En surface, Baron Noir est « une vraie série politique dramatique, qui profite d’une écriture soignée, de bons dialogues, d’une mise en scène intelligente et de comédiens de qualité » (Pierre Langlais, Télérama). En surface, Baron Noir, saison 2 est « encore plus près du réel » (Carine Didier, Le Parisien). En surface, enfin, Baron noir est « une série captivante qui s’attache sans cynisme aux tiraillements entre convictions et ambitions » (Télérama). Une série « sans cynisme » ? Vraiment ? Rien n’est moins sûr. C’est même strictement le contraire. Explications.

« Ce n’est pas dans une île de la Sonde,
ni dans une contrée du Pacifique que ces événements ont eu lieu,
c’est sur notre terre, celle de l’Europe » Marguerite Duras

Des mots de Duras, de sa douleur à attendre Robert Antelme, envahissent, dès le commencement, le film d’Emmanuel Finkiel. On est au plus près du souffle de la jeune Marguerite filmée en gros plan et portée à l’écran par une Mélanie Thierry très inspirée et dont on croit pouvoir toucher le grain de peau si fin, de peau de rose.

nous voulons dire de ne pas pleurer

tout le monde meurt

l’heure vient pour tout le monde

nous ne sommes pas les personnes malveillantes que vous pensez

nous sommes des enfants dans un monde d’adultes

il faut que vous trouviez un moyen de vous débarrasser de la haine

nous tuer ne vous donnera pas la paix

le meurtre n’est pas une bonne chose

toute forme de meurtre n’est pas une bonne chose

Ils sont jeunes et sublimement beaux, « elle était blonde et osseuse dans son bikini vert, bien qu’on fut en mai dans le Maine et qu’il fît froid. Il était grand, vif ; une lumière l’animait, qui attirait le regard, le capturait. Ils s’appelaient Lotto et Mathilde ».

Certains êtres sont victimes d’une étrange maladie : tout verse pour eux dans le spectral, les êtres deviennent fantômes, les lieux se font décor, les souvenirs basculent dans l’onirisme. Pour un peu, il me semble que les narrateurs de Didier Blonde souffrent de ce mal. Tout leur file entre les doigts et ils ne cessent d’enquêter sur des ombres en fuite. Ses récits, romans ou enquêtes, sont autant de traques pour arracher au temps des bribes de souvenirs, des fragments de réalité, des attestations ou des pièces à conviction.

Un roman étranger (2017) est le premier roman de Khalid Lyamlahy. Trois lignes mélodiques composent le tempo de cette fiction : celle qui est dominante, le document d’identité au sens propre du terme — un étudiant étranger est aux prises, chaque année, avec le renouvellement de son titre de séjour, dominante qui éclaire en grande partie la dédicace (« Aux étrangers d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui. Aux miens ») ; les deux autres lignes mélodiques ont aussi à voir avec la construction de l’individu — la recherche de l’amour et la tentative d’écrire un roman. D’où le titre et le projet, sur lequel revient l’écrivain dans un entretien.

Entretien avec Marie de Quatrebarbes autour de Gommage de tête qui vient de paraître chez Eric Pesty éditeur : il y est question de boîte verte et tête coupée, de boules de billard cosmiques, de robinets, soit d’un usage sérieux comme ludique de référents cinématographiques ou artistiques, d’« emprunts et empreintes », de la composition même de ce livre depuis « des forces plastiques qu’on ne peut pas contraindre : C’est une matière dynamique, engagée dans de multiples essais de formes ».

Le titre du livre de Nadine Agostini, Histoire d’Io, de Pasiphaé, par conséquent du Minotaure, peut résonner avec Histoire d’O de Pauline Réage/Dominique Aury, comme il peut être phonétiquement entendu comme « histoire d’Yo », « histoire de Je » (Yo en espagnol). D’Histoire d’O, on pourrait retrouver le personnage féminin, soumise à un désir masculin hétérosexuel et désireuse de ce désir, autant esclave que jouissant. Ainsi Io, objet sexuel de Zeus, trouve son double chez Pasiphaé affirmant un désir brut, non médiatisé par les convenances, la morale, l’humain – désir pour un taureau dont elle veut le sexe en elle pour jouir.