Diacritik a fêté hier ses trois années d’existence. Parmi les signatures dont notre journal s’honore, celle de Jacques Dubois, sociologue et critique littéraire, spécialiste de Simenon, des romanciers du réel, de Proust et tant d’autres.
Comment mieux fêter ce troisième anniversaire qu’à travers un entretien avec lui, compagnon de la première heure de ce journal, défenseur d’une critique amoureuse et engagée ? L’une des phrases que Jacques Dubois prononce au cours de notre conversation pourrait d’ailleurs être le sous-titre de Diacritik : « Pour réconcilier le monde avec lui-même, il faut beaucoup s’en moquer ».

On s’était habitué, avec Maylis de Kerangal, aux tambours et aux trompettes, aux incipits de parade, à ces œuvres aux frontispices vibrants, de l’odyssée de Georges Diderot, héros de Naissance d’un pont, à la vague mythique venue du fond des âges lançant le compte à rebours poignant de Réparer les vivants.

Régis Jauffret vient de recevoir le prix Goncourt de la nouvelle pour Microfictions, paru en janvier dernier. Si l’on ne peut que se réjouir qu’un prix littéraire couronne une œuvre fondamentale, on notera cependant combien le jury a soigneusement contourné la mention « roman » portée sur la couverture et, ce faisant, décidé de considérer les Microfictions comme un recueil de 500 histoires et non un volume jouant avec maestria d’une tension entre fragment et flux, d’un (dis)continu et d’un (in)fini.

Julia Deck (DR)

Après les remarquables Viviane Élisabeth Fauville et Le Triangle d’hiver, Julia Deck revient en cette rentrée avec sans doute aucun son meilleur roman à ce jour : le trépidant et brillant Sigma. Véritable alpha et oméga de l’art du roman, Sigma présente l’histoire aussi rigoureuse qu’échevelée, sérieuse qu’ironique et neuve que puissante d’Alexis Zante, banquier suisse et collectionneur d’art, pris au cœur d’une affaire d’espionnage, pisté par une galerie impressionnante d’espions travaillant pour une mystérieuse Organisation répondant à un nom qui n’est qu’une lettre : Sigma.
Diacritik a rencontré Julia Deck le temps d’un grand entretien afin d’évoquer avec la romancière ce nouveau livre qui constitue l’un des plus importants de cette année.

Là où l’histoire se termine, le quatrième roman d’Alessandro Piperno, est une interrogation aiguë de la filiation et des soubresauts de l’histoire contemporaine, quand tout se fragmente et implose. Mêlant récit intimiste et peinture sociale pour composer une comédie drôle, féroce et parfois mélancolique, le romancier italien sonde l’histoire récente (le terrorisme européen) et révèle les dessous de la haute société romaine, une « bonne société qui n’avait plus de nom à présent, ni de prestige, ni de distinction, rien, que des stocks options, des notifications d’ouverture d’enquêtes judiciaires, quelques mauvais pressentiments de caste » . Quelque chose se termine, en effet.
En mars dernier, Alessandro Piperno a accordé un long entretien à Simona Crippa et Christine Marcandier, pour Diacritik.

Dans le cadre du Marché de la poésie 2017, une rencontre réunissant Juliette Mézenc, Frank Smith et Jean-Philippe Cazier, et intitulée « L’émotion ne dit pas Je », était organisée le 13 juin à la bibliothèque Marguerite Audoux. L’entretien qui suit est la transcription des échanges qui ont eu lieu au cours de cette rencontre.

Les lettres de Marguerite Yourcenar représentent souvent une espèce de journal intime, un espace caché et secret de confessions où elle justifie cette affirmation de Victor Hugo qui disait : « C’est toujours dans les lettres d’un homme qu’il faut chercher, plus que dans tous les autres ouvrages, l’empreinte de son cœur et la trace de sa vie ». A ce moment-là on ne sait plus si on lit une lettre ou un journal intime. Au-delà de ses destinataires lointains, Yourcenar nous fait entrer dans son cercle le plus proche.

Camille de Toledo © Ida Jakobs

« Ce que j’espère, du lecteur, c’est de l’interprétation ».
Camille de Toledo

Le livre de la faim et de la soif est un roman difficile à présenter parce que ses qualités ont la même teneur que le cœur fuyant de l’existence qu’elles nous font toucher du doigt : elles sont aisées à ressentir mais périlleuses à saisir avec les mots de la langue.
Camille de Toledo a construit un dispositif de narration complexe, un labyrinthe miroitant dont les facettes nombreuses se reflètent les unes les autres dans une incandescence narrative qui nous immerge au cœur du tumulte de notre monde en pleine mutation. Du début du livre jusqu’à la fin, le lecteur se trouve précipité dans la quête aventureuse d’un personnage abyssal, un livre à vrai dire, avec ses pages et sa reliure, un livre donc, obsédé par le désir de sortir de lui-même pour entrer dans la vie.