« On ne s’absout pas de ces péchés dans une église, on le fait dans la rue, le reste ne vaut rien, et je le sais ! », déclarait Harvey Keitel au début du Mean Street de Martin Scorsese, cinéaste ayant toujours mis la foi et le mystère au cœur de son œuvre. Il aura fallu des années au cinéaste pour réussir à monter l’un des projets qui lui tenait le plus à cœur : Silence, magistral film sur la foi et le doute.

la la land

Une comédie musicale est toujours le pari le plus osé que puisse tenter de relever un cinéaste. Dans le meilleur cas de figure, le spectateur se sent soudainement des fourmis dans les jambes, se met à pianoter sur son fauteuil et peut même esquisser de légers mouvements d’épaules avant que son cerveau ne lui rappelle qu’il est dans un lieu public et que la peur du ridicule l’attache à son fauteuil. Ou alors, la magie ne prend pas et les personnages ressemblent à des alcooliques, le spectateur est gêné pour eux et regarde ailleurs. C’est ce qui fait la différence entre Chantons sous la pluie et Glee

Isabelle Huppert Golden Globe 2017

Elle de Paul Verhoeven est un de ces petits miracles devant lesquels le cinéphile se sent humble, écrivait Jérémy Sibony il y a quelques mois, dans les colonnes de notre magazine. La force du film repose plus que tout sur le mythe que représente Isabelle Huppert, jugeait à son tour Joffrey Speno. Le Golden Globe qu’Isabelle Huppert vient de recevoir est, pour Diacritik, l’occasion de republier leurs deux critiques.

Parmi les nombreux choix controversés du dernier jury du festival de Cannes (oubli de Toni Erdmann ou Sieranevada, présence du fadasse film de Dolan), la présence de Personal Shopper au palmarès est surement le moins défendable. Soit le Prix de la mise en scène, ex-æquo avec le Baccalauréat de Cristian Mungiu qui pouvait, lui, prétendre à la Palme d’or, pour un film au style pompeux, aux grosses ficelles et qui fait déjà partie du pire de la filmographie chaotique d’Olivier Assayas…

Copyright Mobra Films
Copyright Mobra Films

Quelques mois après l’excellent Sieranevada de Cristi Puiu, Baccalauréat confirme l’excellente forme de la nouvelle vague roumaine comme la triste situation du pays. Au moins l’interminable crise roumaine aura-t-elle permis l’éclosion d’une génération de cinéastes brillants, nous rendant compte de l’état d’un pays qui accouche dans la douleur d’une démocratie fragile. 

Salesman

Retour en Iran pour Aasghar Farhadi, après le succès retentissant d’Une séparation puis l’escapade française réussie du Passé. Prix du scénario et d’interprétation à Cannes, Le Client confirme la position du cinéaste iranien, celle d’un cinéaste majeur. Un couple de la classe moyenne iranienne : un tremblement de terre les oblige à déménager. Le nouvel appartement appartenait à une prostituée, ce qui dans l’Iran des Mollah se rapproche de la maison du diable à Amityville. D’ailleurs, on n’ose parler de « prostituée » et les personnages préfèrent un pudique « femme aux mœurs dissolues », dire « prostituée » c’est dire Voldemort dans Harry Potter… Un jour un homme, peut-être un ancien habitué, ayant lui-même des mœurs assez dissolues, s’introduit dans l’appartement, agresse violemment la femme et s’enfuit. Méprise ? Agression volontaire ? Pendant que son épouse tente de surmonter le traumatisme, le mari décide de retrouver « le client ».

Moi, Daniel Blake Photo Dave Johns Copyright 2016 PROKINO Filmverleih GmbH
Moi, Daniel Blake Photo Dave Johns

Si la palme d’or au dernier festival de Cannes semble un peu excessive, Moi, Daniel Blake est incontestablement le meilleur film de Ken Loach depuis Sweet Sixteen. Il faut avouer que l’on avait un peu fait une croix sur Ken le rouge, ceux-là même qui louaient son cinéma engagé pouvaient se montrer déçus par une radicalisation qui enlevait à ses films le minimum de subtilité nécessaire. Les films de Loach restaient la plupart du temps d’une certaine tenue, mais traversés de grands moments d’imbécillité où le militant extrémiste prenait le pas sur le cinéaste. Auteur majeur pendant une décennie (de Riff Raff à Sweet Sixteen) malgré quelques écarts malheureux comme Carla’s Song ou Bread And Roses gangrenés par sa haine des États-Unis, Loach réalisait toujours de bons films, plus de grands films.

Mademoiselle Park Chan-Wook
Il est toujours étonnant de sortir d’un film de Park Chan-Wook, cinéaste pourtant éclectique, avec la même impression : celle d’un mélange d’admiration pour le travail formel du cinéaste et de frustration pour s’être toujours un peu ennuyé. L’œuvre du réalisateur coréen est pourtant originale mais si souvent décevante. Chez l’auteur de Old Boy le synopsis est toujours sensationnel, ou au moins excitant, mais souvent développé par un scénario décousu et rarement subtil. Mademoiselle n’échappe pas à la règle et appartient à la singulière catégorie des films à moitié réussis mais que l’on se surprendra à conseiller parfois, comme malgré soi : on s’y ennuie un peu, mais on y trouvera quelques images fantasmagoriques inoubliables, une pendaison lors d’une nuit enneigée, une pieuvre débordant d’un bocal, figurant la monstruosité des personnages masculins.