« This is Us », saison : one, two, three

En début d’année 2017, le critique avouait qu’il avait sans peine mis de côté son goût pour ses séries cultes désormais trop datées, pour se tourner vers les TV shows exigeants qui font se pâmer les exégètes un peu snobs dont il fait partie ou pour les blockbusters bien huilés qui demandent moins d’avoir un QI de Prix Nobel que l’indulgence chevillée au cortex. Allant même jusqu’à visionner l’intégralité de la première saison de This is US avant de se plonger dans la deuxième débutée le 26 septembre dernier, le critique revient à mi-saison pour reparler de ce qui s’avère être une réussite au-delà de toute compréhension, avant une trêve hivernale qui va permettre à Kate, Kevin, Randall et nos glandes lacrymales de faire une pause bien méritée.

« Number one, Number two, Number three », les trois derniers épisodes de cette première partie de saison 2 sont centrés – si tant est qu’une série aussi chorale et qui manie si bien les allers et retours dans le passé, dans le passé du passé et le présent des uns et des autres puisse avoir un centre digne de ce nom – sur les trois enfants Pearson, Kevin, Kate et Randall, fratrie un peu (c’est un euphémisme) abîmée par la vie. A la fin de la première saison, les spectateurs découvraient la raison de toutes les fêlures, de nombreux non-dits, dans une séquence déceptive, nouvelle multiplication de copiés-collés de leur passé d’adolescents et de leur présent d’adultes… la mort du père, attendue, annoncée, cause et conséquence de leurs futurs, arrivait (enfin, serait-on tenté de dire en mode accro impatient de savoir) et levait un timide voile dans une scène finale tout sauf conclusive.

Toby, Photo by NBC/Ron Batzdorff/NBC – © 2017 NBCUniversal Media, LLC

Parce que This is US est ainsi : une série qui ne dit jamais tout alors qu’elle ne cache rien. La série embrasse, détaille, sculpte la psychologie de chacun des personnages. Des principaux (Rebecca, Jack, William, les « triplés ») aux « secondaires » (Toby, Miguel, Beth, Sophie…), aucune faille, aucune qualité ne sont oubliées. Les liens tissés entre les enfants et leurs parents, naturels ou adoptifs, sont passés au crible, à la loupe grossissante, sans que jamais l’emphase ou un quelconque pathos ne vienne alourdir cet exposé large et ambitieux des sentiments.

Série familiale, mais également générationnelle et plurielle, This is US parle de l’Amérique : l’histoire de la famille Pearson ou celle de William croise l’histoire du pays tout entier (c’est toute la polysémie du us dans le titre), la participation aux conflits de par le monde (le Vietnam, la Corée…), les guerres intérieures, les travers d’une société qui a connu et connaît toujours le racisme, social, physique ou ethnique, qui est loin de pouvoir régler son penchant (et son problème) pour les addictions de toutes sortes (l’alcoolisme, la drogue, l’image, la réussite, la célébrité…). Mieux, This is US est le récit d’une incessante répétition et d’éternels recommencements, de l’influence des pères sur les fils, des mères sur les filles, de ce qui construit et déconstruit une personne, une personnalité.

Kate, Photo by NBC/Ron Batzdorff/NBC – © 2017 NBCUniversal Media, LLC

Mais la force de la série – et c’est toujours aussi vrai à la moitié de la saison 2 –, réside non seulement dans sa capacité à émouvoir, à toucher, à bousculer le spectateur par son scénario extraordinairement pensé et ses dialogues à l’écriture quasi parfaite, mais aussi dans son don pour ne jamais sonner faux, avec un casting d’une justesse incroyable, pour ne jamais être dans le sentimentalisme surfait alors que la structure du récit est le mélo. Les auteurs semblent avoir trouvé une recette infaillible : écrire et mettre en scène la palette des sentiments humains tout en maîtrisant discours et métadiscours (comme dans cette scène qui appelle les larmes tandis que Rebecca se bat pour un filet d’oignons…). This is US joue de plusieurs niveaux de lecture, regardant l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui dans et par les yeux de ses protagonistes.

Rebecca et Jack, Photo by NBC/Ron Batzdorff/NBC – © 2017 NBCUniversal Media, LLC

Kevin et Kate ont été les personnages centraux des épisodes 8 et 9, jumeaux un et deux, nés avant leur frère adoptif Randall (qui verra logiquement l’épisode 10 se consacrer au numéro trois) et la diffusion de This is US s’arrête le 28 novembre pour (ne) reprendre (que) le 2 janvier 2018.
Et le critique de se dire que cet arrêt temporaire n’est qu’un nouveau coup du sort, plus personnel cette fois-ci : car non seulement il va devoir attendre un mois pour en savoir (peut-être) un peu plus sur le destin attachant de Kevin, Kate, Randall et les autres. Mais il va aussi devoir remettre à jour son classement de ses séries préférées. Pour son plus grand plaisir, dans l’attente d’ores et déjà de la saison trois.

This is US, saison 2, épisode 10, Number Three, samedi 2 décembre sur Canal + Séries, en « US + 24 »

707128-189