Qui a dit que le jeu vidéo était un divertissement innocent, débarrassé de toute idéologie ? Sûrement pas Douglas Hoare qui livre avec son brillant essai, Le Jeu vidéo ou l’aliénation heureuse qui vient de paraître, l’une des plus stimulantes et neuves réflexions sur les jeux vidéo eux-mêmes. Soumission désirée, utopie disciplinaire, rêve de manager : tels sont les objectifs politiques du jeu vidéo tel que l’essayiste les déploie à la surprise même des gamers. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre de Douglas Hoare pour qu’il revienne avec nous sur le jeu vidéo comme exercice de la violence managériale contemporaine.

La solitude Caravage qui vient de paraître chez Fayard est un livre qui fera date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous a accordé un grand entretien.

Raphaël Meltz est né en 1975, il a cofondé et codirigé la revue R de réel (2000-2004) puis le magazine Le Tigre (2006-2014). Il est l’auteur d’essais (De Voyou à Pov’ con. Les offenses au chef de l’État de Jules Grévy à Nicolas Sarkozy), de récits (série Suburbs, Lisbonne: voyage imaginaire) et de romans : Mallarmé et moi, Meltzland, Urbs. Alors que paraît demain son nouveau livre, Jeu nouveau, il s’est prêté à l’exercice du grand entretien diacritique.

A partir de l’observation des manifestations publiques d’Antonin Artaud en 1946-1947, de l’irruption en ces mêmes années du mouvement lettriste à Saint-Germain-des-Prés, de l’arrivée de la Beat Generation à la fin des années 1950, du festival Fluxus et des différents événements organisés par Jean-Jacques Lebel, Jean-Clarence Lambert et Henri Chopin durant les années 1960, Proféractions !, que vient de publier Cristina De Simone, propose une histoire de ces pratiques qui, à Paris, entre 1946 et 1969, ont lié poésie et performance et fait de l’oralité leur champ d’investigation principal. Deuxième partie de l’entretien mené par Emmanuèle Jawad avec l’auteure.

À partir de l’observation des manifestations publiques d’Antonin Artaud en 1946-1947, de l’irruption en ces mêmes années du mouvement lettriste à Saint-Germain-des-Prés, de l’arrivée de la Beat Generation à la fin des années 1950, du festival Fluxus et des différents événements organisés par Jean-Jacques Lebel, Jean-Clarence Lambert et Henri Chopin durant les années 1960, Proféractions !, que vient de publier Cristina De Simone, propose une histoire de ces pratiques qui, à Paris, entre 1946 et 1969, ont lié poésie et performance et fait de l’oralité leur champ d’investigation principal. Premier entretien d’une série de trois avec l’auteure.

« Tout ce qui est apparaîtra ». (Dies irae)

 

Pour comprendre pourquoi les vaches regardent passer les trains, il suffit de regarder le comportement d’un troupeau de gnous. Dans le même temps qu’il broute, chaque gnou reste attentif, mais ne fait pas attention au seul indice d’un prédateur coulé dans les herbes hautes. Il est aussi aux aguets de ce que voient tous les autres et réagit au moindre signe que l’un d’entre eux pressent un fauve.

Vincent Kaufmann (Photo : Marie Aubert)

Dans Dernières Nouvelles du spectacle, Vincent Kaufmann se livre au sujet de la littérature actuelle à un exercice de haute verve, où il se plaît à tirer en maintes directions. Pour lui, et comme le pensent quelques autres, le champ des lettres tel qu’on l’a connu n’est pas loin de se dissoudre aujourd’hui au profit d’une mise en spectacle accélérée que Kaufmann rabattra par ailleurs sur une économie de l’attention. C’est ainsi qu’il qualifiera la majorité des produits que l’on nous sert aujourd’hui sous le nom de littérature (écrivains et livres) de « canada dry » : ils n’existeraient plus que sur le mode du « simili ». Comme quoi ce n’est plus du véritable littéraire que l’on vous sert sous ce nom, car ça n’en a plus que l’apparence. Et cela veut que quantité de personnes « prennent la plume » désormais sans qu’il y ait dans leur nombre de véritables auteurs. C’en serait donc fini du « champ littéraire » tel que le décrivait Pierre Bourdieu en 1992 avec sa structure ternaire d’une production d’avant-garde, d’une production moyenne et d’une production massive, toutes trois relevant d’une gestion contrôlée par diverses instances. Un tel champ ne ferait donc plus que survivre vaille que vaille.

Plus d’un an bientôt après les attentats en chaine du 13 novembre 2015 et plus de deux ans après l’attaque de Charlie Hebdo et de l’Hyper-casher, dans une succession presque ininterrompue de crimes, le terrorisme n’a cessé de faire question, d’ouvrir des débats sans jamais véritablement parvenir, des questions religieuses aux explications psychologisantes, à convaincre. Sans doute faut-il lire sans attendre le remarquable et puissant essai de Laurent de Sutter Théorie du kamikaze pour avoir enfin autant de clefs neuves, fécondes et énergiques sur la figure prégnante de ces attentats, à savoir le kamikaze.

D’après la légende, désireux d’acquérir une connaissance parfaite des poisons et de leurs antidotes, le roi Mithridate VI (132-63 av. J.C.) avait réussi à s’immuniser totalement contre leurs effets en ingérant régulièrement de petites doses tout au long de son existence. A tel point qu’au moment de se donner la mort, il se rendit à l’évidence et à pied à la caserne la plus proche afin de se faire embrocher par un de ses mercenaires pour pouvoir en finir. Moins d’une semaine après l’élection américaine, dressons un parallèle entre l’empoisonnement antique et le populisme contemporain qui a conduit successivement au Brexit et à l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Diacritik, dans ses premiers brouillons, a quatre origines officielles : une conversation avec Benoît Virot, une rencontre historique au Wepler (aucune photographie pour immortaliser ces deux événements), une lecture musicale d’Alban Lefranc au Charbon, présentée par Sophie Quetteville et organisée par Lucie Eple, filmée par Dominique Bry et… et… une émission littéraire complétement déjantée, imaginée par Lucie Eple, Sous les couvertures.