Dans Situation de l’écrivain en 1947, l’expérience-limite de la torture comme situation extrême révèle l’humanité de l’homme comme « fin en soi ». Pour Sartre, il revient à tout homme de faire advenir cette humanité – c’est-à-dire de se faire homme –, au mépris de ses intérêts en tant qu’être vivant – c’est-à-dire au prix de sa vie.
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Dans cette catégorie, retrouvez nos articles consacrés à l’écologie, à la terre, à l’écosystème, aux animaux et plus largement aux questions écopoétiques et écocritiques. Comme l’écrit Bruno Latour en introduction de « Face à Gaïa », « tout change dans la manière de raconter des histoires, au point de faire entrer en politique tout ce qui appartenait naguère encore à la nature — figure qui, par contrecoup, devient une énigme chaque jour plus indéchiffrable ».
Cette rubrique est conçue et animée en partenariat avec le Master Lettres à distance « Écopoétique et création », Aix-Marseille Université, formation à distance labellisée A*Midex : https://epokhe.hypotheses.org/master
Naomi Klein le constatait dans No Logo : nous vivons désormais dans un « village », « reliés les uns aux autres par une trame de marques ». Et elle énonçait une « hypothèse simple : lorsqu’un plus grand nombre de gens découvriront les secrets des marques qui composent la trame mondiale de logos, leur indignation alimentera le prochain grand mouvement politique, une vague ample et déterminée d’opposition aux transnationales, surtout celles qui jouissent d’une très franche reconnaissance de marque ». Dévoiler le secret de l’une de ces marques, au logo blanc et vert si reconnaissable, est justement ce à quoi s’emploie le documentaire de Luc Hermann et Gilles Bovon, Starbucks sans filtre, qu’Arte diffuse ce soir à 20 h 30.
Exigeons du pouvoir politique qu’il impose le nécessaire. C’est sa raison d’être, son droit et son devoir.
Philippe Vasset est un explorateur inlassable du monde comme de nos cartographies imaginaires, qu’il s’agisse de zones blanches et cartes muettes ou des réseaux saturés du monde physique comme numérique. La géographie est au cœur des fictions qu’il arpente, en témoigne son dernier livre, Une vie en l’air, dont la forme dérive du lieu, et pas n’importe lequel, « un long trait de béton, tendu à sept mètres de hauteur », la piste de l’aérotrain dans la Beauce, « ce portique (…) dont je n’ai jamais su me défaire » : « dès l’origine, l’édifice fut un accélérateur de fictions ».
« Ce fut le réflexe de défense d’une littérature qui, se sentant menacée parce que ses techniques et ses mythes n’allaient pas lui permettre de faire face à la situation historique, se greffa des méthodes étrangères pour pouvoir remplir sa fonction dans des conjectures nouvelles. […] Nous avons entrepris de faire une littérature des situations extrêmes. » (Jean-Paul Sartre)
7textes composent L’Abattoir de verre de J.M. Coetzee, en librairies depuis hier, dans la traduction française de Georges Lory, au Seuil. 7 textes qui, rassemblés, forment le portrait fragmenté, diffracté d’une femme dont les lecteurs fidèles du romancier sud-africain, prix Nobel de littérature en 2003, perceront rapidement l’identité.
« You know what’s scary about them ? They don’t need power ». C’est un homme qui parle des singes. C’est leur force : « They don’t need power ».
« Une investigation davantage intéressée à illustrer par l’archaïsme du partenaire la légitimité de l’usurpation »
Jacques Berque
Cette formulation très condensée de ce que sont les études coloniales, le sociologue et anthropologue français Jacques Berque la propose dans son essai de 1964, Dépossession du monde.
Tout part, dans le dernier livre de Jane Sautière, de la poésie elliptique d’un titre : Mort d’un cheval dans les bras de sa mère, une énigme qui vaut art du récit.
« Piratée sur internet, je la regardais sans sous-titres ». Cette phrase, venue de nuit, devait introduire cet article. J’ai commencé à regarder la nouvelle trilogie par le film de 2014, Dawn of the Planet of the Apes, c’est-à-dire par le milieu. Après un beau prégénérique sur l’extinction du genre humain, Matt Reeves plonge le spectateur dans une scène de chasse de l’époque mésolithique, à la différence près que les chasseurs y sont des singes et qu’ils communiquent en langue des signes. La séquence est très réussie, des superbes effets spéciaux à la très belle bande-son, réduite à la rumeur lointaine de la chasse filmée en gros plan, qui donne la sensation de revisiter en rêve un souvenir oublié de notre vie préhistorique. L’impact de cette séquence fut d’autant plus fort sur moi que, piratée sur internet, je la regardais sans sous-titres et ne comprenais que très mal les signes échangés par les singes. Je finis par me persuader qu’il y avait un problème, téléchargeai les sous-titres et, en repassant la séquence, y trouvai en effet traduits tous les échanges silencieux.
Comment l’esprit vient aux filles ? La Fontaine, qui s’y connaît en matière d’animaux, fait une réponse plaisante : l’esprit leur vient en b(…) et le Père Bonaventure, pour dégourdir l’esprit de Lise, écervelée comme un « oyson », lui en donne en un soir plusieurs copieuses doses (Nouveaux Contes, 1674). La nouvelle trilogie de La Planète des Singes répond à une question qui ressemble peu ou prou : comment le langage vient aux singes ? Mais la réponse, hélas ! est un peu moins plaisante : pour qu’un singe apprenne à parler, il faut trafiquer son génome.
La rubrique Écocritik propose trois variations sur la trilogie La Planète des Singes (Origines, 2011 ; L’Affrontement, 2014 ; Suprématie, 2017). La première variation explore la dimension épique de cette nouvelle série ; la deuxième variation, sa dimension sémiologique ; la troisième variation, sa dimension ethnologique.
Brûlées, d’Ariadna Castellarnau, peut se lire comme une dystopie mais aux contours flous, une dystopie atopique en quelque sorte. Il n’est pas question de régime politique particulier ni d’époque clairement située – seulement d’un « mal » qui s’étend et gagne chaque être, chaque lieu, chaque chose. Les vies, le monde deviennent ce mal, le sont devenus, le deviendront.
Avant d’enquêter sur la filière de la tomate d’industrie (L’Empire de l’or rouge), Jean-Baptiste Malet s’était intéressé à l’Amazonie : non le poumon vert mais l’un des GAFA, quand bien même le titre de son enquête embedded chez le géant de la vente en ligne joue d’une ambiguïté volontaire pour mieux la faire entrer dans le cadre d’enjeux sociétaux plus larges.
« Tout ce qui est apparaîtra ». (Dies irae)
Pour comprendre pourquoi les vaches regardent passer les trains, il suffit de regarder le comportement d’un troupeau de gnous. Dans le même temps qu’il broute, chaque gnou reste attentif, mais ne fait pas attention au seul indice d’un prédateur coulé dans les herbes hautes. Il est aussi aux aguets de ce que voient tous les autres et réagit au moindre signe que l’un d’entre eux pressent un fauve.