On aurait intitulé ce texte : « Éloge du silence ». Parce que cela fait longtemps que ce titre-programme trotte en tête. Et puis, au moment de se mettre à l’écriture, découvrir que le titre existe, qu’il a été celui d’un livre à succès il y a trente ans et seize fois réédité depuis : un essai sur le silence qui est surtout un livre de sagesse, par un auteur qui puise dans la philosophie asiatique et cite le maître zen Deshimaru : « Vous devez pouvoir méditer sous les bombes ! »

Le livre de Gabriela Cabezón Cámara, Pleines de grâce, est pluriel, articulant des différences sans nécessairement les différencier. Le récit s’élabore en subvertissant les codes sociaux et culturels – en inscrivant une différence par rapport à ces codes, en les inscrivant dans une différence par rapport à eux-mêmes – autant que les codes de la narration, favorisant la rencontre ou co-affirmation de points de vue divers, rencontre qui vient troubler et suspendre les identités habituelles. Si ce livre est aussi politique, il a comme visée première la destruction de l’identité, ou sa dissémination (visée qui est elle-même politique).

Blandine Volochot serait la fille biologiquement monstrueuse de Maurice Blanchot et d’Antoine Volodine. De fait, on peut repérer dans le livre de Lucien Raphmaj plus que des références à ces deux auteurs : la reprise d’une logique de l’écriture que Lucien Raphmaj ne se contente pas de reprendre mais qu’il relance, déplace, oriente vers de nouvelles limites. Par là, Blandine Volochot est un livre qui arpente de manière différente les territoires de la littérature tels que cartographiés par Volodine et Blanchot, et qui, se faisant, en redessine la carte.

Dans Cow-boy, Jean-Michel Espitallier retrouve ce qu’il avait exploré dans La première année (et déjà, sous d’autres formes, dans les précédents livres) : une façon de subvertir le biographique, l’autobiographique. L’écriture est une écriture de soi mais à partir d’un monde se déployant et s’imposant par ce qu’il advient à d’autres : une écriture qui inclut de l’autobiographique mais qui ne forme pas une autobiographie.

Pour sa troisième édition, Jardins d’hiver est une fois encore placé sous le signe de la transmission avec Jeanne Benameur et Olivier Adam en invités d’honneur, en « écrivains-passeurs » et leurs invités respectifs Thierry Magnier et Laurent Vidal, Arnaud Cathrine et Monica Sabolo.
Rendez-vous à Rennes du 7 au 9 février pour un moment que les organisateurs veulent festif et riche d’échanges.

A l’occasion de la publication d’Europe Odyssée, entretien avec Jean-Philippe Cazier où, entre autres, il est question de l’écriture politique, de la poésie et du débordement de la langue, de la violence de l’Histoire et de ceux et celles – migrants, réfugiés, déportés, exilés – qui la subissent et la contestent, de la possibilité d’une épopée contemporaine, d’une cosmopolitique comme résistance à l’ordre policier du monde.

La couverture du livre le précise : ceci n’est ni un roman ni un poème mais une forêt. C’est ainsi qu’Ariane Jousse désigne son premier livre, La Fabrique du rouge, comme une façon de mettre l’accent sur un déplacement : produire un texte au-delà des genres, qui invente ses propres frontières, sa propre zone. Un texte-forêt pourrait être un texte dans lequel s’égarer, perdre ses repères, un texte où le sens erre comme les pas d’un marcheur pris dans un labyrinthe borgésien, parcourant sans fin des chemins qui se déplacent en même temps que la marche.

Plus de vingt ans après la première édition de Fetishism and Curiosity, la nouvelle maison d’édition Brook, fondée par Rosanna Puyol et Jessica Bambal Akan, nous en offre une traduction française par Guillaume Mélère. Pourquoi, après tant d’années, ce travail qui mêle féminisme, psychanalyse et analyse filmique, est-il toujours d’actualité ?

A l’occasion de la parution récente de Portraits-Robots ainsi que de La poésie en trois dimensions, livre qui propose une exploration collective de son œuvre, Michèle Métail parle dans cet entretien de son rapport à la langue et aux langues, de ses procédés de création, de la musique, de la photographie, et bien sûr de la poésie dont elle est une représentante contemporaine parmi les plus originales et reconnues.

Le livre de Marie de Quatrebarbes, Voguer, se réfère au voguing. On y retrouve Venus Xtravaganza ou Pepper LaBeija qui apparaissaient dans le beau film de Jennie Livingston, Paris is Burning. Sont également présents Ninetto, l’amant de celui qui fut « assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie » (Pasolini), ou encore « les amants qui ne se rencontrèrent pas à Winkel, au mois de juin 1804 ».

Dans Des espèces de dissolution, il ne s’agit pas tout à fait de « dissolution », et l’on ne sait pas clairement de quoi il s’agit. Les dissolutions dont il est question dans le livre n’ont jamais été vues ni expérimentées. Leur nature est inconnue et le mot n’est pas totalement adéquat. Comment le langage pourrait-il les dire ?