Pilotes en séries (21) : heurt sur la ville (Paris Has Fallen)

STUDIOCANAL - © 2024 URBAN MYTH FILMS (BRISTOL) LTD – MILLENNIUM IP, INC – CANAL+

La nouvelle création originale Canal Plus est assurément ambitieuse, que ce soit dans sa réalisation, son propos et son casting international. Thriller politique à la française avec néanmoins nombre de ressorts déjà vus outre-Manche et outre-Atlantique, Paris Has Fallen embarque le spectateur dans les arcanes du pouvoir, de l’Élysée à l’ambassade du Royaume-Uni et l’Hôtel de Brienne en passant par l’Afghanistan et les toits de la capitale.

De nos jours, « la Chute de Paris » est donc annoncée quand un ex-légionnaire attaque l’ambassade anglaise aidé d’un commando armé jusqu’aux oreillettes, une action planifiée avec rouerie et efficacité qui vise le ministre français de la défense, le chef du MI-6 en poste à Paris et, on l’apprendra plus tard, un marchand d’armes en cheville avec les deux précédents. Grâce à l’efficacité de Vincent Taleb (Tewfik Jallab), garde du corps du ministre, et la présence opportune d’une agente du MI-6 (Ritu Arya vue dans Umbrella Academy), le ministre va échapper (mais pour combien de temps ?) à une mort certaine tandis que le chef du commando Jacob Pierce (Sean Harris) semble avoir tout prévu dans les moindres détails pour arriver à ses fins.

Musclée, nerveuse, chorégraphiée avec précision, Paris Has Fallen est un croisement entre un Bureau des Légendes sous régime hyper-protéiné et Gangs of London sans la complaisance pour la violence brute. On a beau avoir déjà vu des vilains de cinéma ou de séries de l’acabit de celui de Paris Has Fallen (dans Skyfall, Spooks, Fauda ou Slow Horses), Sean Harris est parfait de noirceur et de résolution vengeresse que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter – à l’exception bien sûr du tandem constitué par le garde du corps et l’agente du MI-6. Après deux épisodes, le méchant de l’histoire est bien le vrai héros de Paris Has Fallen, avec le passé coupable des puissants corrompus justifiant la vengeance de l’ex-militaire.

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La réalisation soignée et l’esthétique sombre sont les vrais atouts du démarrage de Paris Has Fallen : entre la scène de combats au sein de l’ambassade, les vues de la capitale en contre-plongée, les poursuites et une longue scène sur les toits de Paris pour déjouer un nouvel attentat, la tension est maintenue sans trop d’effets ni parti-pris esthétisant. Mais outre le rythme et l’action pure, l’exposition des personnages (la relation entre Taleb et la fille du ministre, les amours de Zara avec une junkie parisienne, l’histoire personnelle des protagonistes) sont des respirations qui servent le récit et le suspense.

Paris Has Fallen n’est donc pas une nouvelle histoire de terrorisme avec la bannière étoilée brandie comme le seul recours possible. La série de Studio Canal bénéficie une écriture et une mise en scène soignée avec des dialogues et des considérations qui renvoient (pour l’instant) davantage à Homeland ou Looming Tower qu’à Jack Ryan. (À suivre).

Paris Has Fallen. de Oded Ruskin et Hans Herbots. Avec Tewfik Jallab, Ritu Arya, Sean Harris, Emmanuelle Bercot dans les rôles principaux. Deux épisodes diffusés sur Canal Plus chaque lundi depuis le 23 septembre. 2024. Crédits images : STUDIOCANAL – © 2024 URBAN MYTH FILMS (BRISTOL) LTD – MILLENNIUM IP, INC – CANAL+