À travers ses doubles – Frantz Fanon, Jean-Luc Godard –, John Edgar Wideman mène dans Le Projet Fanon (Éd. Gallimard) son questionnement politique. « Tout n’est qu’une seule et unique chose, à jamais, le monde que je fabrique à partir de moi-même, le moi-même que le monde fait de moi. »
Auteur : Christine Marcandier
Dans Flaubert à La Motte-Picquet, Laure Murat souligne le rapport intime et presque consubstantiel entre littérature et déplacement en train. Prenons-la au mot, avec un carnet de voyage et des arrêts dans quelques textes récents, en images.
Roland Barthes voyage en Chine du 11 avril au 4 mai 1974, en compagnie de François Wahl et d’une délégation de Tel Quel, composée de Philippe Sollers, Julia Kristeva et Marcelin Pleynet.
Ils ont payé leur voyage, leur itinéraire est balisé, préétabli, fléché. Ce que Barthes appelle le « Tourisme de rois. Tout ce voyage : derrière la double vitre de la langue et de l’Agence », chargée d’accompagner les intellectuels occidentaux dans leur périple à travers la Chine, de traduire, mais aussi de faire écran.
Le mercredi 23 septembre, en seconde partie de soirée, Arte diffuse un passionnant documentaire, « Roland Barthes, le théâtre du langage« . 55 minutes d’archives pour (re)composer un (auto)portrait de celui dont on fêtera, le 12 novembre prochain, le centenaire de la naissance.
Ces livres que l’on possède, parfois en plusieurs exemplaires et qu’on rachète, pour l’édition, parce qu’elle crée l’irrépressible envie de relire le texte autrement. Ainsi, ce Roland Barthes par Roland Barthes, racheté, alors qu’évidemment le texte figure dans le volume 4 des Œuvres complètes, lu, relu, étudié, commenté. N’en demeure pas moins la séduction de cette édition, avec photos, aérée, portative, comme le disait Voltaire de son dictionnaire…
En 2010, Thomas Clerc publie un recueil de 18 textes — L’Homme qui tua Roland Barthes — revenant sur des morts célèbres, criminelles, volontaires, parfois accidentelles — Lady Di, Pier Paolo Pasolini, Pierre Goldman, Édouard Levé, un président des États-Unis, Anna Politskaïa etc., des icônes mais aussi des proches de l’écrivain, Édouard Levé qui entre dans les deux catégories, l’arrière-grand-père…
« Au cours des dix dernières années, j’ai eu quarante-deux emplois dans six États différents. J’en ai laissé tomber trente, on m’a viré de neuf, quant aux trois autres, ç’a été un peu confus.
Granta fait converser deux écrivains radicaux, Ben Marcus et George Saunders.
Roland Barthes (1915-1980), un mythe. Un auteur immense, pas seulement pour son œuvre critique (monumentale, source extensive) mais aussi pour ses romans en creux, que l’on pense aux inédits chez Christian Bourgois, les Carnets du voyage en Chine, ou au Seuil, Le Journal de deuil, aux Fragments d’un discours amoureux, à la Chambre claire ou aux Mythologies. L’œuvre ne cesse, depuis la mort accidentelle de Roland Barthes, d’être déployée, commentée, rééditée (dont les magistrales Œuvres complètes sous la direction d’Éric Marty au Seuil toujours, son éditeur historique).
Enon est le second roman d’un écrivain américain découvert avec Les Foudroyés, un texte longtemps refusé, finalement publié à 3500 exemplaires par une petite maison d’édition et… lauréat du Prix Pulitzer 2010. Mais Paul Harding n’est pas un phénomène éditorial. C’est un immense prosateur de l’intime, l’écrivain des deuils et failles, ce que confirme Enon, sorti en grand format (Le Cherche-Midi, « Lot 49 » en 2014), qui paraît en poche chez 10/18.
La Machine littérature d’Italo Calvino a été publié en français en 1984, au Seuil. Dans La Machine littérature, des pages éclairantes sur Stendhal, Balzac, Les Fiancés ou Homère (parmi tant d’autres), des réflexions sur la littérature, telle qu’on l’écrit, telle qu’on la lit ou la commente, sur les genres, tels qu’on les transgresse. Sur les classiques aussi, ou que l’on nomme tels.
Certes, cette exposition est terminée depuis juillet dernier.
Ces quelques photographies prises sur place comme une trace, donner à voir quand tout a été replié.
A paraître, le 13 novembre 2015, chez Mercure de France (collection « Petit Mercure ») un choix — par Régine Detambel — de Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon (1861-1944).
Dans La Carte et le Territoire (Flammarion, 2010, Prix Goncourt la même année, disponible en poche, chez J’ai Lu), Michel Houellebecq avait créé le personnage de Jed Martin, artiste, représenté par la galerie Franz Teller (Paris).
Si les Carnets du voyage en Chine mettent en lumière l’absence de texte possible sur la Chine, sinon sous la forme fragmentaire, par essence lacunaire, des notes ou celle, condensée, d’un article pour Le Monde (« Alors, la Chine ? »), le Journal de deuil de Roland Barthes creuse une autre absence, absolue, qui n’est pas celle de l’écriture, mais celle de la mère, morte le 25 octobre 1977.