Le livre d’Abdellah Taïa suit une logique des relations, divers types de relations étant convoqués. Le Bastion des Larmes développe plusieurs formes de l’amour ainsi que leurs conséquences. Le récit s’attarde également sur ce qui met en échec l’amour et apparaît comme destructeur. L’amour pourrait être le principe à partir duquel serait pensée la valeur d’une relation (bonne/mauvaise), celui à partir duquel est pensé ce que doit être une relation. Le Bastion des Larmes est un récit autant qu’un livre d’éthique.

Les crises, les guerres, les périodes de grande incertitude génèrent des œuvres, des romans, des questions. Si le Covid n’a pas encore eu son Guernica (mais est-ce nécessaire qu’il l’ait un jour ?), une littérature abondante (essais, articles, etc.), témoigne de l’effet gueule-de-bois de la pandémie sur nos vies, de la manière dont les politiques ont géré, souvent approximativement, cette période si particulière.

23 juin 2024. Bientôt en pause estivale, cette chronique – qui devrait, comme ce fut le cas en 2022 et 2023, totaliser 31 épisodes (+ 2 ou 3 « hors-série ») à la fin de l’année – n’a pas la prétention d’avoir épuisé la pile des ouvrages non abandonnés après lecture. Comme déjà dit, trouver les mots justes pour répondre à ce qui a ouvert un espace de dialogue n’est jamais évident – et pas seulement faute de temps. Quant à ce qui ne nous a pas touché mais que nous désirons cependant faire passer, n’en parlons pas. La tentation du silence n’aura jamais été aussi vive, par sens indien de la réserve.

La poésie : on passe son temps à essayer de la débusquer, dans tous les recoins où elle daigne se nicher. Elle n’est pas une chose du passé réservée aux manuels d’école ; comme toute écriture, elle est vivante, se métamorphose au fur et à mesure qu’émergent des voix qui l’incarnent, l’altèrent et la transforment. Alors il faut guetter ces métamorphoses, pour cela se déplacer sur la ligne de front, et entrer dans ce Bunker en compagnie d’Hélène Lécot, éditrice, qui présente l’origine et l’intention qui ont permis l’émergence de cette nouvelle maison de poésie contemporaine.

Et une fois de plus, en ce début d’après-midi, m’allongeant sur le canapé de l’atelier afin de me plonger dans la lecture d’un livre dont je ne sais encore à peu près rien, je résiste avec difficulté à la tentation de m’endormir. Le livre me glisse des mains sans que je n’aie eu le temps, ou le réflexe, de marquer la page où j’en suis. Le bruit qu’il fait en tombant me fait reprendre mes esprits. Décidé à rester éveillé, je sors me dégourdir les jambes. Dans la forêt proche, alors que l’orage gronde au loin, me revient ce titre : Je marche ou je m’endors.

Dieu et Newton, leur rencontre, en cette nuit de 1727.

« Parfois Dieu se lasse de sa forme de lumière et de silence. L’éternité lui donne la nausée, son manteau tombe. Nous voyons une ombre prendre forme parmi les étoiles, la nuit vient. Dans la maison de Newton à Londres, on se prépare sans le savoir à cette visite étrange. Tard le soir, une voiture arrive en glissant dans la pluie le long de la rue où habite Newton. Elle franchit le porche de la maison de Newton et vire dans la cour obscure. »

Cela vous arrive sans doute aussi : vous venez d’achever la lecture d’un livre, en entamez un autre et deux paragraphes entrent en écho. Ma dernière expérience de ce type, sujet d’un nouveau transport en commun, est liée à Jusqu’à ce que mort s’ensuive, exceptionnel roman d’Olivier Rolin (Gallimard) qui interroge la forme d’une ville, le Paris des barricades arasé par le baron Haussmann, lu juste avant Circulez La ville sous surveillance de Thomas Jusquiame (Marchialy) qui interroge les origines d’un contrôle des populations urbaines et passe par Haussmann. Tous deux citent le préfet de Paris, tous deux lui donnent Walter Benjamin comme contrepoint.