peu plus récent (7 ans avant Jonathan Safran Foer), et affirme que « l’espèce à laquelle appartient un animal n’est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter et de la considération morale qu’on doit lui accorder ».

En d’autres termes : pourquoi mangeons-nous certains animaux et pas d’autres ? Pourquoi faire souffrir les animaux dès leur élevage en batterie puis lors de l’abattage ? Et surtout, ce que montre Rosa B. avec beaucoup de finesse, pourquoi les arguments des antispécistes sont-ils souvent contrés par des objections qui n’ont – passez-moi l’expression – rien à voir avec le steak (fût-il de soja) ?

Avec L’antispécisme, c’est pas pour les chiens, Rosa B. déroule son sujet de prédilection avec humour, intelligence et acuité. Jamais avare de définitions, très didactique, Rosa B. s’y entend pour croquer des saynètes qui parleront à tous (que l’on soit dans le camp du anti- comme dans celui du pro-) et qui conduiront tour à tour à sourire, s’interroger, apprendre, comprendre. Si l’on en croit le livre, des rayons du supermarché aux discussions entre amis en passant par l’écoute des arguments fallacieux des spécistes (ou à défaut des défenseurs par habitude d’un mode de vie carnivore), l’antispécisme est un militantisme de chaque instant.

Le chapitre consacré aux sophismes des spécistes est d’ailleurs l’un des passages qui frappe le plus car on pourrait aisément dupliquer les situations évoquées à d’autres sujets de discordes. Au hasard, la tolérance et l’intolérance, le racisme et l’antiracisme, les programmes des partis politiques vus par deux camps opposés… Les sophistes sont partout, et Rosa B. le démontre parfaitement dans le cas de sa cause de prédilection.

Amusant (tout en ironie et en cynisme), dérangeant (parce qu’il met des mots sur des pratiques industrielles, commerciales et sémantiques) et engagé, L’antispécisme, c’est pas pour les chiens bat en brèche beaucoup d’idées reçues sur les pratiques végétariennes, véganes ou végétaliennes dans un monde carnivore par atavisme. Les sketchs de Rosa B. sont un florilège de situations comico-cruelles qui pointent avec juste ce qu’il faut de mauvaise foi l’absurdité des arguments des spécistes.
Faites passer le message : l’antispécisme, c’est pas fait pour les chiens, c’est juste fait pour poser et re-poser la question, pourquoi faut-il manger les animaux ? Les animaux n’ont pas le choix, eux.

Rosa B. L’antispécisme, c’est pas pour les chiens, 192 p. noir et blanc, La Plage, 15 € 90