Ailleurs, partout, de Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold, serait une sorte de documentaire : « une sorte » car le film sort des cadres attendus du documentaire, comme il tend à sortir des cadres du récit, des cadres de la fiction, des cadres du visible cinématographique – comme il tend à sortir de tout cadre. Dans ce film, la traversée des frontières n’est pas seulement le thème, elle est aussi un principe esthétique et politique : traversée du discours, de l’image – un nomadisme qui emporte le cinéma, le dérègle, le réarrange pour une création particulièrement puissante, enthousiasmante.

Une phrase décrit assez justement le livre de Gabriel Gauthier, Space : « la possibilité d’un univers miniature qui contiendrait un nombre infini de secrets et d’enquêtes que l’on pourrait résoudre en l’espace d’une semaine, au plein de l’été ». Un peu plus haut, le texte annonce qui mène l’enquête, « des enfants craintifs et secrets avec la passion des énigmes ». Ainsi sont posées quelques-unes des clés du livre.

Dans L’Hypothèse K. (2023), Aurélien Barrau décrit le développement immodéré, voire autonome de la technique à l’heure de l’anéantissement biologique global comme un « techno-cancer », c’est- à-dire un « prométhome ». Les scientifiques spécialistes emploient dorénavant cette formule sans la moindre ambiguïté : « L’ampleur réelle de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique [et constitue] un anéantissement biologique. » (1)

Avant d’être un film d’animation, La plus précieuse des marchandises a été un conte, écrit par Jean-Claude Grumberg, paru en 2019 aux éditions du Seuil dans la collection La Librairie du XXIe siècle dirigée par Maurice Olender, disparu en octobre 2022. Pour son dixième long métrage, Michel Hazanavicius signe une adaptation forte et lumineuse d’un texte puissant et nécessaire. Avec une prise de risque supplémentaire : le réalisateur a dessiné tous les personnages et osé dévoiler au monde une part jusque-là inconnue de sa palette de talents, voire de lui-même.

Des livres qui se lisent avec plaisir, il n’en manque pas. Des livres qui se relisent dans la foulée sans ennui, il y en a suffisamment pour alimenter cette chronique. Mais des livres qui se relisent longtemps après, comme si, de nouveau, c’était la première fois, non qu’on ne les ait oubliés, mais parce que nous les appréhendons de manière plus ouverte – la mémoire ayant été, sinon altérée, disons fragilisée, voire trouée, par les effets du temps (la mémoire est un champ de bataille pour les archives) –, il y en a beaucoup moins. On se dit alors : au diable l’actualité, c’est d’eux que nous devrions parler.

Le Théâtre du Voyageur se situe à Asnières-sur-Seine, dans la gare même d’Asnières-sur-Seine, sur le quai D. On prend le train à la gare Saint-Lazare, et cinq minutes plus tard environ (si on tombe sur un « direct ») on arrive à destination. Depuis ce quai D, il suffit alors de longer un long bâtiment, un entrepôt SNCF au bout duquel a été aménagé le théâtre.