photographie
Dans la lumière de fin de journée une photographie est posée sur un chevalet au milieu de la grande table en bois. Anne-Lise Broyer travaille, concentrée et silencieuse, crayon et gomme à la main. Avec un infini soin elle trace des sillons noirs puis les estompent pour faire frémir un bosquet de feuilles au premier plan de son image.
Le mot « public » désigne deux phénomènes liés l’un à l’autre mais non absolument identiques. Il signifie d’abord que tout ce qui paraît en public peut être vu et entendu de tous, jouit de la plus grande publicité possible.
Devant les ultimes photos de Proust, dans les derniers moments de son séminaire à la lisière de 1980, Barthes a laissé échapper une définition de l’image qui semble en épuiser la matière nue, celle qui veut qu’« une image, c’est, ontologiquement, ce dont on ne peut rien dire. » Nul doute que Denis Roche aurait pu, depuis sa discrète mais aussi bien intense et décisive activité de photographe, souscrire à ce bientôt presque aphorisme de Barthes, lui, Denis Roche, qui, poète ultime, sur la frange de ce qui ne se verra pas, trouve très tôt dans l’image fixe et le plaisir joint de la chambre claire et de la photographie le moment opportun, la tuché folle qui dérobe, par la vision, le langage au langage.
Abbas Kiarostami vient de mourir. Il avait 76 ans. Il était surtout connu en France en tant que réalisateur — Où est la maison de mon ami ?, Close-up, Et la vie continue, Au travers des oliviers, Ten, jusqu’à son dernier film Like someone in love (2012) —, il avait reçu une palme d’or à Cannes en 1997 pour Le Goût de la cerise. Mais l’immense réalisateur iranien, était aussi photographe, peintre, illustrateur, graphiste et poète. C’est ce dernier versant de son œuvre que La Table Ronde nous avait permis de découvrir, en publiant en 2008 un recueil de 300 poèmes, courts, denses, un recueil oxymorique – lumineux et pâle, doux et amer : Un loup aux aguets (titre du poème 69).
Aussi peut-il être opportun de citer la description d’un bourg typique de l’Alabama, écrite il y a trois quarts de siècle par Clifton Johnson, photographe itinérant :
L’événement a eu lieu, et il a suffi qu’il ait eu lieu. La pensée qui s’est ouvert un chemin à ce moment-là, à distance des mots et dans la chaleur de la vie, on cherche à la réduire, à la rentrer dans ce qui nous sert de culture journalistique, politique ou savante, à l’y ramener en usant d’artifices, des procédés mécaniques du jargon d’expert et même de la rhétorique et du style.
Je dois trouver une voix d’elle… [I must say a way back to her…] je dois parler avec sa propre voix… je dois trouver une voix d’elle qui soit la mienne… ma voix et la sienne c’est la même… je dois les trouver…
Journaliste et photographe de mode, Bill Cunningham vient de mourir à l’âge de 87 ans. Depuis 1978, il tenait une rubrique photographique hebdomadaire dans le New York Times, fixant dans son objectif toutes les excentricités vestimentaires rencontrées au cours de ses déambulations cyclistes. Hommage.