Paolo Giordano a écrit Contagions en quelques jours, entre la fin février et le début du mois de mars 2020, alors que l’Italie entrait dans l’épidémie de Coronavirus et commençait à prendre conscience (et nous avec elle) de l’ampleur sans précédent d’une crise planétaire dont le sens comme les conséquences vont bien au-delà de la seule maladie.

Paolo Giordano a écrit Contagions en quelques jours, entre la fin février et le début du mois de mars, alors que l’Italie entrait dans l’épidémie de Coronavirus et commençait à prendre conscience (et nous avec elle) de l’ampleur sans précédent d’une crise planétaire dont le sens comme les conséquences vont bien au-delà de la seule maladie. Prolongement et amplification d’un article publié par l’écrivain dans le Corriere della Sera le 25 février, le livre a été mis en ligne en accès gratuit par le Seuil, son éditeur français, qui le considère « comme une intervention d’utilité publique ».

Le monde entier est un théâtre, et tous les femmes et les hommes seulement des acteurs, et un homme dans sa vie joue différents rôles…
William Shakespeare, Comme il vous plaira

Marco Bellocchio est l’un des grands maîtres du cinéma mondial. Là où d’autres peuvent se reposer sur un système, souvent avec succès (voir le dernier Ken Loach, énième variation, brillante, du genre qui a fait sa réputation), Bellocchio reste insaisissable. Au lieu de nous éclairer sur sa cinématographie, chaque film est l’occasion de nous surprendre et de nous mettre en face de la grande complexité d’une œuvre singulière et d’une rare diversité.

Carola Rackete a été arrêtée par la police italienne. Les policiers italiens n’ont pas refusé d’obéir à l’ordre qu’ils avaient reçu de l’interpeller. Carola Rackete a été arrêtée parce qu’elle a refusé d’obéir. Une autre femme, toujours en Italie, est également emprisonnée et accusée pour le même motif : Pia Klemp risque vingt ans de prison et 15000 euros d’amende pour chaque vie qu’elle a pu préserver. Carola Rackete et Pia Klemp ont été arrêtées pour avoir dit « Non », pour avoir refusé de participer à la souffrance et à la mise à mort d’autres êtres humains, pour avoir exercé le pouvoir fondamental et irrévocable des peuples : refuser d’obéir.

« Il n’avait jamais vu un lieu pareil. Une espèce de micro-communauté adossée à un tas d’ordures d’une taille exceptionnelle » : dans une vaste décharge à l’écart de la Ville, un groupe survit en triant les déchets. « Fourmis laborieuses à la recherche d’un Eldorado perdu », adultes et adolescents recyclent, réparent et vendent, jusqu’au jour où un incendie se déclare, révélant un vaste trafic de déchets toxiques et une mafia des « poisons industriels ».

L’enquête menée par Jean-Baptiste Malet sur « l’histoire méconnue d’une marchandise universelle », la tomate d’industrie, est double : elle est celle publiée en 2017 chez Fayard, L’Empire de l’or rouge, celle d’un documentaire, avec Xavier Deleu, diffusé ce soir sur France 2 à 22 h 50.
Et l’un comme l’autre donnent à comprendre ce qui se cache derrière les appétissantes boîtes de sauces et autres ketchups de nos placards, en quoi la tomate est le concentré de nos systèmes économiques et sa couleur rouge celle du sang de centaines de milliers de travailleurs exploités, voire esclavagisés, de par le monde.

Un Paese di Calabria

La mer – Ionienne – à perte d’horizon et une liste de prénoms dont une voix-off égrène les sonorités italiennes s’envolant dans l’infini du souffle bleu. Le ton du documentaire est donné dès la première scène, dès les toutes premières minutes qui ouvrent le regard et le cœur : Un Paese di Calabria de Shu Aiello et de Catherine Catella est à voir pour lui-même et son esthétique, pour son sujet atypique et pour tous les aspect sociopolitiques qu’il évoque et qu’il soulève.

Barbara Balzerani (DR)

Saluons les Éditions Cambourakis d’avoir traduit Camarade Lune, le premier livre de Barbara Balzerani. Devenue écrivain, celle qui fut membre des Brigades rouges, appartenant à la direction stratégique, celle qui, après des années de clandestinité, fut arrêtée en 1985 et séjourna vingt-cinq ans en prison, rédigea lors de son emprisonnement un texte qui revient, avec lucidité et courage, sur deux décennies de lutte armée, de tensions politiques. Deux décennies qu’on a condensées, en Italie, en Allemagne, sous l’appellation d’« années de plomb » alors qu’il eût été plus juste, écrit Mimmo Sammartino dans sa postface, de parler comme le fait Erri de Luca, d’« années de cuivre ». L’immense mérite de Camarade Lune est de soulever la chape de plomb sous laquelle on a recouvert ces années de contestation précédant le triomphe du néocapitalisme.

L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe qui sort aujourd’hui en poche chez Babel. L’occasion de retrouver l’entretien vidéo réalisé avec Oliver Rohe lors de la publication du livre en grand format.

A fendre le cœur le plus dur, écrit par Jérôme Ferrari et Oliver Rohe, porte sur un ensemble de photographies prises par l’écrivain et journaliste Gaston Chérau en 1911, dans la Tripolitaine, en Libye, alors occupée par l’armée italienne et où Chérau est envoyé par le journal français Le Matin. A l’occasion de la publication en poche du livre, en Babel (Actes Sud), retour sur A fendre le cœur le plus dur, via un entretien avec les deux auteurs réalisé lors de la sortie du texte en grand format (Inculte).