Emmanuel Laugier

Ayant à expliquer ce qu’était selon lui le poème, William Carlos Williams déclarait le penser sur le modèle d’« une petite (ou une grosse) machine faite de mots », étrangère à toute prétention d’ordre sentimental, et dont le « mouvement est intrinsèque, onduleux, et de caractère plus physique que littéraire ». Définition salutaire, qui nous rappelle tout à la fois l’importance de la matérialité de l’écriture poétique — le travail de la langue (double génitif) — et l’intégrité pragmatique qu’elle suppose. On se dit qu’en lisant un poème, a fortiori un livre de poésie, on serait bien inspiré, avant toute chose, de ne pas oublier de se demander à quelle sorte de « machine » on a affaire. Et puis, dans la foulée, à quel type de mouvement spécifique la « machine » obéit tandis qu’elle-même commande celui de notre propre acte de lecture.

Liliane Giraudon par Marc-Antoine Serra

Que peut l’écriture et que peut la poésie aujourd’hui ? Loin des pseudo-constats catastrophistes à la mode et des questions rebattues sur la littérature ou sur la pertinence de la poésie, Liliane Giraudon fait de la poésie, écrit ce qui serait de la poésie en impliquant, par son écriture, la question : que peut l’écriture et que peut la poésie aujourd’hui ? Il s’agit de dire ce que peut la poésie en en faisant, d’écrire des textes qui performent la poésie en la réinventant – une écriture qui est une pratique, un faire qui affirme une poésie radicalement préoccupée de la seule question qu’elle pose et qui est la question la plus jeune, toujours la plus nouvelle – celle de sa puissance.