Arte diffuse le documentaire Kurt Cobain : Montage of Heck, titre tiré de celui donné par le leader charismatique de Nirvana à l’une de ses cassettes audio. Film autorisé par Courtney Love et la famille qui témoigne largement, produit par Frances Bean, la fille du chanteur, construit depuis des archives intimes, ce « bazar organisé » s’offre comme un biopic dans ce que le genre a de pire : un hymne à la gloire du génie solitaire et incompris, dont tout dessin, tout film super 8, toute cassette, toute déclaration publique et/ou photographie devient une brique construisant le mur de la légende.

Megan Hunter, née en 1984 à Manchester, est poète. Elle investit pour la première fois le roman avec La Fin d’où nous partons. Plus encore, elle se saisit du roman d’anticipation, genre par essence hybride, croisant peurs ancestrales, désenchantement présent et angoisses futuristes. Elle en fait la forme romanesque à même de dire l’intériorité complexe d’une jeune mère et les désordres climatiques et politiques d’un moment. La fin d’où nous partons narre une double crise, intime et collective, dans un texte qui tient de l’épopée à rebours, une fois réduite en fragments de prose par l’apocalypse.

« Il a disparu. Qui a disparu ? Quoi ? »

« L’omission, un nom, un nom, un manquant, voilà le statut qu’il souhaite qu’on lui accorde » écrit le traducteur à propos de P, l’inconnue, au sens mathématique, de La Dissipation, premier roman de Nicolas Richard, par ailleurs traducteur — et parmi les livres dont il a écrit le texte français, Inherent Vice (2009, Vice Caché, 2010) et Bleeding Edge (2013, Fonds perdus, 2014).

L’enquête menée par Jean-Baptiste Malet sur « l’histoire méconnue d’une marchandise universelle », la tomate d’industrie, est double : elle est celle publiée en 2017 chez Fayard, L’Empire de l’or rouge, celle d’un documentaire, avec Xavier Deleu, diffusé ce soir sur France 2 à 22 h 50. Et l’un comme l’autre donnent à comprendre ce qui se cache derrière les appétissantes boîtes de sauces et autres ketchups de nos placards, en quoi la tomate est le concentré de nos systèmes économiques et sa couleur rouge celle du sang de centaines de milliers de travailleurs exploités, voire esclavagisés, de par le monde.

« Révélation », « phénomène » : les termes les plus élogieux ont accompagné dans la presse la publication du premier roman d’Aura Xilonen, El Universal saluant par exemple sa « langue originale et éblouissante ».
Ces soudains emballements médiatiques peuvent souvent sembler excessifs, ils disent pourtant parfois une réelle découverte, une stupeur quand une voix se fait jour : c’est le cas avec Gabacho, qui sort en poche chez Liana Levi dans une traduction stupéfiante de Julia Chardavoine.

M train : 18 stations dans la « carte de l’existence » de Patti Smith, un voyage à travers les bars, cafés — elle qui a toujours rêvé de tenir le sien — et lieux qui l’ont inspirée, prétexte à l’évocation d’un univers littéraire, poétique, intime, puisque, comme l’écrit Wittgenstein, cité dans le livre, « le monde est ce qui arrive » et c’est bien ce monde tel qu’il advient que consigne Patti Smith, « zombie optimiste », « noircissant des pages somnambuliques ». Le livre, traduit en français par Nicolas Richard, paraît aux éditions Folio.

« Becky observe les gens, contemple la rue, entend les bruits ambiants, sent le trottoir sous ses pieds, et elle s’autorise à envisager ce qu’elle aimerait en dire un jour, avec son corps, dans une chorégraphie de sa propre composition ». Cette chorégraphie, c’est à Kae Tempest qu’il revient de la composer, dans un étonnant premier roman, Écoute la ville tomber, qui vient de paraître aux éditions Rivages dans une traduction de Madeleine Nasalik — note : cet article a été modifié pour respecter l’identité de l’auteur, devenu Kae.

Ils sont jeunes et sublimement beaux, « elle était blonde et osseuse dans son bikini vert, bien qu’on fut en mai dans le Maine et qu’il fît froid. Il était grand, vif ; une lumière l’animait, qui attirait le regard, le capturait. Ils s’appelaient Lotto et Mathilde ».

« Il n’était pas armé pour répondre aux histoires de Jude, parce que la plupart constituaient des histoires auxquelles il ne pouvait pas répondre » : le trouble de Willem face aux multiples drames peu à peu révélés par Jude, tant ce dernier demeure longtemps incapable de verbaliser ce qu’il a traversé, est celui que Hanya Yanagihara transmet à ses lecteurs dans Une vie comme les autres.

Le terme de performance est souvent associé aux arts du spectacle ou aux arts plastiques. Pourtant les écrivains pratiquent de plus en plus ces lectures performées, la richesse du festival Actoral en témoigne chaque année comme celle d’Extra! au Centre Pompidou. Ces lectures-spectacles et mises en espace que proposent désormais de nombreux auteurs sont pour eux une manière autre d’incarner le texte, de mettre en scène le corps et la voix de l’écrivain, de prolonger l’expérience de lecture (ou de la susciter) par une re-présentation qui en éclaire ou en complexifie les enjeux. Un colloque international se tiendra à Montpellier, du 31 janvier au 2 février prochains, pour interroger ces pratiques du champ littéraire contemporain, ce mode singulier de présence des auteurs et en déployer les enjeux : spectacle, stratégie publicitaire ou invention poétique ?

Comme l’annonce son titre, c’est un Bloody Miami qui est le cadre et personnage principal du roman de Tom Wolfe. Bloody Miami (Back to Blood en vo), non au sens d’une ville violente et sanguinaire mais d’un lieu qui tente de faire cohabiter des vagues d’immigrations successives. « Il n’est pas question d’hémoglobine, mais de lignées », déclare Wolfe, de « sang qui coule dans nos veines ». Le roman est une plongée dans la ville, Tom Wolfe prend son pouls et calque sur lui le rythme du récit.

Une ville à cœur ouvert : le titre du premier roman de Żanna Słoniowska — et premier livre publié dans la collection Littérature des éditions Delcourt — pourrait évoquer une opération chirurgicale si le mot « cœur » ne devait pas être entendu, aussi, au sens musical et polyphonique du « chœur ». Le récit interroge en effet la perception d’un lieu, en tant que centre (identitaire, linguistique, géographique) mouvant, depuis la perception de quatre générations de femmes.