En attendant la réouverture des librairies, et dans une politique de partage en temps troublés, La Fabrique éditions offre dix titres de son très riche catalogue en téléchargement gratuit. L’occasion, pour Diacritik, de remettre en ligne l’article que Jean-Philippe Cazier avait consacré à l’essai de Françoise Vergès, Un féminisme décolonial, en septembre 2019.

Aussi remarquable que passionnant : tels sont les deux termes qui viennent immanquablement qualifier le nouvel essai de Jacques Rancière, Le Temps du paysage qui vient de paraître à La Fabrique. A la croisée des 18e et 19e siècles, Le Temps du paysage identifie et cristallise ce moment dans l’histoire au cœur duquel le paysage ne renvoie plus à une simple question d’aménagement mais vient profondément affecter les sens et les critères de la beauté et de l’art. Ce moment de bascule dans la conception de la nature ne manque pas de faire plus largement écho à notre temps en nous posant la question de l’écologie. Autant de raisons pour Diacritik de rencontrer le philosophe et de l’interroger le temps d’un grand entretien sur son essai, sur sa méthode sans oublier l’écologie, la ZAD et le bac blanquer.

Dans Un féminisme décolonial, Françoise Vergès développe un point de vue critique sur le féminisme pour en repenser les conditions de possibilité et les finalités. Il ne s’agit pas de nier la pertinence et la nécessité d’une pensée et d’une politique féministes mais de produire une nouvelle dynamique – et de nouvelles alliances – qui ne répéterait pas les impasses et points aveugles qui font du « féminisme civilisationnel » un nouveau moyen d’oppression.

« Pourquoi des poètes en temps de détresse ? » s’interrogeait en 1992 Jacques Rancière en reprenant la célèbre formule d’Hölderlin quand, à l’instar du poète romantique et devant une époque troublée d’hommes et désertée d’idées, le philosophe ouvrait l’action poétique à la tâche alors inouïe : celle de voir le présent qui ne se donne pas, redonner au temps sa puissance à être temps, trouver dans le présent ce qui s’imprésente, et ainsi dire de quelle étoffe se tisse le temps lui-même.