Un Top 10 des films de 2018, moins pour faire un classement que pour indiquer des pistes au sujet de ce que le cinéma a proposé, au sujet de ce que les cinéastes ont perçu du monde et ont créé dans le monde, de ce qu’ils et elles donnent à voir et à penser aujourd’hui, de ce que les films – certains films – font au monde et dans le monde.

En exergue du Thema qu’Arte consacre à la lune, en cette année du cinquantième anniversaire du premier pas de l’homme sur sa surface, aurait pu être mis le proverbe cree qu’aime à citer Melina Laboucan-Massimo : « Ce n’est que lorsque l’on aura abattu le dernier arbre, empoisonné la dernière rivière, et pêché le dernier poisson, qu’on se rendra compte que l’argent ne se mange pas ». En effet la lune n’est plus le « point sur un i » des poètes, elle n’est plus le défi d’une conquête technologique mais bien désormais le territoire d’une nouvelle forme d’exploitation, quand la terre ne suffit plus à l’apprenti sorcier qu’est l’homme.

Jeff Bezos est partout dans les médias : ces dernières semaines, Capital a publié « Les petits secrets du fondateur d’Amazon » (il fait de la gonflette, son bureau est au 6e étage de la tour Amazon, il ne prend plus jamais l’hélicoptère…), M6 a pu filmer les coulisses du Black Friday dans le centre logistique d’Amiens-Boves, Arte a diffusé le documentaire de David Carr-Brown L’Irrésistible ascension d’Amazon. Au centre, un même homme, le fondateur d’Amazon et deux conceptions diamétralement opposées du journalisme.

Après la sortie en DVD &/ou Blu-Ray chez Potemkine de deux films de Jacques Rivette en copies restaurées (Céline et Julie vont en bateau et Le pont du Nord), assez rapidement suivie par celle de La Religieuse chez StudioCanal, et en attendant la publication en tir groupé de Duelle, Noroît et Merry-Go-round annoncée chez Carlotta, ce sont les Textes critiques du cinéaste qui nous sont aujourd’hui proposés chez post-éditions.

Certains films produisent sur nous un effet immédiat : on sort de la salle, secoué, comme bousculé. On aimerait en dire beaucoup de bien, mais, curieusement, le film s’efface, on l’oublie. Quelques mois plus tard, il n’en reste plus grand-chose. A l’inverse, plusieurs mois après l’avoir vu, Une affaire de famille traine encore dans la tête, y a établi ses quartiers, grossit : c’est un de ces films entêtants, marquants, qui s’imposent à nous petit à petit jusqu’à l’évidence : ce que l’on croyait être un très bon film est bien plus encore : une œuvre majeure.

Arborant fièrement des tenues plus flamboyantes les unes que les autres, toujours excessivement parfumé, minutieusement maquillé, rien n’est jamais too much pour Cassandro. Mais il ne faut pas s’y tromper, le personnage haut en couleur est aussi un véritable athlète téméraire s’illustrant depuis 26 ans dans le monde du catch mexicain – la Lucha Libre – comme le champion des Exóticos, ces catcheurs gays ou travestis qui cassent les préjugés dont ils peuvent faire l’objet.

Diacritik l’affirmait haut et fort de la sortie en salles des Garçons sauvages en salles, en février dernier : « l’un des plus beaux films qu’il nous sera donné de voir cette année ». Nous republions notre entretien avec Bertrand Mandico, réalisateur de cette transe spectatorielle érotique, visqueuse, poilue et fantasmagorique alors que le film sort en DVD, aujourd’hui.

Il peut arriver aux spectateurs, et bien entendu à l’auteur de ces lignes, de  ne voir dans un film que ce qu’ils ont décidé de voir avant même la première scène. Paolo Sorrentino s’amuse avec l’image que certains critiques et spectateurs peuvent avoir de lui :  virtuose pour les uns, artificiel pour les autres (souvent chez ceux qui considèrent que la nouvelle vague est un dogme et toute tentative de faire du cinéma un blasphème).

C’est en ce début octobre, alors que son film concourt dans la sélection des longs métrages du FIFIB (Festival du Film Indépendant de Bordeaux), que je rencontre Virgil Vernier. Si Sophia Antipolis puise sa force dans une certaine multiplicité d’interprétations possibles, dont j’ai d’ailleurs tiré à un instant une lecture dans un cadre critique, certaines questions importantes me semblaient néanmoins devoir être posées.