Au premier abord, on croit avoir déjà vu quantité de films comme celui-là : une comédie italienne des années 1960, enchainant les sketchs forcément inégaux sur un thème central – ici l’égoïsme – propice à la satire morale et sociale, avec tout le cortège des stars transalpines de l’époque (Gina Lollobrigida, Silvana Mangano, Vittorio De Sica, Marcello Mastroianni…).

Si vous êtes amateur de littératures nordiques, vous ne pouvez ignorer le nom d’Eric Boury. C’est à travers ses traductions que les lecteurs français connaissent Arnaldur Indriðason, Jón Kalman Stefánsson, Stefán Máni, Árni Thórarinsson, Eiríkur Örn Norddahl et tant d’autres.
Eric Boury était de passage à Paris la semaine dernière pour une rencontre en Sorbonne : l’occasion rêvée d’interroger ce « passeur d’Islande », selon le très joli mot de Carine Chichereau.

Tout se mélange dans ma tête. Drôle d’incipit mais c’est pourtant et mon idée et mon commencement : le mélange des choses vues, entendues, mixité des idées et des sensations. Car on perçoit et on reçoit tout en même temps, des signaux les plus faibles – la petite chatte qui gratte comme une forcenée sous mon lit en ce moment et qui m’empêche de me concentrer – aux signaux les plus forts – par exemple le dernier papier aux accents pasoliniens que je viens de lire et relire, celui de Dimitris Alexakis à propos de la tragédie électorale du 7 mai prochain.

C’est encore une fois un sublime documentaire que diffuse Arte cette nuit, à minuit 15, I pay for your story de Lech Kowalski, recueil de témoignages et histoires vraies sur la vie en marge de la société, à Utica, à 4 h 30 de New York en voiture. Le réalisateur, qui a lui-même passé une partie de sa vie dans la ville, a rémunéré des habitants pour raconter, face caméra, leurs galères, leurs espoirs, leurs désillusions. Son film, pudique et fort, nous confronte à des condensés d’existences engluées dans un présent sans perspectives.

Mai 2017, la démocratie est malmenée par la politique politicienne. La démocratie, ce concept vieillot que l’on piétine allègrement depuis des mois et des années sans que personne ne trouve à y redire. La démocratie, ce bien commun que l’on devrait chérir et protéger plutôt que le maltraiter est aujourd’hui la première victime du débat public. Au premier rang des agresseurs : les mots. Ceux du Front National, de ses soutiens et de sa candidate présente au second tour de l’élection présidentielle.

L’enfouissement, la sensation d’enfouissement. Ma tanière : quatre-vingt mètres carrés dans une petite rue bordée d’orangers, vue sur un coin du port de plaisance (l’antique d’Athènes), balcon côté chambres avec vue plongeante sur le quartier, deux chambre, oui-oui, livres, canapé, La Dame de Leche cadeau d’anniversaire de François Martin, tapis, bougies le soir et, suprême chic, quatre tables de travail – autant dire calme, luxe et volupté après des décennies de niches parisiennes.

C’est un Brooklyn cosmopolite que décrit Boris Fishman dans Une vie d’emprunt, et principalement Midwood, South Brooklyn : « Ici, on était dans une ville étrangère, pour qui venait de Manhattan. Les immeubles étaient plus petits et les gens plus gros. Ils roulaient en voiture, et, pour la plupart d’entre eux, Manhattan n’était qu’une clinquante prise de tête. (…) C’était encore un monde en devenir. » Là vit le grand-père du narrateur, « au premier étage d’un immeuble de briques brunes occupé par des locataires soviétiques et mexicains qui l’empêchaient de dormir ». La famille Guelman a trouvé refuge à Brooklyn après avoir fui Minsk et « des mois d’angoisse apatride dans la beauté perverse de la Mitteleuropa et des rivages tyrrhéniens ».

Huit ans avant de publier son best-seller annoncé City on fire (publié en France en 2016, désormais disponible en Livre de poche), Garth Risk Hallberg signait Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord, sorte d’encyclopédie d’une Amérique ordinaire, véritable physiologie, entée sur la vie de deux familles, les Hungate et les Harrison, voisins d’une banlieue de Long Island.

Vient de paraître, aux éditions JC Lattès, un ouvrage au titre décapant, surtout par les temps que nous vivons… Nos ancêtres les Arabes – Ce que notre langue leur doit. Son auteur, Jean Pruvost était sur le plateau de La Grande Librairie le 13 avril 2017, avec Claude Hagège, Tahar Ben Jelloun et Muriel Gilbert. Il se présentait comme un « dicopathe », ne se plaignant pas du tout de la maladie qu’il a contractée il y a bien des années car c’est une saine maladie qui fait voler en éclats les clichés.
Le titre choisi, soulignait François Busnel allait faire grincer des dents… Tahar Ben Jelloun remarquait alors que pour entrer en langue ou en littérature, il n’est « pas besoin de visa »…

La troisième rencontre Diacritik/Atout Livre a réuni, jeudi dernier, Romaric Vinet-Kammerer et Julia Deck autour de la figure de Cookie Mueller dont les éditions Finitude viennent de publier Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir. La soirée était animée par David Rey. Diacritik vous propose de la revivre, via une captation sonore des échanges.

L’oubli du fascisme. Des millions de morts juifs. L’oubli des millions de morts communistes, tziganes, homosexuels, fous. L’oubli de la mort comme politique. L’oubli des corps battus, brûlés, gazés, fusillés. L’oubli des corps torturés. L’oubli que Jean-Marie Le Pen a commencé sa carrière en éditant des chants nazis. L’oubli que les fondateurs du FN sont des nazis, des collaborateurs, des pétainistes, des négationnistes. L’oubli que les piliers historiques du FN sont toute l’extrême-droite française, les néofascistes et néonazis français et européens. L’oubli du racisme et de l’antisémitisme. L’oubli du fascisme comme politique actuelle. L’oubli que la politique du FN est une politique de mort.

Parce qu’on ne peut laisser dire n’importe quoi, ce midi, au Journal de France 2, on a pu entendre de la bouche de la journaliste Marie-Sophie Laccarau une phrase, pas même une phrase, un mot simple au sujet de la nomination fantoche de Jean-François Jalkh à la présidence du FN – un mot terrible d’irresponsabilité et d’horreur consentie : évoquant l’horrible polémique de 2005 où l’homme avait déclaré que le gaz, Zyklon B, n’avait pu être utilisé dans les chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale, la journaliste parle de « propos sulfureux ». On ne peut être qu’atterré.