« Odenigbo récupéra la radio sous le banc. Un son strident déchira l’air et Olanna crut d’abord qu’il venait de la radio, avant de se rendre compte que c’était l’alarme aérienne.
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j’ai des attentes très précises pour cette présidentielle
des attentes fondées
des attentes probables
d’ici au 24 avril 2022 je présage
attention mesdames messieurs
Aujourd’hui paraît le troisième roman de Nina Leger, aux éditions Gallimard. Antipolis est un récit singulier qui ne se situe dans une ville (Sophia Antipolis) que pour mieux échapper à toute assignation, géographique comme historique ou narrative. Ici « l’espace s’éparpille en questions », comme l’écrit Nina Leger en héritière assumée de Georges Perec. Mise en récit d’une enquête de terrain et d’une plongée dans documents, archives et blancs de l’Histoire, Antipolis est un objet sidérant. Nina Leger a accepté de revenir pour Diacritik sur sa genèse et sa composition, dans un grand entretien.
« Nous voulons croire à l’innocence des histoires, mais chacune est violente dans son ignorance des autres et dans l’acharnement qu’elle met à exister seule — recouvrant, conquérant, annexant, établissant un domaine dont elle se déclare unique propriétaire. Dès qu’une histoire est dite, les autres sont tues », écrit Nina Léger dès les premières pages de son nouveau livre, Antipolis, qui paraît aujourd’hui chez Gallimard.
Les éditions Des femmes – Antoinette Fouque rééditent en poche le roman que la grande féministe égyptienne, Nawal El Saadawi, a consacré à une femme réelle, après sa pendaison. Lorsque Ferdaous, une voix en enfer, paraît en arabe, en 1975, Nawal est elle-même en prison, comme elle le sera plus d’une fois et son roman fait scandale et marque les esprits. Les éditions des femmes le publient pour la première fois dans la traduction d’Assia Djebar et d’Essia Trabelsi. Assia Djebar l’introduit par une préface conséquente.
Si vous aimez Instagram et les magazines people, Monument national de Julia Deck est fait pour vous. À Anéantir de Michel Houellebecq (dont un des attraits serait d’offrir une version romanesque de Bruno Le Maire), préférez Monument national de Julia Deck qui vous donne le couple présidentiel Macron plutôt qu’un simple ministre. « Dernière demeure d’une gloire nationale, figure du patrimoine français », le coquet château qui sert de cadre au roman (sorte de Downton Abbey en vallée de Chevreuse) est au coeur d’un récit à la structure aussi implacable qu’une partie de Cluedo, un roman à tiroirs aussi profonds que ceux des commodes Louis XVI qui le meublent.
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“Les curieux nous visitent encore de loin en loin. À travers les grilles hérissées de flèches à pointes d’or, ils glissent leurs appareils pour immortaliser la façade jaune et lisse. Du petit salon, nous les observons se recueillir, échanger sourires et larmes devant la dernière demeure d’une gloire nationale, figure du patrimoine français.”
Oubliez Houellebecq et précipitez-vous sur le nouveau roman de Julia Deck, le remarquable Monument national. C’est sous sa plume que, loin de tout dolorisme réactionnaire, se peint avec malice et grâce notre société contemporaine. Dans son château de l’Ouest parisien, Serge Langlois, acteur de renom, rival d’Alain Delon et véritable monument national, vit avec son actuelle épouse, Ambre, reine d’Instagram en rivalité avec Virginia, la fille de Serge, qui est partie enregistrer son album aux States. Mais c’est sans compter sur la rencontre de cette famille de VIP avec Cendrine, la caissière du Super U du Blanc-Mesnil en cavale ni sur les Gilets jaunes, la pandémie et les Macron qui s’invitent à dîner. Brillante satire sociale, manière de sotie contemporaine, Monument national n’est pas seulement un des romans les plus importants de cette rentrée : il est l’une des réponses les plus fines à ceux qui voudraient articuler littérature et politique. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.
En 2002, dans Pourquoi s’en faire ?, Jonathan Franzen annonçait vouloir « écrire de la fiction pour le plaisir et le divertissement » et abandonner son « sentiment de responsabilité sociale en tant que romancier ». La déclaration pourrait sonner comme une forme de renoncement, voire une poétique déceptive, l’écrivain ne cachait d’ailleurs pas son « désespoir au sujet du roman américain ». De fait sa déclaration était liée à la prise de conscience que d’autres « médias frappants » rivalisent désormais avec le roman sur le terrain du social. C’est donc là moins un renoncement qu’une ambition immense, celle de concurrencer d’autres saisies prosaïques et instantanées du réel, ce que prouve la lecture de Freedom, initialement paru en France en 2011 (2010 aux USA) et qui nous revient dans la superbe « Bibliothèque de l’Olivier ».
Propriété privée, le grand roman de Julia Deck, vient de paraître en poche, dans la collection Double des éditions de Minuit. Dans ce quatrième récit, plus encore que dans les précédents, Julia Deck déploie avec grâce et férocité une critique sociale (sinon politique) aiguë de ce qu’on pourrait appeler des « bobos » épris de nature et choisissant de vivre dans un « éco-quartier » : le couple Caradec.
L’œuvre de Jonathan Franzen s’équilibre entre romans et essais. L’écrivain a expliqué dans le bel entretien qu’il a récemment accordé au magazine Society qu’« écrire de la non-fiction (l’a) libéré en tant que romancier ». Cette articulation fiction/non fiction dit surtout un rapport au monde, la nécessité de le saisir non seulement en l’inventant et le représentant mais en déconstruisant ce qui se trame et se construit. C’est ce que montre magistralement Et si on arrêtait de faire semblant ? qui ne peut être réduit à une collection d’articles engagés ou à un recueil de récits mais repose sur leur complémentarité féconde, seule à même de dire le « monde technocapitaliste étrange » dans lequel nous vivons.
Si s’embarquer pour ‘là-bas’ d’une façon ou d’une autre ce n’est en fin de compte qu’aller du pareil au même, est-ce que ça n’est pas ici qu’il faut s’efforcer de trouver cet ailleurs – ou ce piment – faute de quoi notre existence est dépourvue de toute saveur?
En d’autres termes, si toutes les errances ramènent à des points connus, pourquoi ne pas prendre les points connus comme prétextes à des errances?
Michel Leyris, préface de Contes et propos de Raymond Queneau, Gallimard, 1980.
On parle beaucoup, ces derniers jours, et pour cause, d’évasions dans et par la littérature et de voyages immobiles. On en oublierait presque que la contrainte est différente : littéraire pour les uns, sanitaire pour nous aujourd’hui. Pour autant, pourquoi ne pas les (re)lire ?
La parution en édition de poche de Qui a tué mon père est l’occasion de revenir sur un des fils rouges des livres d’Edouard Louis, à savoir la question de la violence.
L’autre jour, dans le métro, un pickpocket malchanceux a dérobé dans mon sac à dos l’agenda très ordinaire où je consigne mes rendez-vous et autres obligations quotidiennes, ainsi qu’un carnet de notes. N’ayant aucune chance de les retrouver, je tente de reconstituer de mémoire ce qui s’y trouvait inscrit, ce qui me renvoie à ces heures d’été encore chaudes quand, assis face au Nord, à l’ombre des rochers en bord de mer, je lisais quelques nouveautés de la rentrée à venir, crayon et carnet en poche.
Une fois encore, en cette rentrée, Julia Deck signe un grand roman avec Propriété privée qui paraît aujourd’hui aux éditions de Minuit. Dans ce quatrième récit, plus encore que dans les précédents, Julia Deck déploie avec grâce et férocité une critique sociale sinon politique aiguë de ce qu’on pourrait appeler des « bobos » épris de nature et choisissant de vivre dans un « éco-quartier » : le couple Caradec.