Benoît Denis, qui fut jadis coéditeur de Georges Simenon en Pléiade, a eu la belle idée de publier en un gros volume trois scénarios de films tirés de romans de l’auteur liégeois, avec le grand Michel Audiard aux dialogues. Ce sont Du sang à la tête (intitulé chez Simenon Le Fils Cardinaud, 1942), Maigret tend un piège, 1951 et Le Président, 1958. Tout cela, c’était avant l’école de la Nouvelle Vague qui ironiquement baptisa le grand cinéma populaire et commercial des années 50-70 du label de « qualité  française » et mit du même coup fin à sa domination.

Trente ans après la mort de Serge Gainsbourg le 2 mars 1991, on a tous en tête une chanson, une image, un souvenir qui nous relie à lui. Aimé et détesté de son vivant, mythifié post-mortem, l’artiste n’a pas accédé immédiatement à la gloire qui lui était due, la faute à des prises de positions radicales sur son art et des failles personnelles, intimes, qui l’ont nourri autant qu’elles l’ont consumé — ce dont rend compte avec acuité et sensibilité le magnifique documentaire de Stéphane Benhamou et Sylvain Bergère proposé par France 3 à l’occasion de l’anniversaire de la mort de l’homme à tête de chou.

Le cinéaste Alexandre Dereims est un homme chanceux. Peut-être même le plus chanceux du monde, du moins, c’est ce qu’il suggère. En juillet 2019, tandis qu’il prenait place dans un TGV, il s’est aperçu que son compagnon de voyage n’était autre que Donald Sutherland. Alexandre Dereims a demandé au grand acteur américain la permission de l’entretenir un moment et, après avoir reçu une réponse courtoise, a profité du hasard de leur rencontre pour lui montrer la bande-annonce de son documentaire, Nous sommes l’humanité.

Il faudrait d’abord inscrire ce texte dans son contexte, encore davantage que pour d’autres. Vaguement parler de l’écriture critique en temps de Covid-19, son anéantissement, sa vacuité, alors que nos salles de cinéma sont fermées, que les festivals sont annulés, et que par-dessus tout, les rencontres et véritables conversations que ces endroits permettent sont empêchées.

Fugitif, où cours-tu ?, d’Elisabeth Perceval et Nicolas Klotz, s’ouvre sur des images de la terre, du ciel – une terre qui n’est pas travaillée, ordonnée, domestiquée, mais à l’abandon, comme détruite. Une terre à la marge, une plage battue par les vents, par l’air marin. Le parti pris est matérialiste : filmer la matière, les choses, les corps, et filmer la parole de ceux et celles qui « habitent » sur cette terre, dans ces lieux où l’on n’habite pas mais où l’on essaie de survivre, d’inventer une vie, en attendant.

Ce n’est pas le genre et encore moins l’ambition de Diacritik de juger un livre à sa couverture, un album à sa pochette ou la politique sanitaire française à l’aune des déclarations de Jean-Michel Blanquer sur le taux de transmission du coronavirus dans les salles de classes. C’est donc pour cette raison que j’ai loué Songbird en VOD plutôt que d’en rester à spéculer sur l’intrigante bande annonce diffusée en octobre dernier. Et comme je suis très généreux, je vais vous raconter par le menu ce moyennement long métrage estampillé « premier film écrit et tourné pendant l’actuelle épidémie de coronavirus ». Ne me remerciez pas, ça me fait plaisir.

Peu de cinéastes contemporains s’obstinent encore à faire œuvre. Précarité, désir de visibilité, cynisme parfois, tout les pousse à se renouveler, à se saisir un à un des créneaux du film de genre, à se passer commande, suradaptés qu’ils sont à des systèmes de financements au coup par coup. Pourtant certains, en une ascèse de plus en plus intenable, continuent coute que coute à creuser leur sillon, à construire leur cinéma patiemment, comme en sourdine, au risque d’un déclassement.

C’est un exercice périlleux que de chercher à dire encore « quelque chose d’intelligent » sur Hold-up, après la somme de « discours critiques » produits depuis la sortie de ce film. Si mon propos assumera la fonction d’une « déconstruction », il s’agira moins d’une déconstruction de la mécanique du film à partir d’une position extérieure immunisée, que d’une déconstruction de cette position extérieure immunisée, au profit d’une autre posture de commentaire.

Au jeu de l’exorcisme des démons de l’Amérique, le cinéma et la série US ne sont pas les derniers et Aaron Sorkin est devenu, depuis sa pièce de théâtre A Few Good Men jusqu’à ses créations pour la télévision et le cinéma, un des grands ordonnateurs du genre. Deuxième réalisation du scénariste de The West Wing et The NewsroomLe Procès des 7 de Chicago est l’archétype d’un cinéma militant dont l’Amérique a (ou avait) le secret quand il s’agit de questionner son histoire, d’édifier les spectateurs, de libérer les passions. La définition même de la catharsis, à défaut d’un réel mea culpa.

Quel.le.s sont les jeunes cinéastes talentueu.ses.x qui bousculent le cinéma et feront certainement les long-métrages audacieux de demain ? Loïc Hobi est à n’en pas douter l’un d’entre elleux, réalisateur prolifique dont les films oscillent singulièrement entre une part documentaire et expérimentale (Face à face dans la nuitLes nouveaux dieux) ou sont marqués par un travail photographique soigné à l’endroit de la fiction (L’homme jetée).

À bien des égards, Claude Ollier occupe une place unique dans l’univers restreint de la critique cinématographique. D’abord en raison de son statut d’écrivain impliqué dans une réflexion plus générale, et non de simple journaliste ou de spécialiste patenté ; ensuite pour la relative brièveté de sa carrière dans ce domaine (une dizaine d’années tout au plus) ; par l’importance enfin de la période durant laquelle elle s’est exercée, de la fin des années 1950 jusqu’en 1968, c’est-à-dire à un moment crucial aussi bien pour la littérature que pour le cinéma, marqué par l’émergence du nouveau roman puis de la nouvelle vague : période de bouleversements, d’inventions, de remises en cause, cherchant d’autres manières de concevoir la narration et de l’inscrire à la surface des pages ou sur le blanc des écrans (comme le soulignent du reste nombre de ses interventions).