Martine Aballéa – Close Up 8 (Entretien)

The Green Cat Clublite, 2001 © Martine Aballéa

L’illusion onirique, l’imitation ambiguë, la fantaisie humoristique habitent les œuvres de Martine Aballéa, qu’il s’agisse d’installations, de photographies ou de contes. La perception du monde qu’elle restitue est empreinte de jeux de lumières, d’images colorisées et de typographies variées car le texte est souvent présent dans ses propositions visuelles.

Au MAM de la Ville de Paris, elle créé un simulacre d’hôtel comprenant des chambres, un bar, un hall d’accueil ; au Centre Georges Pompidou, elle publie un feuilleton pour, toujours, emmener le visiteur au-delà du trouble du réel. Actuellement, dans le cadre de PhotoSaintGermain, Martine Aballéa intervient avec des rideaux photographiques dans la Maison-Musée Auguste Comte. A l’automne 2021, est prévue une exposition personnelle, « Résurgence », au Centre d’art contemporain, Les Tanneries, à Amilly près de Montargis.

Alliés Discrets, 1997 ©Martine Aballéa

Comment te présenterais-tu ?

Je suis artiste plasticienne, même si je trouve ce terme de plasticienne barbare. Je ne suis ni peintre, ni photographe. La photo est un support que j’utilise comme base à mes images, mais je la traite d’une manière proche de la peinture.

Comment présenter ton œuvre ?

Je fabrique des images, des textes, des installations que les spectateurs peuvent investir. Le point de départ est le lieu, ses spécificités, son histoire, sur lequel je greffe une fiction. Par exemple Le bois de Luminaville, où J’ai greffé de la végétation sur un espace qui avait été autrefois une habitation et où on déambulait dans une forme de nuit. Il s’agit toujours d’une histoire.

Ta première rencontre avec l’art contemporain ?

Je suis née à New York et j’y ai passé mon adolescence. J’allais régulièrement au MoMA avec mon père qui m’avait pris un abonnement. C’est lors de leurs conférences que j’ai découvert l’art minimal et conceptuel qui m’ont beaucoup marquée. Aussi, j’allais à des « happenings » dans le Village. Tout cela me plaisait beaucoup sans que je me rende compte que j’allais en faire ma vie.

Tes plus grands chocs esthétiques ?

Juliette des esprits, le film de Fellini ; le surréalisme, Nadja d’André Breton ; les collections d’Annette Messager que j’ai découvertes dans l’exposition « Ils collectionnent » au Musée des Arts décoratifs puis à l’ARC en 1974. Toutes ces choses m’ont ouverte à de nouvelles visions du monde, à des possibilités auxquelles je n’aurais pas pensé. J’étais fascinée.

L’artiste disparu.e que tu aurais aimé connaître ?

Edward Hopper dont j’adore l’œuvre.

Un.e artiste d’aujourd’hui que tu aimerais rencontrer ?

Ed Ruscha.

Escape from the Last Lost Lake, 2009 Courtesy Dilecta, ©Martine Aballéa

Ton musée préféré ?

Le MoMA parce que c’est là que j’ai découvert l’art contemporain pour la première fois, mais aussi le Louvre et les petits musées. J’aime éprouver une proximité avec les œuvres. En 2019, lorsque j’ai visité la Collection Courtauld à la Fondation Louis Vuitton, j’étais émue de voir « en vrai », devant moi, des peintures que je connaissais jusque-là seulement par les livres.

La musique qui t’émeut le plus ?

La musique des XVIe et XVIIe siècle, Purcell. Mais aussi le Blues. J’adore la musique, j’en écoute beaucoup.

Quel.le auteur.e a pu inspirer ton œuvre ?

Jorge Luis Borges. J’admire la manière dont il crée des univers incommensurables à travers des récits très courts, des nouvelles. Je trouve cette économie de moyens très élégante, très subtile. C’est très conceptuel.

Quel évènement t’a marquée ces derniers temps ?

Depuis l’apparition de la Covid, j’ai l’impression de me réveiller chaque jour dans un nouvel épisode de La quatrième dimension. L’impression d’être en sursis. J’ai perdu tout sens du temps.

Quelle utopie, quel espoir pour demain ?

Moins de violence en politique et dans la société.


Martine Aballéa est représentée par la galerie et maison d’édition Dilecta Paris.