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Comme David Bowie, Leonard Cohen aura livré un dernier album testamentaire, avant de mourir, à 82 ans : You want it darker. Sombre, toujours plus sombre, alors qu’il avait dû interrompre en 2013 une tournée mondiale entamée en 2008 pour raisons de santé, qu’il venait de perdre sa muse Marianne Ihlen, que tout faisait signe, jusqu’à ses déclarations en interviews vers une fin presque désirée (lire ici celle, crépusculaire, qu’il accorda au New Yorker cet été). Comme Bob Dylan, il aurait pu prétendre au prix Nobel de littérature, tant il contribua, lui aussi, à un fondamental brouillage des frontières entre la chanson et la poésie, lui qui publia par ailleurs plusieurs recueils de poésie et deux romans (Jeux de dames et Les perdants magnifiques). Là s’arrêtent les comparaisons, l’univers de Leonard Cohen est singulier, unique.

Brigitte Fontaine
Brigitte Fontaine est déroutante. Elle publie Boulevard des SMS, avec le dessinateur Alfred, recueil de maximes empreint d’une poésie résolument moderne. Sur ce Boulevard le trafic est dense, on y croise des papillons, Dieu, la langue française (« aphrodisiaque »), des femmes, des hommes, des bêtes, des cornemusiers, des mille-feuilles et même des tiroirs USB, comme un drôle d’autoportrait diffracté (même si l’image ne lui plait guère)… Brigitte Fontaine nous reçoit chez elle pour nous parler de ce drôle d’univers mais aussi de son admiration pour Bob Dylan, Prince ou Serge Gainsbourg. L’entretien est à son image, hors des clous et zazou, jusqu’à sa conclusion : elle nous fait écouter Kathleen Ferrier chantant Brahms, une de ses chanteuses préférées, avec Billie Holiday et Nina Simone. Décidément, Brigitte Fontaine préfère parler des autres pour se dire, l’une de ses nombreuses élégances.

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Depuis quelques jours, les critiques pleuvent sur l’attribution du Nobel de littérature à Bob Dylan : on exige que celui-ci regagne le périmètre clos qu’il n’aurait jamais dû quitter – celui de la chanson – pour que continue à exister inaltéré, pur, cet autre périmètre tout aussi clos que serait la littérature. Pour que la littérature existe, il faut que ce que fait Dylan ne soit pas de la littérature. La logique est celle, simpliste, de l’identité : si a est aussi b, alors il n’est plus lui-même, ne peut plus exister en tant que a. Les « pro » et les « anti » s’affrontent pour déterminer si Dylan est de la littérature ou si les deux sont contradictoires. La question telle qu’elle est posée ne me paraît pas très intéressante – et, étant donné son silence depuis que le prix Nobel lui a été attribué, sans doute n’intéresse-t-elle pas non plus Bob Dylan.

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Bob Dylan vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2016. Au-delà de la surprise sur le moment (même si son nom revenait depuis des années parmi les favoris), du ballon de baudruche de la soi disant modernité qu’il y aurait à couronner la chanson (dont les liens avec la littérature remontent à la nuit des temps…), Bob Dylan, donc, ou comme l’écrivait François Bon qui donne peut-être là les clés de ce choix : « Dylan comme masque obscur de nous-mêmes.
Des vies comme celles de Bob Dylan sont des dépôts où condense toute une époque, un miroir des questions que se pose une société sur elle-même, mais qui ne se révèle que rétrospectivement ».

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Benjamin Biolay vient d’annoncer la mort, ce matin, de son « ami, « grand frère » et « professeur de chanson », Hubert Mounier, alias Cleet Boris, chanteur de l’Affaire Louis Trio, le groupe qui a rythmé pour beaucoup d’entre nous les années 80 et les années 90. Il n’avait que 53 ans.

Carole Zalberg
Carole Zalberg

Carole Zalberg est romancière, parolière, auteur de romans pour la jeunesse (Je suis un arbre, J’aime pas dire bonjour, Le Jour où Lania est partie). Elle est notamment l’auteur d’une « Trilogie des Tombeaux », A défaut d’Amérique, L’Illégitime et Feu pour feu. Elle a récemment publié A la trace et Chez eux vient de sortir en poche chez Babel. Elle nous livre ici son abécédaire.

« une » de Life le 10 novembre 1967, BG sur la Tallahatchie Bridge qui sera détruit en 1972
Une de Life le 10 novembre 1967, BG sur le Tallahatchie Bridge qui sera détruit en 1972

Bobbie Gentry, voilà un nom qui ne dit plus rien, strictement rien aux jeunes générations. Pourtant à la fin des années 1960, elle fut une chanteuse, interprète et compositeur, reconnue dans le monde entier, pour son grand talent et toujours dans les mémoires pour sa silhouette de rêve. Après une dizaine d’années de renommée jusqu’au début des années 1980, elle a ensuite complètement disparu des écrans et des ondes. Par Jean-Louis Legalery.

Gainsbourg par Jef Aérosol, Paris, place Clichy Rue de Verneuil © C. Marcandier
Gainsbourg par Jef Aérosol, Paris, place Clichy © C. Marcandier

Serge Gainsbourg aurait eu 88 ans le 2 avril prochain. Mais il est mort il y a 25 ans, le 2 mars 1991. On l’imagine mal, de toute façon, atteindre cet âge respectable, eu égard à sa diététique à rebours, à base de nicotine et de 102… Hommage en quelques livres qui reviennent sur un parcours d’exception ou, comme Johan Sfar, font de la légende Gainsbourg une part de leur univers.