Avec son dernier livre, Sous le viaduc une histoire d’amour, Leïla Sebbar renoue avec un genre, le journal personnel, qu’elle a souvent pratiqué. On se souvient d’un ouvrage précédent, Métro (2007), qui couvrait les années 1997-2006, dans lequel chaque fragment portait le nom d’une station de métro et nous présentait « une Babel souterraine ».

Depuis une semaine bientôt, troquets, réunions à la machine à cafés ou encore attroupements à la photocopieuse ne bruissent que de l’affaire Zemmour, celle qui, dimanche dernier, le vit affirmer à Hapsatou Sy que son prénom ne se contentait pas de pas être assez français mais qu’il était, en outre et pour finir, « une insulte à la France ».

Avec Une vie en l’air, Philippe Vasset publie son récit le plus personnel, et le plus touchant aussi : il y creuse l’espace d’une obsession fascinée et d’un magnétisme insolite pour les ruines d’un projet d’autorail, né de l’imagination de l’ingénieur Jean Bertin, et balafrant la Beauce depuis 1974.

La mise en scène est une question qui a toujours excédé le théâtre – comme si son accomplissement devait se dire au théâtre à la fois comme son absolu, son accident et son impermanence. C’est pourquoi il n’est guère étonnant de venir tout d’abord, en ce premier soir, interroger la mise en scène dans ce qui est hors du théâtre, souvent vécu comme son concurrent mais aussi bien comme son dédoublement : le cinéma.

Le titre : Balzac, Paris. L’auteur : Eric Hazan. Les éditions : La Fabrique. Paris fabriquant Balzac. Balzac fabriquant Paris.
Balzac et Paris, non pas le fameux « A nous deux maintenant ! » clôturant Le Père Goriot, mais bien plus. A nous cent, à nous mille, à nous là où « tout fume, tout brûle, tout brille, tout bouillonne, tout flambe, s’évapore, s’éteint, se rallume, étincelle, pétille et se consume » (Le Mendiant), à nous l’ « immense cité » où « murmurent le bruit du monde et la poétique paix de la solitude, la voix d’un million d’êtres et la voix de Dieu » (La Femme de trente ans), à nous « cette monstrueuse merveille, étonnant assemblage de mouvements, de machines et de pensées, la ville aux mille romans, la tête du monde » (Ferragus) !

Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, publié au Seuil en mai 2017, alors que se tenait au Mucem une exposition sur nos Vies d’ordures.
Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… L’essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».

Muriel Pic

Le goût de l’archive et le parti-pris du document ont fortement marqué l’esthétique contemporaine : dans le sillage des pratiques surréalistes et de la revue Documents, l’écrivain contemporain travaille volontiers avec des matériaux hétérogènes, sur le mode du collage et du montage, pour réinvestir avec force critique des supports antérieurs, les subvertir ou les investir sur le mode imaginaire. Ils tournent là le dos à toute illusion factographique, pour mettre en scène le trajet toujours indirect pour accéder au monde : une traversée documentaire, à travers une épaisseur de papiers, un murmure de témoignages, une collection photographique. Le second volume de Devenirs du roman, orchestré par le collectif Inculte, l’avait bien marqué dès 2014 : « Nombre d’œuvres littéraires contemporaines font un usage singulier de ressources documentaires : connaissances multiples, faits divers, vies d’hommes et de femmes illustres comme anonymes… Elles perturbent ainsi les répartitions traditionnelles entre document et imaginaire. »