Faits divers, l’Histoire à la Une (1) : Roswell (Arte)

Samedi 9 septembre s’ouvre, sur Arte, la diffusion de Faits divers, l’Histoire à la une, une série documentaire d’Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa, en dix épisodes de 26 mn, autour de faits divers sont des marqueurs à la fois historiques, médiatiques et sociologiques, voire littéraires ou cinématographiques. Ils se sont produits en France, aux USA, au Japon, en Allemagne ou ailleurs mais leur onde de choc est planétaire, ils sont parfois l’épisode initial d’une saga criminelle, selon la loi sérielle du genre, d’autres sont des hapax, tous sont contextualisés et analysés à travers des images d’archives d’une grande richesse, des commentaires de spécialistes (historiens, sociologues, anthropologues).
La série documentaire débute samedi prochain avec ses deux premiers épisodes, L’invention des soucoupes volantes (Roswell) et La presse contre la couronne (Lady Di).

Été 47 : un fermier américain découvre dans son champ des débris qui seront ramassés et analysés par l’Armée de l’air, annonçant peu après, dans un communiqué de presse, qu’un « disque volant » se serait écrasé dans la région désertique de Roswell.
En pleine guerre froide, l’annonce fait l’effet d’une bombe : s’agit-il d’extra-terrestres, de la preuve d’une vie hors de notre planète ? Ou cet engin volant est-il une expérimentation des Soviétiques ? L’armée américaine dément rapidement son premier communiqué mais c’est trop tard, l’affaire est lancée.

Ce premier épisode de la série montre comment un simple fait divers (une découverte mystérieuse dans un champ) en vient à cristalliser un moment de l’histoire : Roswell, c’est à la fois la soudaine réalisation d’un imaginaire né de la science fiction et la figuration d’angoisses bien réelles : les menaces pesant sur la planète, qu’elles viennent de l’espace, de nos propres technologies ou de l’ennemi tout désigné dans le contexte de la guerre froide, l’URSS. Roswell, c’est aussi l’invention d’un mot, soucoupe volante (flying saucer ou flying disk). C’est la manière dont se construit une théorie du complot et s’édifie ce qui se présente comme une nouvelle discipline scientifique, l’ufologie. Depuis un mystère premier (ces débris, l’hoax d’un cadavre et du film de son autopsie), un véritable récit se construit, avec ses épisodes, ses rebondissements, ses soudaines révélations, dans la presse mais aussi sur nos écrans puisque l’industrie hollywoodienne s’empare du sujet et fait des extra-terrestres une métaphore du péril rouge.

Ce que montre remarquablement ce premier épisode de la série, c’est combien l’affaire rassemble plusieurs temporalités, cristallise des strates : un avant — l’adaptation radiophonique de La Guerre des mondes par Orson Welles, sur CBS, en 1938, annonçant une attaque extraterrestre sur le New Jersey qui provoqua un vent de panique dans la population —, un présent (la guerre froide) et un après — les théories conspirationnistes au moment de l’assassinat de Kennedy ou du Watergate, Roswell étant qualifié dans le documentaire de « Watergate cosmique ». Le fait divers dit un moment d’incertitude, à la fois historique et sociale, il est ce lien du réel le plus opaque et de nos fictions pour le comprendre, raisons pour laquelle Roswell hante encore nos imaginaires.

Roswell, L’invention des soucoupes volantes – Arte, 9 septembre 2017, 16h30 – Collection documentaire d’Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa (France, 2017, 10x26mn) – Réalisation : Gaëlle Royer – Coproduction : ARTE France, Program 33.

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