« Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un seul bananier, rue des Bananiers. Je regrette que la rue ait perdu son nom aujourd’hui, qu’elle ait troqué un nom d’arbre pour un nom propre, Bouchareb » : la subtilité de la topobiographie de Béatrice Commengé est peut-être tout entière concentrée dans cette phrase qui n’est pas seulement le commentaire du titre du livre mais bien le soulignement de la place des mots dans notre manière d’habiter le monde, de la présence/absence à soi d’un lieu, et plus largement de l’Histoire, des histoires, quand « c’est fini », derniers mots de ce texte magnifique.

Incisif, percutant et indispensable : tels sont les mots qui viennent à l’esprit à la lecture du Manifeste pour une psychiatrie artisanale d’Emmanuel Venet qui vient de paraître chez Verdier. Si on connaît Emmanuel Venet pour ses superbes Rien et Marcher droit, tourner en rond, on le sait aussi psychiatre et c’est à ce titre qu’il prend dans cet essai la parole pour dresser un impitoyable constat sur la politique publique de soins psychiatrique. Le pouvoir l’abandonne pour privilégier une psychiatrie industrielle, numérisable et inégalitaire. Diacritik est parti à la rencontre du psychiatre le temps d’un grand entretien autour de cet essai énergique, l’un des plus importants de cette année.

Indiscutablement, Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo est l’un des très grands livres de cette rentrée littéraire. Paru chez Verdier, ce roman conte, comme une traversée de la nuit et de la douleur, le destin de Thésée qui, après le suicide de son frère, plonge dans son histoire familiale. Magnifique et bouleversant, Thésée, sa vie nouvelle œuvre entre le poème, l’enquête et l’archive pour offrir une rare leçon de vie. C’est à l’occasion de la parution de ce remarquable livre, sans doute son meilleur à ce jour, que Diacritik a choisi de s’entretenir avec son auteur, l’un de nos contemporains majeurs.

Thésée, sa vie nouvelle est le deuxième ouvrage de Camille de Toledo publié aux éditions Verdier (après L’Inquiétude d’être au monde, 2012). Il s’agit d’un roman s’inscrivant dans le sillon tracé par les récits fragmentés de Vies pøtentielles (Seuil, 2011) et poursuivant avec la même ardeur et vigueur la réflexion sur l’écriture de l’indicible, de l’invisible, de l’impensable, au sein de considérations touchant à la relation avec les ancêtres et à la transmission transgénérationelle.

C’était la révélation de la rentrée et c’est désormais le Prix du Livre Inter 2020 (présidé par Philippe Lançon) : Avec Avant que j’oublie, Anne Pauly signe un splendide et rare premier roman. Paru chez Verdier, dans la collection « Chaoïd », ce vibrant récit creuse la mémoire d’un père par sa fille plongée dans un deuil où, entre douleur et cocasserie, il s’agira pour elle de bâtir un mausolée incandescent. Roman de transfuge de classe diront certains : rien n’est moins sûr. A l’occasion de sa publication, Diacritik était allé à la rencontre de la romancière.

Un des événements majeurs de cet été, au banquet de Lagrasse, fut indubitablement « Qui a fait le tour de quoi ? 20 minutes avec Magellan » de Romain Bertrand, remarquable feuilleton historique, beau comme du Conrad, faisant revivre chaque soir le premier tour du monde par Magellan. Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan est désormais disponible en librairie, il paraît aujourd’hui aux éditions Verdier.

« Car c’est là où je suis, là où se tient ce texte : entre les nouveaux morts et les anciens vivants, entre la vie qu’on eut et celle qu’on n’aura plus. Là exactement. » Tels sont les mots, vibrants et poignants, et bientôt ultimes qui viennent presque clore le splendide dernier livre de Mathieu Riboulet, Les Portes de Thèbes qui vient de paraître aux éditions Verdier.

Les années 20 s’ouvrent avec force par la parution du remarquable Le Jour où le désert est entré dans la ville de Guka Han aux éditions Verdier. Signée d’une jeune écrivaine née à Séoul et arrivée récemment en France, ce recueil de nouvelles ou bien plutôt ce roman qui fantasme différentes narratrices ou narrateurs dévoile un univers d’angoisse et de rêve d’emblée captivant, entre Volodine et Apichatpong Weerasethakul. Dans un monde de la catastrophe permanente, la langue claire et cristalline d’inquiétude de Guka Han est un des événements de cette rentrée d’hiver. Diacritik ne pouvait manquer d’aller lui poser, le temps d’un grand entretien, des questions sur cette très belle entrée en littérature.

C’est la révélation de la rentrée : avec Avant que j’oublie, Anne Pauly signe un splendide et rare premier roman. Paru ces jours-ci chez Verdier, dans la collection « Chaoïd », ce vibrant récit creuse la mémoire d’un père par sa fille plongée dans un deuil où, entre douleur et cocasserie, il s’agira pour elle de bâtir un mausolée incandescent. Roman de transfuge de classe diront certains : rien n’est moins sûr. A l’occasion de sa publication, Diacritik est allé à la rencontre de la romancière pour parler avec elle de ce texte parmi les plus importants de cette année, tout juste couronné par le Prix « Envoyé par la Poste ».

L’imaginaire de la cabane, Marielle Macé le souligne dans son petit livre, connaît un engouement frappant dans différents domaines de la pensée depuis quelques années : en littérature, en anthropologie, en philosophie, en politique. Il est paradoxal que les deux auteurs dont il est question ici, Marielle Macé donc et Lionel Ruffel, choisissent d’en décliner le motif à leur tour pour y installer l’énergie politique de re-création que tous deux professent, promeuvent, espèrent et appellent – car la cabane, après tout, évoque d’abord le repli, la sortie du monde.

« Rougeoyant, le soleil illumine la plage. Désertique. La mer, lointaine, s’est retirée. Depuis 6 heures, en ce dimanche pascal, Christophe Castaner contemple le lever du jour. »

Ceci n’est évidemment pas le début du roman que Robert Menasse consacre à la capitale (entendez Bruxelles), mais vient d’un journaliste embedded de Paris Match qui dessine le portrait du ministre de l’intérieur de France « Dans l’enfer de Beauvau ». Ce sont des synapses de mon cerveau qui s’emmêlent les pinceaux en commençant la lecture du roman :

Ce soir, au Centre Pompidou à Paris, de 19h à 21h30 aura lieu une large et riche rencontre pour célébrer les 40 ans des éditions Verdier. Emmenées par Johan Faerber, les rencontres réuniront, entre tables rondes et lectures, Patrick Boucheron, Catherine Perrel, Samy Langeraert, Jean-Yves Masson, Lionel Ruffel et la comédienne Dominique Reymond.