Jeudi 26 septembre, une pluie poisseuse s’étalait sur Paris lorsque Alone, une nouvelle chanson de The Cure est apparue sur les sites de streaming, annonçant la sortie d’un album intitulé Songs of a lost world pour le 1er novembre. La collusion de ces petits évènements tombe sous le sens pour qui estime que la formation de Robert Smith fonde depuis toujours une mélancolie ontologique, approfondissant son sens en mélodies.
Si la chanson a ouvert tous les concerts de la récente tournée triomphale du groupe (1,3 millions de spectateurs, 33 pays visités), elle ne sacrifie rien au spectacle pop-gothique (à aller chercher du côté de la série Mercredi ou des penchants tristounets de Billie Eilish): ses six minutes et quarante-neuf secondes de froides et sincères lamentations bien peu radiophoniques disent une très rare indépendance d’esprit et une liberté artistique jamais démenties par la formation.
J’ai écouté plusieurs fois d’affilée la chanson et retenu quelques bribes de paroles, toutes ramenant au centre de l’œuvre du groupe depuis la fin des années soixante-dix : nous atteignons intimement des sommets de solitude où ne subsistent qu’une forme de foi, au-delà de la tristesse. Le monde est en train de disparaître, sa fin est longue et douloureuse, il nous faut la chanter d’une manière ou d’une autre. J’ai entendu Smith chanter « Le monde n’est qu’un rêve, où est-il parti ? », « Froid et apeuré », « Le fantôme de ce que nous avons été ». J’ai lu le communiqué de presse de la maison de disque dans lequel le chanteur évoque le poème Dregs de l’anglais Ernest Dowson. J’ai écouté des réminiscences de l’album Disintegration (1989) et de sa superbe version live Entreat. J’ai ouvert les fenêtres de mon appartement et senti alors la pluie comme si elle tombait aussi au fond de moi. J’ai pensé que ce disque à venir serait fidèle à l’œuvre d’un groupe à la fois puissant et en retrait, puis j’ai pressé repeat en souriant.
The Cure, Songs of a lost world, 1er novembre 2024, Universal.