On s’était habitué, avec Maylis de Kerangal, aux tambours et aux trompettes, aux incipits de parade, à ces œuvres aux frontispices vibrants, de l’odyssée de Georges Diderot, héros de Naissance d’un pont, à la vague mythique venue du fond des âges lançant le compte à rebours poignant de Réparer les vivants.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Il est des premiers romans qui emportent tout sur leur passage. Citons, pour notre immédiat contemporain, Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck, L’Eté des charognes de Simon Johannin ou Nos Mères d’Antoine Wauters. A cette liste on pourra désormais ajouter Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard, premier roman incandescent qui paraît aujourd’hui aux éditions de Minuit.
Il est, outre-Atlantique, des auteures et journalistes cultes dont la France mesure progressivement l’importance : pensons à Joan Didion ou à Renata Adler, liste à laquelle il faut désormais ajouter l’indispensable Vivian Gornick. Attachement féroce paraît en poche, alors que les éditions Rivages publient son second texte autobiographique, Une femme à part, tous deux dans une traduction de Laetitia Devaux.
La femme à part : le second volet du récit autobiographique de Vivian Gornick, après Attachement féroce (2017), paraît aujourd’hui aux éditions Rivages, dans une traduction de Laetitia Devaux. L’occasion pour les lecteurs français de retrouver la voix singulière d’une icône des lettres américaines (journaliste au Village Voice, critique littéraire, féministe engagée), avant de pouvoir la rencontrer au Festival America à la fin du mois.
À partir de l’observation des manifestations publiques d’Antonin Artaud en 1946-1947, de l’irruption en ces mêmes années du mouvement lettriste à Saint-Germain-des-Prés, de l’arrivée de la Beat Generation à la fin des années 1950, du festival Fluxus et des différents événements organisés par Jean-Jacques Lebel, Jean-Clarence Lambert et Henri Chopin durant les années 1960, Proféractions !, que vient de publier Cristina De Simone, propose une histoire de ces pratiques qui, à Paris, entre 1946 et 1969, ont lié poésie et performance et fait de l’oralité leur champ d’investigation principal. Premier entretien d’une série de trois avec l’auteure.
De nos frères blessés, premier roman de Joseph Andras, vient de paraître en poche. Le récit est centré sur un homme, Fernand Iveton, un homme dont l’action a marqué l’histoire et les mémoires, un « nom maudit » comme l’énonce la citation de Benjamin Stora et François Malye (François Mitterrand et la guerre d’Algérie) en exergue du roman :
Les sables mouvants se fardent d’une pulvérulente beauté : George Herriman, une vie en noir et blanc
1. Je me souviens que, découvrant Krazy Kat dans Charlie mensuel alors que nous en avions encore pour trois ans d’ennui profond au lycée, mes camarades et moi nous demandions quelle sorte d’homme pouvait bien en être l’auteur.
Il arrive en retard. Et s’excuse deux ou trois fois : « Je déteste les retards, vraiment désolé. » Des hommes boivent des verres au comptoir et lisent la presse du jour ; il s’assied à notre table.
Philippe Rahmy, c’était – j’aimerais tant pouvoir continuer à écrire « c’est », et peut-être devrais-je le faire, adoptant sa façon à lui de rester libre, en refusant « de contempler la réalité en face » (Pardon pour l’Amérique, p. 83) – un regard qui sondait jusqu’au tréfonds de votre abîme pour y cueillir vos débris d’étoiles, qui les ramenait à la surface, et qui riait avec vous en comparant leur état piteux avec celui de ses propres bribes (« les petites choses. Jamais de larmes, jamais de cris », p. 43).
De toutes pièces est l’improbable journal, tenu sur quatre saisons, de la constitution pièce à pièce d’un cabinet de curiosités par un « curateur » anonyme pour de non moins anonymes commanditaires – une sorte de journal extime alternant les descriptions de l’extraordinaire des pièces avec l’ordinaire du collectionneur, enfermé dans le hangar où s’accumule son trésor caché.
Un chef d’œuvre franchit les frontières et touche des sensibilités et imaginaires que rien ne disposait à la rencontre.
Les pigeons voyageurs, les missives, les télégrammes, les appels téléphoniques, les textos, WhatsApp, Instagram, Messenger : à mesure que les moyens de communication se perfectionnent, les relations se désubstantialisent.
Peut-être cette année vivons-nous, comme jamais, une rentrée post-littéraire.
L’ auteur de Parmi les loups et les bandits, est un jeune écrivain américain au patronyme pas tout à fait inconnu. Pourtant, avec ce premier roman, il a définitivement associé ce nom de famille à son prénom et non plus celui de son père. Aux États-Unis, Preparation for the next life a été couronné par un Pen/Faulkner Award, en France par le Grand prix de littérature américaine ; publié en 2016 par Juliette Ponce chez Buchet-Chastel, dans une traduction de Céline Leroy, il vient de sortir au livre de poche, l’occasion de le (re)découvrir.
Avec Une vie en l’air, Philippe Vasset publie son récit le plus personnel, et le plus touchant aussi : il y creuse l’espace d’une obsession fascinée et d’un magnétisme insolite pour les ruines d’un projet d’autorail, né de l’imagination de l’ingénieur Jean Bertin, et balafrant la Beauce depuis 1974.