Le troisième épisode de la série documentaire d’Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa, diffusé samedi sur Arte, est centré sur la fameuse Violette Nozière, « le monstre en jupon », un fait divers qui met en perspective un acte au sommet de la hiérarchie criminelle, le parricide. Tuer le père, pilier de la société, c’est renverser l’ordre social. Mais derrière l’acte, ce sont toutes les contradictions et tensions des années 30 qui sont déployées et interrogées dans cet épisode passionnant.

Le second épisode de la série Faits divers à la une (Arte), diffusé juste après Roswell, se déroule cinquante ans plus tard, sous un pont parisien. C’est ce moment que Robert McLiam Wilson, dans une tribune récente publiée dans Libération, a qualifié de « triomphe du rien », expression qui dit bien le paradoxe oxymorique d’un fait en apparence sans importance pourtant susceptible d’un emballement infini, en ce sens passionnant parce qu’il révèle nos imaginaires, nos constructions fictionnelles comme un moment de l’histoire sociale.

Samedi 9 septembre s’ouvre, sur Arte, la diffusion de Faits divers, l’Histoire à la une, une série documentaire d’Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa, en dix épisodes de 26 mn, autour de faits divers sont des marqueurs à la fois historiques, médiatiques et sociologiques, voire littéraires ou cinématographiques. Ils se sont produits en France, aux USA, au Japon, en Allemagne ou ailleurs mais leur onde de choc est planétaire, ils sont parfois l’épisode initial d’une saga criminelle, selon la loi sérielle du genre, d’autres sont des hapax, tous sont contextualisés et analysés à travers des images d’archives d’une grande richesse, des commentaires de spécialistes (historiens, sociologues, anthropologues).
La série documentaire débute samedi prochain avec ses deux premiers épisodes, L’invention des soucoupes volantes (Roswell) et La presse contre la couronne (Lady Di).


Même en vacances, le critique est loin de se départir de son envie de voir et revoir des séries dont il a déjà parlé, parlera peut-être ou passera sous silence de crainte d’avouer un tropisme coupable pour les TV shows inconséquents de pur divertissement à la sauce blockbuster… Rien de tout cela en ce qui concerne Downton Abbey, intégralement revu à l’aune d’une programmation télévisuelle estivale quelque peu indigente. L’occasion de s’apercevoir combien les dialogues sont un tissu de citations de chansons pop.

Action LGBTQI devant le CSA

Depuis plusieurs jours, une stratégie de pinkwashing se met en place dans les médias. Quelques dizaines d’annonceurs, qui jusque-là avaient richement financé l’émission TPMP, se découvrent des valeurs, une morale, affirmant que l’épisode du piège tendu par Hanouna à des hommes gays serait contraire à ces valeurs. Ces entreprises qui payaient pour que leurs publicités soient diffusées durant l’émission se retirent, drapées dans un Rainbow Flag, mettant un terme au financement de TPMP. Pourtant, cet épisode n’est pas un « dérapage », selon le mot utilisé dans la presse pour atténuer la charge de la critique, un accident différent de ce qui se passe d’habitude dans l’émission : il n’est qu’un moment d’une série continue de propos et de mises en scène homophobes et sexistes.

Le Bureau des Légendes revient pour une troisième saison et mérite plus que jamais son surnom d’Homeland à la française, même si les premiers épisodes diffusés ce lundi 22 mai sur Canal Plus tendraient à montrer qu’il s’agirait plutôt d’un « outland » puisque l’action se situe majoritairement hors de l’hexagone comme celle son aînée à l’aube de la saison 4.

L’émission d’Hanouna, pourtant regardée par des millions de téléspectateurs, n’en est pas moins une vieille poubelle jouissant de ses propres remugles. La vulgarité permanente et gratuite – on est loin de l’art anarchiste du professeur Choron – y est omniprésente, les séquences machistes et homophobes s’y enchaînent, délivrant un discours qui, de manière primaire et « décomplexée », réactive sur le mode du langage et de la représentation la violence symbolique, matérielle et physique qui règne à l’égard de catégories de la population toujours objectifiées et infériorisées. L’émission d’Hanouna légitime cette violence – et n’en reste pas elle-même au niveau du symbolique et de l’image mais présente des passages à l’acte. On se souvient, par exemple, du « baiser » subi par une jeune femme forcée de se soumettre à Hanouna et à un de ses chroniqueurs. On pense aussi à la violence psychologique permanente qui est exercée sur certains des collaborateurs, contraints de se rabaisser chaque jour davantage pour exister quelque part dans le PAF et toucher leur chèque à la fin du mois.

Sur cette image, Vanesse Burggraf essaie d’épeler « oignon » à la ministre

Peut-être faudrait-il rappeler ici à Vanessa Burggraf, au regard de la terrible séquence qui l’a opposée à Najat Valaud-Belkacem dans On n’est pas couché, ces quelques mots très simples de Madame de Duras, et cela devant une nouvelle séquence de désinformation assénée avec la tranquillité de la bêtise à front de taureau : « Le vrai fait ce qu’il peut ; le faux fait ce qu’il veut. »

C e soir Arte diffuse, à 20 h 50, un documentaire de Jean-Robert Viallet centré sur le monde universitaire et dont le titre se veut sonnette d’alarme : « Étudiants, l’avenir à crédit« .
Les universités sont devenues des entreprises, soumises à un modèle libéral, et si le phénomène est encore émergeant en France, observer son fonctionnement et ses répercussions sur les étudiants aux USA, donnés par beaucoup comme un modèle, ou en Grande-Bretagne, permet de comprendre les risques d’un tel système. Plongée, glaçante et instructive, dans un monde en pleine mutation.

Lech Kowaski, I pay for your story

C’est encore une fois un sublime documentaire que diffuse Arte cette nuit, à minuit 15, I pay for your story de Lech Kowalski, recueil de témoignages et histoires vraies sur la vie en marge de la société, à Utica, à 4 h 30 de New York en voiture. Le réalisateur, qui a lui-même passé une partie de sa vie dans la ville, a rémunéré des habitants pour raconter, face caméra, leurs galères, leurs espoirs, leurs désillusions. Son film, pudique et fort, nous confronte à des condensés d’existences engluées dans un présent sans perspectives.

D’un côté de la chaîne de la mort industrielle, des centaines d’animaux, étourdis, tués, dépecés, mis en barquette ; de l’autre une armée d’hommes et de femmes en blouses blanches, charlottes ou casques, dont le rôle est justement d’étourdir, tuer, dépecer, mettre en barquettes.
« Qui se soucie des damnés de la viande ? », demandait récemment Geoffroy Le Guilcher dans son impressionnant livre-enquête Steak Machine, centrant justement son regard sur l’intérieur de ces abattoirs fermés au regard, objet d’une véritable omerta, et sur les « hommes-crabes » qui y travaillent. C’est aussi l’objet du documentaire de Manuela Frésil qu’Arte diffuse cette nuit — et comment ne pas regretter cette heure de diffusion ? — Entrée du personnel.