C’est l’événement éditorial de ce printemps : la réédition au Seuil du cours sur Le Neutre donné par Roland Barthes au Collège de France en 1978. Après une première édition du texte dans les années 2000, Eric Marty offre ici une édition définitive, riche et passionnante, où le propos de Barthes prend toute sa puissance, celle d’une parole qui revient dans son œuvre à son principe premier : le Neutre, qu’il réinterroge notamment sous le concept de « complexe ». Assorti de notes passionnantes, d’un avant-propos qui brosse la singularité d’une époque prête à tirer un trait sur les avant-gardes, ce cours est indispensable à qui entend se mêler de littérature et plus largement de sensible des textes. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre d’Éric Marty afin de l’interroger sur ce dernier Barthes, au seuil d’une disparition bientôt mélancolique.
Les Impardonnables est un livre à part, qui ressemble à peu d’autres. La première publication date de 1963. Le titre était La Fable et le Mystère, puis en 1971, pour la seconde édition, avec quelques variantes, La Flûte et le Tapis. Aussi, ce titre, Les Impardonnables, celui d’un des chapitres du livre, n’a été adopté qu’en 1987, lors de sa réédition chez Adelphi dans sa version définitive, et dix ans après la mort de son auteur. La traduction française, publiée en 1992 dans la collection « L’arpenteur » (le domaine italien que dirige Jean-Baptiste Para), est reprise aujourd’hui dans la collection « L’imaginaire » à l’occasion du centenaire de la naissance de Cristina Campo (1923-1977).
Les éditions Ardemment, créées en 2021, privilégient des fictions et essais d’autrices qui ont été « invisibilisées » au cours de l’Histoire mais aussi des textes plus récents, leur objectif étant de « constituer un matrimoine en vis-à-vis du patrimoine dominant ». Elles viennent de publier Affreville de Claire Tencin, un récit très singulier sur la guerre d’Algérie.
Beaucoup de temps perdu, nous dit-on, dans de vains échanges sur les réseaux sociaux. On sent une étrange satisfaction chez ceux qui nous font prendre conscience de la toxicité de ces lieux. Et quelque amertume parfois chez qui les abandonne à leur triste sort. Mais, vu du Terrain Vague, ces réseaux peuvent devenir des forêts primitives, ou plus modestement des bois à peine entretenus, où l’on sème des cailloux, non pour retrouver son chemin, mais pour indiquer qu’on est passé par là. Et en même temps que l’on sème, on imprime, parfois lourdement, l’empreinte de nos pas : souvenirs pour les temps futurs.
Dans son dernier roman, Le Continent du Tout et du Presque Rien, Sami Tchak raconte une histoire de domination des savoirs. Lauréat du 14e Prix Ivoire pour la Littérature Africaine d’Expression Francophone, l’ouvrage adopte le regard d’un ethnologue nommé Maurice Boyer qui réalise sa thèse chez les Tem de Tèdi, qu’il observera et apprendra à connaître pendant deux ans avant de rentrer à Paris.
Entretien avec Sami Tchak, autour de son livre, Le Continent du Tout et du presque Rien — dont on peut lire ici la critique.
Cette année, Catherine tapisse La Croisette. Depuis Les Parapluies de Cherbourg, Cannes invite Deneuve en fanfare, avec les honneurs.
Que vient-on chercher dans un journal ? Vaste question, à laquelle il est autant de réponses que d’auteurs. On n’y vient pas toujours pour les mêmes raisons et on n’en retire pas toujours les mêmes choses. Gageons qu’on cherche toujours quand même à y retrouver quelqu’un qu’on a déjà lu, qu’on a aimé lire. On vient au journal pour prolonger un compagnonnage, guidé par le fil d’Ariane de la fiction ou de la poésie – comme si le journal était un labyrinthe dont il ne s’agit pas de sortir mais de trouver le centre. On vient surtout à certains journaux et pas à d’autres, car certains semblent flotter légèrement au-dessus du niveau de la mer : le journal de Kafka, de Woolf, de Jules Renard, la correspondance d’un Flaubert.
Livre-océan, livre-mer, Écume ne peut être que polyphonique, métamorphique, en prise avec un nomadisme, un flux qui est celui de l’écriture autant que de la vie. Écrivant une fiction en écho au Moby Dick de Melville, Véronique Bergen élabore selon un montage complexe un livre qui est autant de dénonciation, de critique, que le chant d’une éthique possible de notre temps. Entretien avec Véronique Bergen.
Si vous n’avez pas encore lu Samy Langeraert, arrêtez tout, et précipitez-vous sur son deuxième récit, Les Deux dormeurs qui vient de paraître chez Verdier. Après le très beau Le Temps libre, le jeune romancier revient avec un récit encore plus troublant de douceur et de beauté contemplative. Un jeune homme, ancien étudiant en art, s’installe des après-midis entières dans la cafétéria d’un centre d’art pour y travailler à des textes mais observe aussi bien les clients. S’il s’attarde à regarder les uns et les autres, s’engage très vite un autre récit qui questionne le rapport au monde, au travail dans un rare effet Bartleby. Poème en prose magistral davantage même que roman, Les Deux dormeurs est un livre de prix que Diacritik vous invite à découvrir en compagnie de son auteur le temps d’un grand entretien.
L’eau et le feu ? – L’eau de l’estuaire (celui de la Loire) et le feu de la phrase (celle de l’auteur, remarquable par sa vivacité et sa plasticité, semblable à ces flammes dont le narrateur et sa compagne, au terme d’une longue marche, contemplent le fascinant mouvement dans l’âtre qui ronfle).