Le titre du livre de Natacha Michel, Sortie de route – romans rapides, peut signifier comme une libération, un écart hors du connu, de l’attendu. Il peut aussi se lire comme l’expression d’un accident, un dérapage vers la mort. Un exercice ou un essai hors de la lenteur habituelle de l’écriture, hors du temps long de l’écriture habituelle, en même temps que le voisinage de la mort, d’une forme de mort. S’il s’agit ici d’accélérer le temps de l’écriture et du texte, c’est parce que cette accélération est nécessaire à l’abord de la mort qui hante l’écrit et qui est une mort particulière : la mort vivante de la vie.

Gérard Wajcman
Gérard Wajcman

Comme si la chose allait mieux une fois dite, l’usage éditorial veut que figure sous le titre d’un livre la mention de son appartenance. L’usage aime le genre. Ainsi du mot roman. Avant même d’entamer la lecture, ignorant tout de ce qui en constituera l’expérience, aura-t-on vu ce mot qu’un horizon se tracera pour laisser supposer ce qui nous attend.
Ce pourrait être le cas au vu de l’élégante couverture bicolore de format carré du livre qu’on vient de lire, qu’on a posé devant soi avec cette conviction, rare et troublante, qu’il est de ceux qui ne se referment pas. Le mot roman s’y trouve effectivement, écrit en petites lettres noires enlevées sur un gris pâle, juste au-dessous du titre, L’interdit, lui-même suivant le nom de son auteur. Un nom inscrit là sobrement, sans prénom, exposé, comme livré à lui-même, confié à un passage d’encre noire sur fond blanc.