Parmi les nombreux choix controversés du dernier jury du festival de Cannes (oubli de Toni Erdmann ou Sieranevada, présence du fadasse film de Dolan), la présence de Personal Shopper au palmarès est surement le moins défendable. Soit le Prix de la mise en scène, ex-æquo avec le Baccalauréat de Cristian Mungiu qui pouvait, lui, prétendre à la Palme d’or, pour un film au style pompeux, aux grosses ficelles et qui fait déjà partie du pire de la filmographie chaotique d’Olivier Assayas…

Copyright Mobra Films
Copyright Mobra Films

Quelques mois après l’excellent Sieranevada de Cristi Puiu, Baccalauréat confirme l’excellente forme de la nouvelle vague roumaine comme la triste situation du pays. Au moins l’interminable crise roumaine aura-t-elle permis l’éclosion d’une génération de cinéastes brillants, nous rendant compte de l’état d’un pays qui accouche dans la douleur d’une démocratie fragile. 

Salesman

Retour en Iran pour Aasghar Farhadi, après le succès retentissant d’Une séparation puis l’escapade française réussie du Passé. Prix du scénario et d’interprétation à Cannes, Le Client confirme la position du cinéaste iranien, celle d’un cinéaste majeur. Un couple de la classe moyenne iranienne : un tremblement de terre les oblige à déménager. Le nouvel appartement appartenait à une prostituée, ce qui dans l’Iran des Mollah se rapproche de la maison du diable à Amityville. D’ailleurs, on n’ose parler de « prostituée » et les personnages préfèrent un pudique « femme aux mœurs dissolues », dire « prostituée » c’est dire Voldemort dans Harry Potter… Un jour un homme, peut-être un ancien habitué, ayant lui-même des mœurs assez dissolues, s’introduit dans l’appartement, agresse violemment la femme et s’enfuit. Méprise ? Agression volontaire ? Pendant que son épouse tente de surmonter le traumatisme, le mari décide de retrouver « le client ».

Moi, Daniel Blake Photo Dave Johns Copyright 2016 PROKINO Filmverleih GmbH
Moi, Daniel Blake Photo Dave Johns

Si la palme d’or au dernier festival de Cannes semble un peu excessive, Moi, Daniel Blake est incontestablement le meilleur film de Ken Loach depuis Sweet Sixteen. Il faut avouer que l’on avait un peu fait une croix sur Ken le rouge, ceux-là même qui louaient son cinéma engagé pouvaient se montrer déçus par une radicalisation qui enlevait à ses films le minimum de subtilité nécessaire. Les films de Loach restaient la plupart du temps d’une certaine tenue, mais traversés de grands moments d’imbécillité où le militant extrémiste prenait le pas sur le cinéaste. Auteur majeur pendant une décennie (de Riff Raff à Sweet Sixteen) malgré quelques écarts malheureux comme Carla’s Song ou Bread And Roses gangrenés par sa haine des États-Unis, Loach réalisait toujours de bons films, plus de grands films.

Mademoiselle Park Chan-Wook
Il est toujours étonnant de sortir d’un film de Park Chan-Wook, cinéaste pourtant éclectique, avec la même impression : celle d’un mélange d’admiration pour le travail formel du cinéaste et de frustration pour s’être toujours un peu ennuyé. L’œuvre du réalisateur coréen est pourtant originale mais si souvent décevante. Chez l’auteur de Old Boy le synopsis est toujours sensationnel, ou au moins excitant, mais souvent développé par un scénario décousu et rarement subtil. Mademoiselle n’échappe pas à la règle et appartient à la singulière catégorie des films à moitié réussis mais que l’on se surprendra à conseiller parfois, comme malgré soi : on s’y ennuie un peu, mais on y trouvera quelques images fantasmagoriques inoubliables, une pendaison lors d’une nuit enneigée, une pieuvre débordant d’un bocal, figurant la monstruosité des personnages masculins.

La fille inconnue des frères DardenneIl faudrait avoir une bien médiocre opinion du cinéma des frères Dardenne pour ne pas trouver leur dernier opus assez décevant. La Fille inconnue n’est certes pas un mauvais film, mais il tient difficilement la comparaison avec les nombreuses pépites de leur riche filmographie. Le synopsis du film s’inscrit bien évidemment dans la veine sociale « dardennienne » : Jeune médecin travaillant dans un dispensaire, Jenny se consacre à ses patients de tout son cœur, mais un soir, fatiguée, énervée, elle refuse d’ouvrir à une jeune fille sonnant à sa porte après l’heure de fermeture. On retrouvera le cadavre de cette jeune inconnue le lendemain. Submergée par la culpabilité, Jenny va enquêter pour mettre un nom sur ce corps.

Aquarius
Déjà remarqué avec un premier film prometteur, quoiqu’un peu surestimé : Les Bruits de Recife, le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho confirme avec ce qui restera comme l’une des plus belles surprises de l’année cinéma : Aquarius, injustement oublié au palmarès du festival de Cannes par un Jury qui semble avoir consciencieusement évité une bonne partie des meilleurs films de la sélection.

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Elle  de Paul Verhoeven est un de ces petits miracles devant lesquels le cinéphile se sent humble. Non pas que le film soit un chef d’œuvre absolu, les coutures du cinéma de Verhoeven sont toujours aussi visibles. Mais à la sortie de la salle, on ne peut s’empêcher de penser que le film revient de loin, que Paul Verhoeven est très proche d’avoir réalisé un film irresponsable ou dégueulasse sur le viol. Miraculeusement donc, Verhoeven ne sombre jamais dans la psychologie de bazar misogyne, au contraire, débarrassé des contraintes des grosses machines hollywoodiennes, il réalise avec Elle son film le plus transgressif, le plus déroutant, son meilleur film.

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Croyez-bien que j’en suis tout à fait désolé, mais le dernier Woody Allen, comme la grande majorité de son œuvre, est très réussi. J’aurais beaucoup aimé en dire un peu de mal, c’est fatiguant de dire toujours du bien de Woody, on manque d’inspiration pour dire, une fois encore, l’éblouissement que provoque presque chacun de ses films. Pire que tout, Cafe Society  fait une certaine unanimité. Bon, on sait bien que les mêmes qui encensent le film aujourd’hui nous expliqueront l’année prochaine que Woody ne fait plus rien depuis Annie Hall / Match Point / September (oui, certains critiques aiment beaucoup faire leur intéressant, parce qu’honnêtement, September, sauf si on a joué dedans…), si maintenant on doit être cohérent avec ce que l’on a écrit…

Marvel's Captain America: Civil War Captain America/Steve Rogers (Chris Evans) Photo Credit: Zade Rosenthal
Captain America: Civil War © Marvel 2016

Il y a quelques années, Batman – Dark Knight rappelait que l’on peut faire un beau film d’auteur avec un mec déguisé en chauve-souris. Nolan remontait au mythe du cavalier maudit, obligé de chevaucher sa monture jusqu’à la fin des temps. Un blockbuster peut-être une œuvre personnelle et audacieuse, ce n’est pas un scoop, mais il faut avouer que les franchises Marvel finissaient par nous faire douter.