© Adishatz / Adieu / crédit photo : Alain Monot

« The truth is never far behind » : le tube de Madonna, parmi ceux qu’entonne Jonathan Capdevielle dans la longue ouverture de son spectacle, jean et sweat informes, canette de soda à la main, pourrait en dire l’objet. Dire une vérité, jamais frontalement, ou dans une frontalité d’autant plus sidérante pour le spectateur qu’elle s’énonce dans un croisement de chansons, de mots dont il doit lui-même, pour une part, reconstruire le sens. Quelque chose pèse sur ce medley d’un adolescent paumé des années 90, un secret, une violence et/ou une quête identitaire, on imagine le pire, il ne sera jamais loin derrière, comme la vérité.

Nicolas Maury, Steve Jobs, Marseille 7 octobre 2017 (photo : C. Marcandier)

Que disent de nos propres existences ces vies célèbres, surexposées, supposées emblématiques, les icônes de nos modernités, quand on les extrait de nos fascinations mimétiques ?
Alban Lefranc, dans ses romans, a déjà exploré celles de Nico, de Pialat, de membres de la bande à Baader, de Fassbinder, de Mohamed Ali, etc.
La scène leur offre une autre mise en perspective : on le verra en janvier avec Table Rase (d’abord nommé La Mèche, paraissant chez Quartett) et dès samedi prochain avec Steve Jobs, mis en espace par Robert Cantarella, au festival Actoral.

Aujourd’hui s’ouvre le dix-septième festival Actoral qui se tiendra jusqu’au 14 octobre sur différentes scènes culturelles marseillaises (Montévidéo, La Friche Belle de Mai, les théâtres du Gymnase et des Bernardines, le MuCEM, le cipM, les librairies L’Odeur du temps ou Histoire de l’œil, etc.).
Fondé en 2001 par Hubert Colas, Actoral, Festival international des arts et des écritures contemporaines, c’est, pour cette édition encore, plus d’une centaine de rendez-vous en un peu plus de deux semaines dont beaucoup sont des premières françaises, des écrivains et artistes venus du monde entier pour présenter des propositions inédites, qu’il s’agisse de spectacles, de lectures, de rencontres et dialogues.

Gaël Octavia

La Fin de Mame Baby est le premier roman de Gaël Octavia, jusqu’ici connue pour son œuvre dramatique.
Ce livre, qui paraît aujourd’hui dans la collection « Continents noirs » des éditions Gallimard, est indéniablement l’une des belles découvertes de cette rentrée littéraire (lire ici la critique du livre) et l’occasion d’un grand entretien avec son auteure.

Frank Smith (DR)

Chœurs politiques pourrait être du théâtre, le titre lui-même faisant signe vers le théâtre. Il pourrait s’agir d’un livre de poésie. Il s’agirait d’un texte politique autant qu’éthique. Il s’agirait d’un essai sur la poésie en même temps qu’un essai sur un mode de vie et de pensée encore nouveau. Le livre de Frank Smith pourrait être tout cela – et c’est effectivement ce qu’il est tout en étant autre chose. S’il regroupe ou traverse ces genres, il ne peut le faire qu’en les dénaturant, en les subvertissant et transgressant, défaisant leurs frontières, leurs conditions, leurs effets. Chœurs politiques n’est figé dans aucun genre, il les traverse, les trouble – livre trans-genre(s) comme il est sans doute une des tâches de la littérature aujourd’hui d’en penser délibérément et activement les conditions et conséquences, et d’en écrire.

Pour que la réédition française de l’opus magnum de Peter Weiss voie le jour, il a fallu vaincre une longue résistance de son éditeur français, qui, après une première édition en trois volumes (1989-91), quelque peu bâclée, a délaissé cette œuvre au point que le troisième volume était en rupture de stock depuis plus de 10 ans déjà avant que le projet soit repris par Les belles lettres en 2016.

Bernard-Marie Koltès

Le fait divers est image : il l’est parce que l’histoire de la presse le lie à l’iconographie, des toiles peintes accompagnant les feuilles occasionnelles aux images télévisées, en passant par les gravures des canards, les illustrations dans les journaux de la seconde moitié du XIXè siècle, les photographies en noir et blanc puis en couleur dans Détective ; parce que les procès sont croqués par des dessinateurs ; parce que des avis de recherche diffusent la photographie d’un suspect, que la police use de fiches anthropométriques, que l’enquête comme l’identification reposent sur l’image.

Carmen (Stéphanie d’Oustrac) et Don José (Michael Fabiano)

On pourra dire à présent « la Carmen d’Aix-en-Provence », mais c’est bien celle de Bizet que nous a rendue le metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov secondé par le chef Pablo Heras-Casado, le somptueux Orchestre de Paris, et des chanteurs exaltés, sortis essorés et heureux d’avoir eu à défendre cette proposition.
Il nous la rend parce que, dit-il, il n’y croyait pas.

Marguerite Yourcenar

La récente publication de la correspondance croisée entre Yourcenar et Silvia Baron Supervielle est aussi d’un très grand intérêt. Cousine éloignée du poète Jules Supervielle, née à Buenos Aires en 1934, et installée à Paris dans les années 60, Silvia Baron Supervielle a été une grande traductrice en langue française d’auteurs argentins. Elle a maintenu une correspondance assez régulière avec Yourcenar, entre juin 1980 et juillet 1987, comme l’indique parfaitement le titre générique, Une reconstitution passionnelle, proposé par Achmy Halley dans l’édition de ces lettes. La classique relation d’auteur à traducteur se transforme peu à peu, sous nos yeux, en une amitié fervente, au point que Yourcenar en vient à terminer ses lettres par un « Je vous embrasse en veillant sur vous, avec ma pensée » ou « Je vous embrasse bien amicalement », preuves d’affection qu’elle prodigue rarement dans la correspondance publiée à ce jour.