C‘est l’histoire d’un poète, comme il en existe tant : un jour il vient, il vit, il aime, puis souffre et meurt. Parfois ces gens-là meurent et sont oubliés et rejoignent l’humus général du monde, d’autres fois, ayant réussi le long parcours de l’œuvre, quelque chose en reste et surnage dans la scorie des siècles, et on en garde traces ; peut-être sont-ils lus, aimés, honnis, peut-être vivent-ils ainsi ; parfois même on romance leur vie- pour s’en souvenir davantage.

Ayant à peine épuisé une petite pile d’ouvrages – lus, parfois relus, et pour leur quasi-totalité recensés dans ce Journal de lecture –, une nouvelle se forme, tandis que d’autres autres se renforcent. Il y a principalement la pile « Poésie, etc. », la pile « Bande dessinée, etc. », la pile « Art & Cie », et plusieurs non nommées où tout se mélange. Chacune d’entre elles semblent à disposition du commentateur pour qu’il recharge ses batteries : pour qu’il retrouve le sens de la digression, alors qu’il aspire le plus souvent au retrait (le Terrain vague étant le lieu où ces deux conduites s’accordent).

Si le roman gothique est l’inachevé́ poursuivi par l’imagination, que se passe-t-il dès lors que cette imagination est exacerbée par la crainte du féminicide ? En revisitant le roman gothique, arqué autour du suspens, du mystérieux et de l’inachèvement, l’autrice suédoise Johanne Lykke Holm, construit un glissement subtil d’une destruction à une autre : de la ruine comme symbole d’une époque détruite à l’assujettissement destructeur de la domestication.

Dans la famille des identités multiples de Louis Aragon, demandez le surréaliste. Nous sommes en 1924, et en enjambant un siècle, vous avez fait une très bonne pioche : malgré un discours noir et déséspéré auprès de ses amis, le jeune écrivain (né en 1897) se tient dans la période la plus prolixe de son œuvre. Il écrit alors des centaines de pages étourdissantes qui vont aboutir aux joyaux Le paysan de Paris et La Défense de l’infini.

On nous avait un peu prévenus ( la performance de Kim Noble est déconseillée aux moins de 18 ans) mais nul ne pouvait s’attendre à l’expérience foutraque, dégoûtante, réjouissante, intelligente et radicale que propose Kim Noble dans ce seul en scène inédit qui donne à voir et à entendre des larves, des renards empaillés et un écureuil articulé, entre autres.

Le jeu de mots est usé mais rarement il a été aussi bien mis en scène que dans ce très beau spectacle de Tiago Rodrigues : le cœur des deux amants y palpite à l’unisson d’un chœur de comédiens, haletant et accordé jusqu’à l’ultime respiration. Ce  court spectacle scande une histoire universelle et intime, pulsée par le rythme cardiaque d’une percussion qui soutient le phrasé respiratoire des deux comédiens.

Récemment, la littérature autour de la violence incestuelle se multiplie, tissant une trame de plus en plus serrée d’expériences singulières mais qui, par cette multiplication et ce tissage, se mettent à résonner ensemble. Dans ce contexte, le recueil Firestar d’AD Rose se distingue par une écriture trash, gonzo, une poésie sans lyrisme qui recueille l’écume rougeoyante de la violence et se présente comme la première étape pour construire un espace discursif dans lequel penser en commun le fait incestuel.

Cécile A. Holdban désirait faire résonner une autre histoire, celle à travers les âges d’une poésie « écrite par des femmes », de Sappho à Christine de Pizan jusqu’à Marceline Desbordes-Valmore. Mais entre le siècle dernier, qui dans la perspective qui était la sienne ne ressemble à aucun autre, et les époques précédentes, elle constata que le chant était trop discontinu, ou que la dimension encyclopédique trahissait des manques qu’il aurait fallu malgré tout justifier. Premières à éclairer la nuit est un portrait épistolaire de quinze femmes poètes, toutes traversées différemment par l’histoire du XXe siècle.

« Les intellectuels ne se promènent pas torse nu, ils meublent leur appartement avec soin et se battent pour le pouvoir ; lui semblait flotter comme un ange à l’intérieur du monde des idées. » Tout Yannick Haenel se tient dans cette description du Trésorier-payeur, le prodigieux personnage qui donne son titre à un roman qui transcende la rentrée littéraire.

Jusqu’au 27 mai 2024, un musée consacre à Jacques Lacan, figure intellectuelle majeure du XXe siècle, sa première exposition, par le prisme lumineux de l’art. Plus de quarante ans après la mort du psychanalyste et grand théoricien de la pensée et pour la première fois en France, le centre Pompidou Metz accueille des chefs d’œuvres et des créations plus contemporaines qui ont marqué l’histoire de l’art du XVIe siècle à aujourd’hui.

Ces fleurs sauvages qui donnent son titre au nouveau roman de Célia Houdart, ce sont d’abord celles des Alpes suisses et de la Haute-Provence qui en forment le cadre – un cadre auquel la romancière donne toute son importance, tant ses personnages semblent imprégnés, déterminés presque par cette nature montagneuse. Mais les « fleurs sauvages », ce sont surtout les jeunes gens qui en sont les protagonistes principaux :