Présentée comme la réponse à Emily in Paris qui rencontrerait Succession, La Maison est une tentative de se réapproprier l’univers parisien de la mode subissant les clichés netflixiens. Diffusée sur Apple TV+, La Maison jette Lambert Wilson, Amira Casar, Carole Bouquet et Pierre Deladonchamps dans le taffetas et le spectateur dans l’embarras devant le spectacle navrant de cette fashion weak.
Dans la salle prestigieuse de l’Odéon, tout est rouge. Du velours des fauteuils que rehaussent les dorures des cadres, à la scène, écarlate du sol aux rideaux, vides et déjà sanglante, alors que la cérémonie forcement sacrificatoire, n’a pas encore commencé. C’est Angélica Liddell qui ouvre la saison, avec Dämon, une pièce dont le titre forme avec le prénom de sa créatrice l’oxymore qui guide son parcours. Ange et démon, la prêtresse nue le sera tour à tour, selon qu’elle harangue le public dans une chemise blanche largement ouverte sur son anatomie ou qu’elle chuchote à l’oreille de l’artiste mort dans un manteau noir de veuve ténébreuse et inconsolée.
New York. Red Hook. Journal de choses vues.
La nouvelle création originale Canal Plus est assurément ambitieuse, que ce soit dans sa réalisation, son propos et son casting international. Thriller politique à la française avec néanmoins nombre de ressorts déjà vus outre-Manche et outre-Atlantique, Paris Has Fallen embarque le spectateur dans les arcanes du pouvoir, de l’Élysée à l’ambassade du Royaume-Uni et l’Hôtel de Brienne en passant par l’Afghanistan et les toits de la capitale.
Jeudi 26 septembre, une pluie poisseuse s’étalait sur Paris lorsque Alone, une nouvelle chanson de The Cure est apparue sur les sites de streaming, annonçant la sortie d’un album intitulé Songs of a lost world pour le 1er novembre. La collusion de ces petits évènements tombe sous le sens pour qui estime que la formation de Robert Smith fonde depuis toujours une mélancolie ontologique, approfondissant son sens en mélodies.
« Supprimez tout ce qui n’est pas pertinent dans l’histoire. Si dans le premier acte vous dites qu’il y a un fusil accroché au mur, alors il faut absolument qu’un coup de feu soit tiré avec au second ou au troisième acte. S’il n’est pas destiné à être utilisé, il n’a rien à faire là. »
(Anton Tchekhov)
Le dernier film de Mohammad Rasoulof commence par le plan d’une arme et de projectiles, et nous savons alors que nous sommes au premier acte d’une tragédie. Selon le principe du fusil de Tchekhov, si vous introduisez une arme au début de l’œuvre, il faudra nécessairement qu’elle serve, nouant le drame. De fait, ce premier plan, énigmatique, fera planer sur le film entier une tension qui ira crescendo jusqu’à ce que le théorème se vérifie inexorablement.
Centré sur le rapport de Sonia aux chevaux, Cavaler seule développe ce rapport pour en faire le fil rouge par lequel la vie de celle-ci est racontée. Le parti pris de Kathryn Scanlan réside dans le fait que ce récit ne relève pas de l’imaginaire de l’auteure puisqu’il est élaboré à partir d’entretiens réels et réguliers avec Sonia durant une période de trois ans.
New York. Red Hook. Journal de choses vues.
Vingt-et-un an après la sortie de Blankets et neuf ans après Space boulettes, Craig Thompson livre avec Ginseng Roots un roman graphique dense, intimiste et subtilement engagé dans lequel il fait se croiser son histoire personnelle, celles des travailleurs du « Shang », le business mondial du ginseng, l’histoire de la plante, la création, le passé, le futur… et autant de raisons et de destins embrassés dans cette (en)quête de réponses.
Cela fait déjà longtemps que le désir d’associer bande dessinée et poésie travaille souterrainement cette chronique, sans qu’il ne soit pour autant question de rechercher des liens arbitraires, ou de fausses affinités. De timides, ces rencontres sont progressivement devenues manifestes ; et aujourd’hui, peut-être parce que cet épisode de Terrain vague porte le numéro “23” – nombre magique selon moi –, l’« alternance » sera de rigueur : une bande dessinée / un livre de poésie / deux bandes dessinées / deux livres de poésie / une bande dessinée / un livre de poésie.
Claude Adelen n’est pas un poète prolixe, mais chacun de ses livres compte, une douzaine depuis 1968, plusieurs fois récompensés par des prix (dont l’anthologie Légendaire (Flammarion, 2010), qui permet d’en découvrir un vaste empan), comme ont compté ses chroniques de poésie dans la revue Action poétique, en partie rassemblées sous un titre éloquent : L’émotion concrète (Comp’Act, 2004). Son dernier recueil, l’ultime si on l’en croit (mais faut-il le croire ?), est sans doute le plus beau.
Tout est déjà brouillé lorsque je m’empare de vaisseau instantané, aussi nommé instant shipping, petit livre-carte de Léon Pradeau, paru juste avant l’été.
New York. Red Hook. Journal de choses vues.
Le livre de Catherine Weinzaepflen, D’ailleurs, se construit autour d’une idée du monde et de ce qui est impliqué par le fait d’y vivre : l’omniprésence, la permanence de l’ailleurs. Le monde n’est jamais entièrement ici, il implique toujours un ailleurs. Aller vers cet ailleurs, s’y trouver, revient à déplacer l’ailleurs qui persiste au-delà de l’ici.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett, publiés dans Diacritik tout au long de l’année 2024.