Certes, s’agissant de l’identité des filles de la plage, Marcel a erré. Mais voilà qu’il se reprend et se repent. Ni aristos ni populos, ces demoiselles. Mais bien bourgeoises et, mieux encore, bourgeoises vivant dans l’aisance :
Auteur : Jacques Dubois
Voici le moment de la Recherche où, sur la digue de Balbec, Marcel voit surgir un groupe de naïades insolentes qui retiendront durablement son attention. Elles sont belles, joyeuses, voyoutes.
Denis Saint-Amand, qui a beaucoup fréquenté Rimbaud, les Hydropathes et les Vilains Bonshommes, est bien inspiré de nous donner aujourd’hui tout un ouvrage sur ce qu’il nomme « le style potache ». Il use là du mot style dans le sens que lui a donné récemment Marielle Macé, désignant ainsi plus une façon de vivre et de se comporter que d’écrire.
Voici Rachel-quand-du Seigneur mise à l’honneur, alors que, maîtresse de Robert de Saint-Loup, elle l’est rarement dans la Recherche.
Où en sommes-nous avec Jean Giono ? De la cohorte des grands romanciers que connut la France dans la première moitié du XXe siècle et un peu plus, il apparaît comme l’un des rares survivants, l’un de ceux qui sollicitent encore notre lecture. Lisons-nous encore Maurois et Mauriac, Montherlant et Martin du Gard ou même Malraux ? En revanche et à coup sûr, nous sommes nombreux à rester fidèles à maints romans de Giono et en particulier à ses « Chroniques romanesques », qui datent surtout de l’après-guerre 40-45.
Par un retournement comme il s’en produit, voilà Marcel accueilli chez les Swann. Une lettre de Gilberte nous l’apprend qui transmet l’invitation à goûter d’Odette. Les odeurs accueillantes de l’appartement dans lequel pénètre Marcel font le reste.
Jolie l’idée que celle de ces jeunes filles jouant à cache-cache aux Champs-Élysées alors que ceux-ci tiennent encore du terrain vague.
Il y a peu, Charles Coustille nous donnait sous le titre d’Antithèses (Gallimard) les résultats de l’enquête pour le moins originale qu’il avait conduite parmi les grands auteurs français. Il y croisait les mondes littéraire et universitaire, en prenant l’exemple de quatre auteurs majeurs du XXe siècle (j’omets ici Mallarmé) qui s’étaient engagés dans le projet d’une thèse sans jamais aboutir. Parmi les cas passés en revue, le plus remarquable était celui de Charles Péguy, un Péguy que Coustille plaçait haut dans ses admirations tout en sachant que l’écrivain était à demi oublié aujourd’hui.
Au gré d’un intermède charmant, nous voilà avec Marcel partageant les jeux de Gilberte aux Champs-Élysées. Duègne occasionnelle du garçon, la paysanne Françoise demande à ce dernier de l’accompagner aux water-closets sis depuis peu dans un bâtiment désaffecté de l’avenue.
Le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint s’intitule bravement La Clé USB. Occasion de se rappeler que l’auteur nous donna à ses débuts L’Appareil-photo et La Télévision et ce avant que ne surviennent les récits érotisants et délicieux du cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte. Mais voici qui nous rebranche de façon flagrante sur des objets technologiques.
Un jour de promenade, les père et grand-père du jeune Marcel se risquent à emprunter avec lui le chemin de Tansonville, supposant que les Swann seront alors absents de leur propriété et que le trio n’aura pas à s’infliger une rencontre gênante (Mme Swann est une ex-cocotte…).
La scène est étrange qu’observe depuis un talus le jeune Marcel. On y voit Mlle Vinteuil accueillant une tendre amie. C’est alors qu’elle vient de déposer sur un meuble un portrait de son père, le musicien récemment décédé. On y voit encore les deux jeunes femmes se livrant à une gestuelle érotique qui, tour à tour, les assied ou les couche l’une sur l’autre.
Par où commencer, se demandait Barthes ? Et pourquoi pas ici par Legrandin, ce gandin, cet ingénieur et poète dont le patronyme est un calembour ?
Il y a dix ans, Jean-Philippe Toussaint, qui nous avait charmé avec La Salle de bains, Monsieur ou La Télévision, courts romans héritant de Beckett et d’un humour tout personnel, passait au cinéma et donnait La Patinoire, son premier long métrage. Production d’une grande drôlerie en même temps que réflexion sur ce qu’est le cinéma à partir d’un tournage entrepris sur une surface glacée.
Le Napolitain De Luca, qui a derrière lui une œuvre considérable, est sans nul doute une des figures majeures des lettres italiennes d’aujourd’hui. Et pourtant, comme on peut le voir dans sa dernière œuvre traduite en français, Le Tour de l’oie, il hésite à se donner pour pleinement écrivain ou romancier.