Un été 2016 : Yorick

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Yorick, « prince d’Aquitaine à la tour abolie » comme l’écrivait Nerval d’un autre désespéré, a tenu des chroniques dominicales dans les colonnes de Diacritik, commenté le monde et ses événements de sa prose noire et ironique, fragments et éclats d’un chaos qu’un regard et une vision viennent unifier. L’identité mystérieuse de Yorick a suscité de nombreuses questions de nos lecteurs. Mais tout juste peut-on relire sa biographie décalée (par lui-même écrite) ou ses textes, qui construisent son être, par essence textuel.

Il voulait signer « Pauvre Yorick » chacune de ses apparitions dans les pages de Diacritik. Signature qui n’aurait pas restitué proprement la richesse de sa langue et à l’étendue de sa culture : loin du bouffon shakespearien d’Hamlet dont le crâne inspire le Prince du Danemark, Yorick pose sur le monde (qui l’agrège et dans lequel il se dissout à son corps défendant) son regard acéré qui lui permet de penser le présent, le passé, l’avenir. Yorick est un témoin, de son temps et de sa langue, sujet et objet signifiant, preuve de la continuité de la course.

YorickQuand il convoque Kafka − dans la bouche de Patrick Branwell −, c’est pour mieux expliquer le capital, les réseaux sociaux et Facebook par application du théorème de Bernoulli, pour dire combien l’époque actuelle ne peut s’affranchir de la poésie qu’elle contient, trop souvent occultée par les pop-ups surgissants qui masquent le beau, l’indicible, et nous obligent à vivre en surface, nous contraignent à ne pas creuser…

Le 13 décembre, un mois après l’attentat du Bataclan, Yorick en appelle à Karen Lancôme et Ulrike M. Meinhof. La sidération lui inspire quatre stasimons (ces moments de la tragédie grecque dans lesquels un chœur commente et analyse la situation dramatique en interrompant l’action). Ces stations − véritables étapes d’un chemin de croix − sont autant de points de passage à la suite de l’effroyable : la guerre, horrible et médiatique, la fonction des images dans l’expression du deuil (fût-il national), la dictature de l’apparence et le sexe. La société du spectacle.

YorickTout dans les inédits littéraires de Yorick dit, embrasse le monde d’aujourd’hui. Comment le mélange des genres, des formes, Internet, les selfies, la pensée unique (au sens de l’expression des ego qui monologuent sous couvert d’échanger sur la toile) composent une image de la société telle qu’en elle-même : somme d’égoïsmes qui se targuent d’humanité et d’altruisme, vanités qui s’exposent un peu partout, affres du capitalisme qui enjoint chacun à se préoccuper davantage du proche plutôt que de son prochain…

Son journal dans le journal s’appelle Golghost – on laissera un jour à Yorick le soin (peut-être) de réaliser l’exégèse de ce nom qui renvoie (rien n’est moins sûr) au Golgoths d’une série d’animation des années 80 ; au mont du calvaire de la Bible qui aurait vu des fantômes élisabéthains s’installer en son sommet. Retour à Hamlet, encore. Toujours.

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