Depuis 1990, Dominique Douay n’avait plus fait paraître de roman original. Révélé par sa nouvelle « Thomas » en 1974, l’auteur de L’Échiquier de la création et de La Vie comme une course de chars à voile s’était tu pendant un quart de siècle. Il nous est revenu avec un roman ambitieux et intrigant. Un de ces livres qui ne se lisent pas seulement, mais qui se relisent.

En 1967, la révolution culturelle bat son plein en Chine. À l’université Tsinghua, le physicien Ye Zhetai, accusé d’enseigner la théorie « réactionnaire » de la relativité, tient tête aux Gardes Rouges et meurt à coups de ceinturons. Sa fille Ye Wenjie assiste à la scène. Si sa mère et sa sœur ont renié leurs origines bourgeoises et se sont rangées aux côtés de la révolution, Ye Wenjie n’est pas considérée comme assez repentante, et se retrouve dans un camp de travail à scier les arbres abattus des forêts de montagne. Bien qu’elle soit loin de tout, elle rencontre un ingénieur qui a connu son père. L’illusion d’échapper au climat politique à travers une amitié intellectuelle est de courte durée, et le sort de la jeune femme semble ne jamais cesser d’empirer. Jusqu’à ce que, grâce à ses connaissances techniques, on lui propose de travailler dans une base scientifique dont elle ne pourrait jamais sortir. Cette dernière impasse lui semble plus enviable que tout retour vers un monde extérieur qui n’est que trahison et cruauté.

Entre la fiction et le réel, les frontières sont poreuses. Les dystopies semblent s’épanouir dans la première. Tellement, même, qu’il devient difficile de penser que leur abondance, en ce début de XXIe siècle, soit sans rapport avec le contexte où elles s’expriment. Tensions sociales et politiques, emportements et envahissements techniques, féodalisations économiques, dégradations écologiques (liste évidemment non exhaustive) paraissent redonner des conditions historiques favorables à ces descriptions de sociétés ayant déraillé du chemin du progrès collectif : littérature, cinéma, jeux vidéo et autres supports culturels les ont largement accueillies.

Écrire depuis l’étrange — ce qui nous échappe, nous demeure étranger, présence irréductible et riche.
Écrire depuis le multiple — ces univers qui nous bordent, nous dépassent et nous constituent, leur présence plurielle.
Écrire depuis la parole de l’autre — celle du monde, celle d’autres artistes et écrivains qui nous sont voix, langage et représentation, chacune plurielle.
Tels pourraient être les principes de la Théorie des MultiRêves, cette enquête que Jean-Philippe Cazier publie aux éditions Dis Voir, conte cosmo-onirique déployant les multivers d’Aurélien Barrau comme les fictions de la science de Lovecraft, mais aussi les cartes postales de nos identités fictionnelles chez Derrida ou l’idée deleuzienne que le multiple est une féconde hétérogénéité.

Il ne fait guère de doute qu’en proposant un recueil des nouvelles de Ken Liu, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les bibliographes du site Quarante-Deux, savaient qu’ils allaient rééditer le triplé gagnant des recueils de Greg Egan Axiomatique (2006), Radieux (2007) et Océanique (2009), chez le même éditeur. De fait, l’auteur sino-américain est l’un des nouvellistes les plus récompensés de ces dernières années, pour des nouvelles aussi originales que réussies, alliant la force des idées à la beauté de l’écriture. Avec ses dix-neuf textes, La Ménagerie de papier permet donc de découvrir toutes les facettes du talent de Ken Liu, et le recueil est désormais disponible en poche, chez Folio. Par Samuel Minne

Samedi 9 septembre s’ouvre, sur Arte, la diffusion de Faits divers, l’Histoire à la une, une série documentaire d’Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa, en dix épisodes de 26 mn, autour de faits divers sont des marqueurs à la fois historiques, médiatiques et sociologiques, voire littéraires ou cinématographiques. Ils se sont produits en France, aux USA, au Japon, en Allemagne ou ailleurs mais leur onde de choc est planétaire, ils sont parfois l’épisode initial d’une saga criminelle, selon la loi sérielle du genre, d’autres sont des hapax, tous sont contextualisés et analysés à travers des images d’archives d’une grande richesse, des commentaires de spécialistes (historiens, sociologues, anthropologues).
La série documentaire débute samedi prochain avec ses deux premiers épisodes, L’invention des soucoupes volantes (Roswell) et La presse contre la couronne (Lady Di).

Valérian et la cité des mille planètes est en salles depuis le 26 juillet 2017, soit précisément cinquante ans après la création par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières de la bande dessinée dont le film est inspiré. Adaptation ou produit dérivé, la livraison de Luc Besson intervient sept après l’ultime voyage de l’agent spatio-temporel : L’OuvreTemps. Retour sur une œuvre monde et son final en forme d’oxymore.

Life : origine inconnue est probablement l’un des films les plus insignifiants qui soient. Le genre qu’on ne peut pas aller voir par choix ou par accident mais par désespoir.
Ni film d’auteur, ni blockbuster incontournable, il flotte dans la galaxie des films pop-corn qui remplissent tout de même les salles de moitié. On notera néanmoins deux têtes connues au casting, à savoir Ryan Reynolds et Jake Gyllenhaal – présents, on s’en doute, pour le cachet.

Il est toujours étonnant de voir un artiste ou un écrivain publier très tôt ses Mémoires, quand il ne s’agit pas de l’entreprise d’une vie comme pour Michel Leiris. Pensons à Gary Shteyngart avec ses Mémoires d’un bon à rien ou plus récemment Moby avec Porcelain, qui vient de sortir en poche chez Points, reprenant le titre de son tube de 1999. Pourquoi écrire dès le mitan de la vie, sinon pour tenter de cerner l’aventure d’un nom et d’une œuvre, un devenir autre en quelque sorte, une altérité en laquelle il s’agit peut-être de lire une vérité de soi ?

Dans syn-t.ext, Mathias Richard pratique une écriture par laquelle le pluriel n’est pas transformé en une unité mais fonctionne comme une multiplicité, un agencement de différences hétérogènes. Le syntexte n’est pas une synthèse, au contraire : il agence des textes divers pour former une multiplicité langagière, le syntexte étant cet agencement. Dans syn-t.ext, cette logique est étendue au livre entier – livre variable et hétérogène, ouvert en son centre à un dehors qui le fait déborder de lui-même : livre nomade, donc éminemment poétique.

Il ne fait guère de doute qu’en proposant un recueil des nouvelles de Ken Liu, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les bibliographes du site Quarante-Deux, savaient qu’ils allaient rééditer le triplé gagnant des recueils de Greg Egan Axiomatique (2006), Radieux (2007) et Océanique (2009), chez le même éditeur. De fait, l’auteur sino-américain est l’un des nouvellistes les plus récompensés de ces dernières années, pour des nouvelles aussi originales que réussies, alliant la force des idées à la beauté de l’écriture. Avec ses dix-neuf textes, La Ménagerie de papier permet donc de découvrir toutes les facettes du talent de Ken Liu, invité du festival America 2016. Par Samuel Minne

Sur le chemin d’une taverne, Breq trouve une personne à demi-morte gisant dans la neige. Breq la reconnaît : c’est un ancien militaire qu’il a connu il y a longtemps, Seivarden. Le narrateur décide de le recueillir pour le sauver d’une mort certaine, bien que s’encombrer d’une telle personne risque de l’entraver dans sa quête. Breq nʼest en effet pas sur cette planète par hasard : il est sur la piste d’une personne qui peut lui procurer un objet rare, précieux, et surtout extrêmement dangereux.
C’est ainsi que commence La Justice de lʼancillaire, premier tome d’une trilogie de science-fiction, paru en 2013 et couronné en 2014 de la plupart des prix du genre dans le monde anglo-saxon. Par Samuel Minne

Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes quand « commence notre histoire », au beau milieu de la ville, de la journée comme du XXIè siècle. «  », en un monde qui a stoppé les émissions toxiques, cultive harmonie, tempérance et juste… milieu, justement. « Ici une humanité apaisée a cessé de combattre la nature, et donc de se combattre elle-même ».