Sortir le grand jeu – ce jeu de mot sur le titre du roman de Céline Minard qui vient de paraître en Rivages Poches est facile, voire un peu vain au regard de la radicalité de son œuvre, pensée comme une exploration que l’on pourrait imaginer systématique des genres, ce qui serait méconnaître sa portée véritable :

Le livre de Virginie Poitrasson pourrait être lu comme une sorte de phénoménologie bizarre. Sous le corps propre, sous le corps phénoménal, il s’agirait de faire advenir un autre corps délirant qui ne serait pas celui de la folie psychiatrisée mais celui par lequel le corps se désagrège, se multiplie, bifurque constamment, devient le monde autant que le monde devient le corps. Ce corps est celui de la sensation, du souvenir, comme il est celui du rêve, ou celui de l’écriture, le corps tel qu’il advient par l’écriture.

NonSense Poems

Edward Lear fut longtemps connu comme illustrateur talentueux puis ornithologue, et devint, un peu par hasard, écrivain et poète. Il pourrait figurer dans le Guinness Book of Records avec sa seule vie. En effet Lear naquit le 12 mai 1812, à Holloway, au nord de ce qui est désormais le grand Londres, 20ème enfant d’une fratrie de 21, il fut en vérité élevé par une de ses sœurs aînées. Jeremiah, le père, agent de change de son état pour l’entreprise familiale de raffinerie de sucre, ne laissa guère le temps à Anne, son épouse, de reprendre son souffle, puisque les 21 enfants furent conçus en 24 ans, presque du Dickens.

La première couverture aux éditions Viking, 1939

Parmi les phrases que l’on attribue à Winston Churchill, il en est une que l’Amérique profonde qui a élu le sinistre clown nommé Donald Trump ferait bien de méditer : « A nation that forgets its past has no future », qui a été transposée en « Un peuple qui oublie son passé est appelé à le revivre ». En effet le message poignant, clair et fort que John Steinbeck, prix Nobel de littérature en 1962, a délivré à travers son célèbre roman, publié en 1939, The Grapes of Wrath (Les raisins de la colère) qui lui valut le prix Pulitzer, est celui de l’analyse froide sans concession de ce qui s’était passé dix ans plus tôt, la crise de 1929, également appelée The Great Depression.

Oubliez ce que vous croyez savoir du Japon, oubliez les stéréotypes faits de mangas ultra-violents, de rythme de vie effréné, de travailleurs qui se pressent, que l’on pousse dans le Shikansen ou de yakuzas caricaturaux et plongez dans Six-quatre de Hidéo Yokoyama, roman policier captif et captivant paru aux éditions Liana Levi.
Un thriller obsédant qui déploie une intrigue à la poétique d’haïku et met la psychologie des personnages et le poids de la société japonaise tout entière au centre d’une affaire non résolue depuis quatorze ans. 

Récemment détrôné de la tête du classement des ventes par Ken Follett et sa Colonne de feu, le tome 5 de Millénium (Actes Sud) paru le 7 septembre dernier poursuit néanmoins sa route toute tracée de futur succès de librairie. Deux ans après Ce qui ne me tue pas , David Lagercrantz revient avec La fille qui rend coup pour coup, sa deuxième réalisation après avoir repris l’univers et les héros de feu Stieg Larsson. Revue du Millenium nouveau, un cru au goût suranné et au bouquet (final) légèrement décevant. 

Marc-Antoine Serra © Jean-Philippe Cazier

A l’occasion de son exposition à Paris, A backroom is a backroom is a backroom, à la Galerie Arnaud Deschin, rencontre avec le photographe et vidéaste Marc-Antoine Serra pour un entretien où il est question, entre autres, d’images et de littérature, de désir, de Walter Benjamin et de Roland Barthes, de Marseille, de Cézanne, de BD, d’imaginaire, d’Instagram, de jeunesse ou de solitude.

Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier
Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier

Amandine André et A.C. Hello font partie des nouvelles écritures du champ poétique contemporain, un champ où elles s’inscrivent et qu’elles redéfinissent de manière singulière – quitte à s’interroger sur leur appartenance à quelque chose qui serait la poésie.
Rencontre et entretien fait de croisements entre la littérature, la politique, la performance, la langue et ses dehors, la danse, la lecture, Danielle Collobert, la bibliothèque verte, Deleuze ou Bukowski.


Michel Surya

Il en est parfois des livres comme de certains êtres : ils nous obligent. Il arrive qu’il faille répondre des livres comme on répondrait de l’existence de certains êtres qui n’ont pas encore commencé à exister. Ce sentiment je l’éprouvai pour Artaud, je l’éprouve aujourd’hui en lisant Le Mort-né. Cela vient peut-être de la coïncidence des limbes et de la pensée : de la place que l’on fait, que l’on est sommé de faire aux corps maudits dont le livre est le tombeau – à la fin le corps lui-même.

book_guide_hero_booksLe quotidien britannique The Guardian s’est amusé — si, si on s’amuse aussi au Guardian — à établir un classement des dix pires personnages de la littérature que, généralement, on adore (Top 10 hateful characters you love in literature). En d’autres termes, ceux et celles que l’on aime détester. La hiérarchisation a été faite dans l’ordre chronologique et non pas sur la base d’autres critères, qu’il aurait sans doute été difficile de justifier ou d’expliquer.

Sans titre

Au début de l’année 2014, l’hebdomadaire italien L’Espresso demandait à quatorze personnalités du monde de la culture, d’écrire une lettre ouverte et idéale à leur fils pour affronter les grands thèmes de la vie. Umberto Eco écrit à son petit fils pour lui donner des conseils sur le futur. Il s’en dégage une réflexion sur la technologie, le sexe, la poésie et la mémoire.