« Je marchai ainsi toute la journée, jusqu’à l’autre bout de la forêt, à des endroits où je n’étais jamais allé. Je vis de nombreux animaux : des élans, des chevreuils et des cerfs, qui, à ma vue, s’immobilisaient en me fixant de leurs grands yeux pensifs ; des ours qui tentaient maladroitement de me saluer ; des loups solitaires qui traînaient — mais pas un seul humain.

À première vue, descendre dans l’eau pour attraper un crocodile, c’est vraiment jouer avec la mort, mais à la réflexion pas du tout. Le crocodile est un animal stupide, et dangereux certes, surtout quand il se trouve dans l’eau. C’est un animal attaché à son territoire. Même le tigre, qui est un animal cruel, rusé et ingénieux, doit se méfier du crocodile.

« Les cavaliers, adroits et vigoureux, caracolaient sur leurs fringants chevaux ; ils se tenaient prêts pour être les premiers à emporter la carcasse du chevreau jusqu’au campement qui se trouvait treize verstes plus loin. Rahmat-bek était lui aussi aux aguets, assis fièrement sur son karabaïr, un grand cheval svelte à la robe noire, aux sabots tout blancs, qui avait une étoile sur le front.

« Il est à peine six heures et déjà le soir tombe alors que je ralentis le pas pour contempler l’irruption sur les Ramblas des passagers du métro qui vient de s’arrêter à la station Liceo. Aujourd’hui Jeudi saint, par exemple, surgit d’entre la foule un vieillard ténébreux qui se déplace avec une surprenante agilité malgré sa mine cadavérique et sa lourde mallette.

 « Odenigbo récupéra la radio sous le banc. Un son strident déchira l’air et Olanna crut d’abord qu’il venait de la radio, avant de se rendre compte que c’était l’alarme aérienne. Elle resta immobile. Quelqu’un, dans la maison voisine, hurla : « Avion ennemi ! » et en même temps Special Julius cria : « Tous aux abris ! » et traversa la terrasse d’un bond, renversant le vin de palme au passage.

« Le camion est sorti de la ville et continue sa route à travers la campagne. Si on lève les yeux, on ne voit plus que des nuages qui s’empilent l’un sur l’autre en formant de grands panaches, comme la fumée d’une guerre qui n’en finit pas. Ce ciel est angoissant, il remplit le cœur d’une peur et d’une noirceur incompréhensibles.

« C’est alors qu’il découvrit le cirque. Il reconnut la tente rapiécée sur le pont de la gabare du courrier, au milieu d’un amoncellement d’objets de toutes couleurs. Il perdit de vue un instant l’employé des postes pour chercher les fauves parmi les caisses entassées sur les autres gabares. Il ne les trouva pas.