514918

Curieuse idée que celle de « vendre » l’excellent Toni Erdmann en en faisant une comédie pure, un film sensé remonter le moral car aimable et drôle. Drôle, le film l’est assurément, « aimable », beaucoup moins. A l’inverse d’un feel good movie, dernier graal du producteur, Toni Erdmann promène une belle mélancolique, et est même, osons le mot, joyeusement déprimant. Ce qui remonte le moral, il faudra bien que les publicitaires le comprennent, ce n’est pas un film où tout le monde sourit en applaudissant le soleil du matin. Ce qui remonte le moral du spectateur, c’est voir un bon film. Et Toni Erdmann est un très bon film.

A bout de souffle

Festival de Cannes 1996… Michael Cimino présente ce qui restera comme son dernier film, Sunchaser, au cours d’une des projections les plus tristes de l’histoire du festival. Après une suite d’échecs commerciaux puis artistiques, la sélection en compétition peut relancer le réalisateur. Ce qui devrait être un événement passe en fait inaperçu et, vu la qualité du film, c’est une chance : Cimino ne fait plus de bons films et ne fait même plus scandale.

(La première partie de cet hommage peut être lue ici)

CmbbGsyXEAAH36q.jpg_medium

Le dernier film de Michael Cimino est donc Sunchaser. C’est officiel et c’est dramatique. Figure tutélaire du nouvel Hollywood, au côté d’autres maîtres comme Scorsese, Spielberg, Lucas, Coppola, DePalma ou Friedkin, Michael Cimino incarna ce mouvement, jusque dans ses excès. Le succès de Voyage au bout de l’Enfer  fut l’un des sommets de cet âge d’or. L’échec des Portes du Paradis précipitant la chute de cette « politique des auteurs » au cœur de l’industrie hollywoodienne. La deuxième partie de sa carrière fut un long déclin : Un dernier grand film, un dernier film maudit, son premier film sans intérêt, son premier navet : Sunchaser. Il n’aura donc jamais réussi à réaliser son rêve d’adapter La Condition humaine  de Malraux. Accessoirement, il n’aura jamais réalisé mon rêve de cinéphile : le voir adapter La Route de Cormac McCarthy…

The Neon Demon Photo Elle Fanning © Koch Media

Nicolas Winding Refn a du talent ! Beaucoup de talent. On le sait. Son problème c’est que lui aussi le sait et que depuis le coup d’éclat de Drive (prix de la mise en scène au festival de Cannes 2011), le cinéaste danois se regarde filmer et met beaucoup d’énergie à réaliser des films paresseux. Le générique même renseigne sur le degré d’autosatisfaction du danois, signant son film NWR, comme une marque de vêtement de sport… Si le sigle peut s’expliquer par l’univers superficiel que décrit le film, on ne peut s’empêcher de penser que Lars Von Trier vient de trouver un concurrent au titre du boulard d’or. Le Danemark, patrie des réalisateurs mégalos. Il y a donc quelque chose de très agaçant dans The Neon Demon : il est évident que l’on tient là un des plus beaux attrape-nigauds de l’année, mais, le spectateur ne peut s’empêcher d’être nigaud (deux fois le mot nigaud dans un texte au XXIe siècle, c’était donc possible). The Neon Demon fait partie de ces films entêtants, dont on est sorti assez déçu mais dont on n’arrive pas à se débarrasser. Quelques images baroques restent accrochées à notre esprit dont on ne sait pas trop quoi faire : belle arnaque ou réplique sismique ?

047505.jpg-c_300_300_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Elle  de Paul Verhoeven est un de ces petits miracles devant lesquels le cinéphile se sent humble. Non pas que le film soit un chef d’œuvre absolu, les coutures du cinéma de Verhoeven sont toujours aussi visibles. Mais à la sortie de la salle, on ne peut s’empêcher de penser que le film revient de loin, que Paul Verhoeven est très proche d’avoir réalisé un film irresponsable ou dégueulasse sur le viol. Miraculeusement donc, Verhoeven ne sombre jamais dans la psychologie de bazar misogyne, au contraire, débarrassé des contraintes des grosses machines hollywoodiennes, il réalise avec Elle son film le plus transgressif, le plus déroutant, son meilleur film.

599218.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx
Croyez-bien que j’en suis tout à fait désolé, mais le dernier Woody Allen, comme la grande majorité de son œuvre, est très réussi. J’aurais beaucoup aimé en dire un peu de mal, c’est fatiguant de dire toujours du bien de Woody, on manque d’inspiration pour dire, une fois encore, l’éblouissement que provoque presque chacun de ses films. Pire que tout, Cafe Society  fait une certaine unanimité. Bon, on sait bien que les mêmes qui encensent le film aujourd’hui nous expliqueront l’année prochaine que Woody ne fait plus rien depuis Annie Hall / Match Point / September (oui, certains critiques aiment beaucoup faire leur intéressant, parce qu’honnêtement, September, sauf si on a joué dedans…), si maintenant on doit être cohérent avec ce que l’on a écrit…

Marvel's Captain America: Civil War Captain America/Steve Rogers (Chris Evans) Photo Credit: Zade Rosenthal
Captain America: Civil War © Marvel 2016

Il y a quelques années, Batman – Dark Knight rappelait que l’on peut faire un beau film d’auteur avec un mec déguisé en chauve-souris. Nolan remontait au mythe du cavalier maudit, obligé de chevaucher sa monture jusqu’à la fin des temps. Un blockbuster peut-être une œuvre personnelle et audacieuse, ce n’est pas un scoop, mais il faut avouer que les franchises Marvel finissaient par nous faire douter.

les-ogres-de-lea-fehner_5558197
Les premières secondes du film sont presque silencieuses, la caméra frôle une équilibriste, on entend à peine la musique, quelques paroles, puis, le champ s’élargit, nous sommes sur la scène d’un théâtre itinérant. Alors la musique et les comédiens envahissent l’écran, une mariée kusturikienne est portée en triomphe par une bande de comédiens ivres ou jouant l’ivresse, on ne sait plus, ça gueule, ça crie, ça boit à la santé de la mariée, les spectateurs de la pièce sont invités à vider leur verre de vodka, la caméra passe d’un acteur à un autre, on suit dans le même mouvement une actrice sortir de scène, un acteur se préparer dans les coulisses qu’un simple rideau sépare de la scène. Dans la salle le spectateur est vite emporté dans cette tornade dont chaque plan semble volé mais dont on comprendra vite qu’ils sont composés avec la plus grande des maitrises. Les Ogres vient de débuter, pendant 2h30 qui fileront comme une fête très arrosée (et sans la gueule de bois), nous aurons l’impression de faire partie de cette troupe de comédiens itinérants qui jouent Tchekhov à travers la France.

leo-xlargeIl est réconfortant de se rappeler que le système hollywoodien sait produire autre chose que des films pour ados, des adaptations de comics ou des poursuites en bagnoles (si possible avec des filles en short qui applaudissent). Déjà oscarisé pour Birdman, Alejandro Gonzalez Iñarritu est devenu l’un des meilleurs représentants d’un cinéma d’auteur commercial mais ambitieux, profondément ancré dans une tradition cinématographique.

maxresdefault
Il faut toujours un peu de temps pour savoir si un film des frères Coen est un « petit » ou un « grand ». Fargo reçut des critiques favorables mais mesurées lors de son passage à Cannes. Lors de sa sortie en septembre 1996, les mêmes critiques s’inclinaient devant le chef d’œuvre. Avant de devenir un film culte, The Big Lebowski sortit en France sous l’air du « petit divertissement sympa » que l’on réserve aux films de genre en général et aux comédies en particulier. Parfois, le temps semble relativiser la qualité du film : The Barber n’aura pas tenu la distance. Pour Intolérable cruauté ou Ladykillers le temps ne changea rien à la déception, les films étaient ratés. Et A Serious Man, l’un de leurs meilleurs films ? On parlera de film maudit…