© Dominique Bry
© Dominique Bry

Jusqu’au 3 décembre 2016, l’artwork de Charles Burns est une nouvelle fois exposé à Paris à la galerie Martel. Dessins, vraies-fausses couvertures de teenage comics, illustrations, planches originales, le travail du plus hergéen des auteurs de comics emplit les murs de la petite galerie ; la noirceur du trait et les couleurs explosives, pop et presque saturées se côtoient avec intensité.

© Dominique Bry
© Dominique Bry

J‘ai imaginé mon générique de film idéal, avec une idée fixe, une histoire de mecs, faite de dialogues de garçons et de monologues pensifs, avec des allers et retours dans le temps et l’espace. Tout en conservant une certaine unité théâtrale de lieu et de temps. Je me dis que la chanson de fin était à l’origine de mon postulat farfelu : composer une bande son en phase avec mon propos. Au milieu de ce long-métrage virtuel et à la lecture de ce scénario qui n’en est pas un, je me suis rendu compte que quelque chose était peut-être en train de s’écrire. Musique.

D’après la légende, désireux d’acquérir une connaissance parfaite des poisons et de leurs antidotes, le roi Mithridate VI (132-63 av. J.C.) avait réussi à s’immuniser totalement contre leurs effets en ingérant régulièrement de petites doses tout au long de son existence. A tel point qu’au moment de se donner la mort, il se rendit à l’évidence et à pied à la caserne la plus proche afin de se faire embrocher par un de ses mercenaires pour pouvoir en finir. Moins d’une semaine après l’élection américaine, dressons un parallèle entre l’empoisonnement antique et le populisme contemporain qui a conduit successivement au Brexit et à l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

The Young Pope

Avec deux épisodes diffusés depuis le 24 octobre dernier, The Young Pope peut d’ores et déjà s’enorgueillir du titre de série la plus immédiatement addictive du moment. Bénéficiant d’une couverture médiatique plutôt intense sur les chaînes du groupe Canal+ (et ailleurs, ne réduisons pas bêtement la nouvelle création originale au seul opérateur bolloréen), la série de Paolo Sorrentino possède tous les ingrédients d’un « hit » télévisuel, de son postulat et son casting à sa réalisation, en passant par sa photographie, ses dialogues, son sous-texte et son surréalisme assumés. 

Pierre Tchernia
Pierre Tchernia

Les enfants de la télévision sont orphelins. Monsieur Cinéma n’est plus. Avec la disparition de Pierre Tchernia à l’âge de 88 ans, c’est bien plus qu’une figure du patrimoine audiovisuel et culturel français qui s’en va. Né à Paris en 1928 d’un père d’origine russe et d’une mère parisienne, Pierre Tchernia incarne à jamais plus de soixante ans de l’histoire de la télévision, de ses débuts sur les ondes — avec la création du premier journal télévisé en France en 1949 — jusqu’à ses dernières apparitions aux côtés de l’animateur Arthur.

Après Des femmes qui tombent, Points a eu la bonne idée de rééditer en poche le désormais légendaire Encore des nouilles, recueil de chroniques comico-gastronomiques produites par Pierre Desproges pour Cuisine et vins de France entre 1984 et 1985 et illustrées par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Tignous, Wolinski…  Avec Encore des nouilles, l’humoriste écrivain marche dans les pas (pour ne pas dire sur les pieds) de Maurice Edmond Saillant dit Curnonsky ci-devant gastronome, humoriste, critique culinaire et fondateur de la revue pour apprendre à cuire les œufs sans dénaturer le goût du Pommard.

Quand bien même on regrette un peu la très poétique couverture signée Sempé de l’unique roman de Pierre Desproges paru en 1985 chez Seuil, il faut reconnaître que la réédition au format poche par Points de Des femmes qui tombent fait partie de cette écrasante minorité de livres dont on ne se lasse pas.

 

il-sole-24

Après lecture de l’article intitulé « La vraie “Elena Ferrante” » paru dimanche 2 octobre sur Mediapart et publié simultanément dans le quotidien économique Il Sole 24 Ore, sur le site du Frankfurter Allgemeine Zeitung et dans The New York Review of Books, plusieurs questionnements sont nés… A commencer par celui-ci : pourquoi, pourquoi publier un tel article estampillé « littérature / enquête » sur un écrivain italien qui pendant des années a souhaité vivre dans le pseudonymat, pourquoi aujourd’hui et pas un autre jour ? Pourquoi d’abord en manchette du journal et depuis cette après-midi sous une analyse politique post-rélection de Jérémy Corbin (leader du Labor Party britannique) et à gauche d’un article sur les marchés publics des radars automatiques ? Mais au-dessus de papiers consacrés au référendum anti-migrants en Hongrie, à la « remise en cause du déjà très restrictif droit à l’avortement et une relecture de la Seconde Guerre mondiale » en Pologne et bien, bien, plus haut que les articles traitant de la rentrée littéraire 2016…

Crépuscule des idiots

Le Crépuscule des idiots de Jean-Paul Krassinsky paru le 31 août dernier chez Casterman est une claque gigantesque, un livre intelligent, drôle et d’une acuité incroyable en ce dernier tiers d’année 2016… Fable animalière inspirée (entre conte japonais et récit d’anticipation post-moderne), Le Crépuscule des idiots dézingue les fous de dieux, les vrais faux-prophètes, les tyrans locaux qui se servent de et dans la religion pour asseoir leur pouvoir et asservir les masses (ignorantes ou non) ; Jean-Paul Krassinsky questionne le rapport au sacré, l’obscurantisme et la perversion des idéaux religieux au nom des stratégies et ambitions personnelles des autocrates et intégristes poilus…

Belle entreprise que celle de raconter Georges Remi confidentiel, mondialement connu sous le pseudonyme Hergé, créateur de Tintin, Quick et Fluckpe, Jo, Zette et Jocko et d’une galerie de personnages qui ont marqué l’histoire de la bande dessinée. Les éditions Robert Laffont ont réédité l’ouvrage de Benoît Mouchart et François Rivière paru en 2011, dans une version augmentée et révisée à l’occasion de la grande exposition Hergé au Grand Palais du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017.