« Il n’avait jamais vu un lieu pareil. Une espèce de micro-communauté adossée à un tas d’ordures d’une taille exceptionnelle » : dans une vaste décharge à l’écart de la Ville, un groupe survit en triant les déchets. « Fourmis laborieuses à la recherche d’un Eldorado perdu », adultes et adolescents recyclent, réparent et vendent, jusqu’au jour où un incendie se déclare, révélant un vaste trafic de déchets toxiques et une mafia des « poisons industriels ».

L’enquête menée par Jean-Baptiste Malet sur « l’histoire méconnue d’une marchandise universelle », la tomate d’industrie, est double : elle est celle publiée en 2017 chez Fayard, L’Empire de l’or rouge, celle d’un documentaire, avec Xavier Deleu, diffusé ce soir sur France 2 à 22 h 50.
Et l’un comme l’autre donnent à comprendre ce qui se cache derrière les appétissantes boîtes de sauces et autres ketchups de nos placards, en quoi la tomate est le concentré de nos systèmes économiques et sa couleur rouge celle du sang de centaines de milliers de travailleurs exploités, voire esclavagisés, de par le monde.

Un Paese di Calabria

La mer – Ionienne – à perte d’horizon et une liste de prénoms dont une voix-off égrène les sonorités italiennes s’envolant dans l’infini du souffle bleu. Le ton du documentaire est donné dès la première scène, dès les toutes premières minutes qui ouvrent le regard et le cœur : Un Paese di Calabria de Shu Aiello et de Catherine Catella est à voir pour lui-même et son esthétique, pour son sujet atypique et pour tous les aspect sociopolitiques qu’il évoque et qu’il soulève.

A cause des hésitations, des lenteurs et oppositions plus ou moins larvées de la part du gouvernement actuel – mais déjà du précédent –, la PMA pour toutes les femmes n’est toujours pas autorisée en France. L’éventualité très vague de sa mise à l’ordre du jour législatif voit revenir sur la scène médiatico-politique les agités de la mal nommée Manif pour tous. Celle-ci, tentant de réactiver les stratégies qui ont fait son succès lors de l’épisode de l’égalité des droits, envahit à nouveau l’espace public de ses affiches, de sa présence bruyante et nauséabonde, de ses discours absurdes et mensongers. La Manif pour tous a surtout retrouvé la voie des plateaux de télévision, complices euphoriques des discours pour le moins LGBTphobes que ce groupe communautariste déverse impunément depuis plusieurs années.

Barbara Balzerani (DR)

Saluons les Éditions Cambourakis d’avoir traduit Camarade Lune, le premier livre de Barbara Balzerani. Devenue écrivain, celle qui fut membre des Brigades rouges, appartenant à la direction stratégique, celle qui, après des années de clandestinité, fut arrêtée en 1985 et séjourna vingt-cinq ans en prison, rédigea lors de son emprisonnement un texte qui revient, avec lucidité et courage, sur deux décennies de lutte armée, de tensions politiques. Deux décennies qu’on a condensées, en Italie, en Allemagne, sous l’appellation d’« années de plomb » alors qu’il eût été plus juste, écrit Mimmo Sammartino dans sa postface, de parler comme le fait Erri de Luca, d’« années de cuivre ». L’immense mérite de Camarade Lune est de soulever la chape de plomb sous laquelle on a recouvert ces années de contestation précédant le triomphe du néocapitalisme.

L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe qui sort aujourd’hui en poche chez Babel. L’occasion de retrouver l’entretien vidéo réalisé avec Oliver Rohe lors de la publication du livre en grand format.

 


A fendre le cœur le plus dur, écrit par Jérôme Ferrari et Oliver Rohe, porte sur un ensemble de photographies prises par l’écrivain et journaliste Gaston Chérau en 1911, dans la Tripolitaine, en Libye, alors occupée par l’armée italienne et où Chérau est envoyé par le journal français Le Matin. A l’occasion de la publication en poche du livre, en Babel (Actes Sud), retour sur A fendre le cœur le plus dur, via un entretien avec les deux auteurs réalisé lors de la sortie du texte en grand format (Inculte).

Dans sa forme même, Prends garde matérialise la double face de tout fait divers écrit, entre histoire et roman : au recto du livre, couverture sur fond rouge, le récit romancé de Milena Agus ; au verso du livre, couverture sur fond gris, les faits relatés par Luciana Castellina. Le lecteur décidera par où commencer, le sens de lecture influant évidemment sur la perception du même fait.

Le 25 avril 1995, Umberto Eco s’adressait aux étudiants de Columbia University (New York) pour leur parler du fascisme italien au milieu duquel il avait grandi (il naquit en 1932) et plus généralement de tous les fascismes. Avec une prescience bien dans son style, il mettait en garde ces mêmes étudiants contre la montée des partis et mouvements populistes, montée qui se dessinait aux USA comme en Europe. Et de désigner ceux-ci par l’heureuse formule de « fascismes en civil ».

Silvia Avallone © Christine Marcandier
Silvia Avallone © Christine Marcandier

Les éditions Liana Levi ont publié en France les deux premiers romans de Silvia Avallone. Alors que publié Marina Bellezza sort en poche chez J’ai Lu (D’acier y est déjà disponible), retour sur une œuvre qui saisit une histoire collective à travers des destins individuels, pour mieux dire l’Italie dans ses contradictions et ses mutations.