Nimbé de fantastique en même temps que de modernité technologique, Cent ombres, premier roman d’une autrice sud-coréenne est tout à fait surprenant. On aimera d’emblée l’écriture de Hwang Jungeun, son écriture enchaînant les sept chapitres qui forment ce roman. Et l’on notera déjà que cela commence par une promenade en forêt pour se terminer par une excursion dans une île située au large alors même que décor et action du roman ont bien plutôt des allures urbaines.

Michel Jullien est l’un de nos contemporains parmi les plus remarquables : c’est ce que vient encore prouver Andrea de dos, sans doute l’un de ses plus beaux romans, qui paraît ces jours-ci chez Verdier. Quelque part en Amérique du Sud, au cœur du monde lusitanien, deux sœurs, étudiantes, Ezia et Andrea se lancent dans un singulier pèlerinage votif pour espérer guérir leur mère malade : il s’agit de processionner en se tenant avec les autres fidèles à une corde. Et ne pas la lâcher dans cette foule qui ne cesse de s’agiter. Récit à la construction remarquable, diction à l’épure classique qui épouse le grotesque du monde et son désarroi, Andrea de dos se donne comme une pièce supplémentaire à une œuvre déjà conséquente. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.

Il faut décidément oublier Houellebecq et se précipiter sur Partout le feu, formidable premier roman de la jeune Hélène Laurain qui paraît ces jours-ci chez Verdier. On est à rebours même de Houellebecq tant Partout le feu est l’antidote idéal au bavardage réactionnaire et la sclérose littéraire. Flamboyant récit au bord de l’apocalypse écologique, Partout le feu brosse le portrait de Laetitia, militante contre les déchets nucléaires au sein d’un groupe d’activistes décidés à mettre fin à la destruction capitaliste de l’écosystème. C’est le portrait d’une « génération Tchernobyl » qui se donne ici avec grâce et violence dans un contre-récit inouï. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

Avec Avant que j’oublie, Anne Pauly signe un splendide et rare premier roman qui paraît ces jours-ci en poche chez Verdier. Ce vibrant récit creuse la mémoire d’un père par sa fille plongée dans un deuil où, entre douleur et cocasserie, il s’agira pour elle de bâtir un mausolée incandescent. Roman de transfuge de classe diront certains : rien n’est moins sûr. À l’occasion de sa publication en grand format, Diacritik était allé à la rencontre de la romancière. Retour.

Indispensable : c’est le mot qui vient à l’esprit pour qualifier le percutant texte de Sandra Lucbert, Le Ministère des contes publics qui vient de paraître dans la Petite Jaune de Verdier. Poursuivant avec encore plus de force le travail d’investigation ouvert dans Personne ne sort les fusils, Sandra Lucbert interroge la narration néolibérale de notre monde, ce qui en fait un récit aliénant et hégémonique sans même que nous le percevions. C’est pour sortir de ce conte, notamment sur la Dette Publique, que son texte offre les moyens ardents d’un réveil : sortir du rêve de l’autre mais avec les moyens de la littérature même, de la critique littéraire. C’est la littérature qui, plus que jamais est au cœur de son travail pour mieux se saisir du monde. Autant de questions que Diacritik ne pouvait manquer d’aller poser, le temps d’un nécessaire grand entretien, à Sandra Lucbert.

Virtuose et fascinant : tels sont les deux termes qui viennent à l’esprit pour qualifier le premier roman de Rebecca Gisler, D’Oncle qui vient de paraître chez Verdier. Dans une maison de guingois, un oncle lui-même boiteux et reclus, entouré de sa vie et de monceaux d’ordures, fascine tendrement ses neveux. Dans une langue traversée de soubresauts de fantastique, étreinte par les rythmes de l’ordure, Rebecca Gisler dévoile un univers singulier qui, s’il doit explicitement à Beckett et plus encore à Eugène Savitzkaya, explore l’envers d’un quotidien où les fluides corporels ouvrent à un surprenant sentiment d’être. Autant de raisons pour Diacritik d’aller interroger Rebecca Gisler afin de saluer une des très grandes réussites de cette rentrée littéraire.

Thésée est celui qui porte l’énigme et la refuse. Thésée est celui qui se déplace et dérange les nappes de mots et les murs de silence. Thésée est celui qui peut révéler toutes les histoires et les tresser en un « récit archaïque ». « Archaïque » c’est-à-dire, comme l’écrivait Baudelaire, né d’un secret douloureux que son unique soin est d’approfondir. Pour qu’il y ait Vie nouvelle, il doit y avoir eu « vie antérieure ».

« Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un seul bananier, rue des Bananiers. Je regrette que la rue ait perdu son nom aujourd’hui, qu’elle ait troqué un nom d’arbre pour un nom propre, Bouchareb » : la subtilité de la topobiographie de Béatrice Commengé est peut-être tout entière concentrée dans cette phrase qui n’est pas seulement le commentaire du titre du livre mais bien le soulignement de la place des mots dans notre manière d’habiter le monde, de la présence/absence à soi d’un lieu, et plus largement de l’Histoire, des histoires, quand « c’est fini », derniers mots de ce texte magnifique.

Incisif, percutant et indispensable : tels sont les mots qui viennent à l’esprit à la lecture du Manifeste pour une psychiatrie artisanale d’Emmanuel Venet qui vient de paraître chez Verdier. Si on connaît Emmanuel Venet pour ses superbes Rien et Marcher droit, tourner en rond, on le sait aussi psychiatre et c’est à ce titre qu’il prend dans cet essai la parole pour dresser un impitoyable constat sur la politique publique de soins psychiatrique. Le pouvoir l’abandonne pour privilégier une psychiatrie industrielle, numérisable et inégalitaire. Diacritik est parti à la rencontre du psychiatre le temps d’un grand entretien autour de cet essai énergique, l’un des plus importants de cette année.

Indiscutablement, Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo est l’un des très grands livres de cette rentrée littéraire. Paru chez Verdier, ce roman conte, comme une traversée de la nuit et de la douleur, le destin de Thésée qui, après le suicide de son frère, plonge dans son histoire familiale. Magnifique et bouleversant, Thésée, sa vie nouvelle œuvre entre le poème, l’enquête et l’archive pour offrir une rare leçon de vie. C’est à l’occasion de la parution de ce remarquable livre, sans doute son meilleur à ce jour, que Diacritik a choisi de s’entretenir avec son auteur, l’un de nos contemporains majeurs.

Thésée, sa vie nouvelle est le deuxième ouvrage de Camille de Toledo publié aux éditions Verdier (après L’Inquiétude d’être au monde, 2012). Il s’agit d’un roman s’inscrivant dans le sillon tracé par les récits fragmentés de Vies pøtentielles (Seuil, 2011) et poursuivant avec la même ardeur et vigueur la réflexion sur l’écriture de l’indicible, de l’invisible, de l’impensable, au sein de considérations touchant à la relation avec les ancêtres et à la transmission transgénérationelle.

C’était la révélation de la rentrée et c’est désormais le Prix du Livre Inter 2020 (présidé par Philippe Lançon) : Avec Avant que j’oublie, Anne Pauly signe un splendide et rare premier roman. Paru chez Verdier, dans la collection « Chaoïd », ce vibrant récit creuse la mémoire d’un père par sa fille plongée dans un deuil où, entre douleur et cocasserie, il s’agira pour elle de bâtir un mausolée incandescent. Roman de transfuge de classe diront certains : rien n’est moins sûr. A l’occasion de sa publication, Diacritik était allé à la rencontre de la romancière.