« Beau doublé, monsieur le marquis », octobre 2017, C. Marcandier

« Beau doublé » que celui qui s’expose dans le Musée de la Chasse et de la Nature : Sophie Calle et son invitée Serena Carone croisent leurs regards et investissent l’espace du musée, ses étages et pièces, les vitrines d’armes à feu et autres trophées. Ainsi, aux côtés de félins et autres animaux naturalisés, (re)découvre-t-on la girafe fétiche de Sophie Calle, ses propres animaux empaillés ou son chat raidi, tué par un de ses amants.

Julia Deck (DR)

Julia Deck publie son troisième roman, Sigma, aux éditions de Minuit. Rompant en apparence avec ce qui semblait être le fondement de son univers littéraire (l’exploration à la fois clinique et décalée de la psyché féminine), l’auteure approfondit de fait les perspectives de son œuvre, bien sûr présentes dès Viviane Elisabeth Fauville et Le Triangle d’hiver : la dissimulation, la fiction comme révélateur du réel ou les référents culturels comme mise en jeu de notre rapport au réel et questionnement de vérités un peu trop vite établies.

L’Histoire de mes dents de Valeria Luiselli, qui paraît en cette rentrée, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Nicolas Richard, est de ces romans qui échappent à toute catégorisation. Rapporter ce livre à un genre serait le simplifier à l’extrême, résumer son histoire la réduire à peau de chagrin. Son auteure elle-même échappe à toute identité simple, elle est singulière, radicalement. Si Valeria Luiselli, qui aime tant les « cartes de noms », devait être un territoire, ce serait l’ailleurs ; si elle était une langue, la littérature, tant elle joue d’hybridations, de mélanges, d’échos entre les imaginaires culturelles.
Entretien vidéo avec Valeria Luiselli et lecture critique de L’Histoire de mes dents.

À l’occasion de ses quarante ans, le Centre Pompidou a triomphalement fêté son anniversaire, se présentant comme un lieu vivant et toujours renouvelé de création. Et pourtant !
La rétrospective David Hockney actuellement présentée (jusqu’au 23 octobre) donne la troublante et dérangeante impression d’un lieu figeant et étouffant l’art dans le classicisme et la respectabilité.

Pilar Albarracin, She Wolf, 2006, vidéo © Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris

La définition de vivant ne va plus de soi depuis des années notamment face à une médecine dont le progrès brouille les frontières entre corps vivant, malade et cadavre. L’état de mort cérébrale en est l’exemple le plus frappant. Cependant une approche du concept semble apparaître en ce début du XXIe siècle : après l’ère de la robotique, de l’homme androïde, du corps métallique qui fut le fantasme du siècle dernier – depuis les hommes robotisés des peintures de Fernand Léger au mouvement cyberpunk des années 90 –, la chair organique revient comme modèle du nouveau vivant. Mais ce n’est pas cette chair saine et bien portante à laquelle certaines médecines douces tentent de redonner ses titres de noblesse mais une chair qui retourne à sa définition originelle. Chair modeste, trop modeste, une simple chair comestible… Car le corps humain, roseau pensant, malgré la grandeur d’âme qu’il peut contenir, qu’est-il au final si ce n’est un assemblage d’os, de muscles et de veines ? Que devient-il, privé de sa pensée, si ce n’est un simple tas de viande ?

Gareth Nyandoro, Stall(s) of Fame © Jean-Philippe Cazier

En donnant pour titre à son exposition au Palais de Tokyo Stall(s) of fame, Gareth Nyandoro met en avant le doublement de l’espace du lieu institutionnel et institutionnalisé d’exposition par un autre lieu d’exposition : celui, populaire, de la rue et des marchandises exposées sur les étals au regard des passants. Dans les deux cas, il s’agit d’exposer mais, d’un espace à l’autre, le statut, la valeur, et la nature de ce qui est exposé sont supposés différents. C’est cette différence que Gareth Nyandoro perturbe et interroge, non en l’effaçant, en la niant mais, par son maintien, en produisant une juxtaposition problématisante. Quel est le fondement du statut et de la valeur de l’œuvre d’art et de sa différence avec l’objet manufacturé vendu sur un étal de rue ? Quelle est la différence entre un lieu culturel d’exposition et l’espace de la rue comme lieu d’exposition ? Que signifie « exposer » et quels sont les processus culturels, économiques, historiques à l’œuvre qui ont produit et produisent les deux types d’exposition, celle de l’œuvre d’art et celle de la marchandise quelconque ?

Francesca Woodman, Self-deceit #1, 1978 © George and Betty Woodman

Il était une fois une enfant, une jeune fille, une femme, qui, voulant pénétrer le sexe de son origine, bascula en dedans d’elle-même par le truchement d’un miroir qui fit apparaître un lapin blanc. Quel est le regard que la femme porte sur le sexe de son origine ? Un regard rétrograde qui plonge à rebours, descend en lui-même, en son corps qui se creuse.

Quentin Pradalier est un jeune photographe-plasticien qui a présenté son travail dans la rubrique Photo-graphies de Diacritik.

Depuis plus d’un an et demi, Quentin Pradalier et Adrien Rigal, travaillent à la réalisation de Météorite. Ce livre d’art est la rencontre de trois séries photographiques de Quentin Pradalier – une invitation à parcourir sept ans de travail, d’expérimentations et de rencontres.

Étienne-Jules Marey, Marche de l’homme

Construire un livre comme un infini palais des glaces, miroitements et jeux de réflexions, démultiplication des regards, des décors : c’est sur le seuil de cette représentation que s’ouvre la Petite histoire du spectacle industriel de Patrick Bouvet, lecture de notre époque en tant que société généralisée du spectacle de masse, selon un « rythme industriel », « un mouvement qui enregistre le monde / le mécanise / et le projette ».
La démultiplication est aussi accélération, infinie, « du temps et de l’espace ». Et « le spectateur doit suivre ».