Comment le journaliste Nicolas Plommée arrive-t-il à procurer un plaisir philosophique au lecteur de son tout récent ouvrage référence en français sur Kylie Minogue ? En déroulant subtilement la vaste carrière de l’australienne…
Livres
Avec son deuxième livre Crache le soleil, Camille Goudeau offre à la génération Y son roman d’apprentissage. Éléonore Poussière a 30 ans, débarque définitivement à Paris depuis Meaux, fuyant son « Chéri », lourdeau violent maltraitant et occupe un emploi d’hôtesse au Ministère du Travail de l’Emploi de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Poste d’observation idéal du grand corps invisible de l’État, ce travail lui convient car elle y aiguise en secret, malgré elle, une fulgurante lucidité.
Nous apprenons, avec une immense tristesse, la mort de Stéphane Bouquet. Poète, scénariste, critique, l’« ancien jeune homme » écrivait dans Tout se tient (P.O.L, 2025, lire ici la critique de Christian Rosset) se rapprocher « mais à distance des probabilités de la mort ». En hommage, nous republions l’article que Jean-Claude Pinson avait consacré à l’un de ses précédents recueils, Neige écran.
Fondées en 2021, les éditions Tango Girafe publient, selon des partis-pris toujours singuliers, de la poésie, de la littérature, des traductions. Entretien avec Françoise Elian.
Principalement narrative, l’œuvre de Patrick Autréaux ne cesse de se déplacer, sans se préoccuper des frontières génériques du récit et de la fiction.
Après Drama Doll de Rose Vidal, la collection Aventures dirigée par Yannick Haenel aux éditions Gallimard se lance avec le roman de Julien de Kerviler Les mouvements de l’Armée rouge en 1945 et c’est une épopée intime dans l’abstraction qui se montre ici. Tout en effet tient du mystère dans ce court livre d’une centaine de pages sans chapitre, presque sans ponctuation, qui réussit un pur chant de littérature.
Avec son premier livre, Rose Vidal, née en 1997, écrit le manifeste d’une jeunesse qui opère depuis la plus absolue des modernités. Se présentant comme un roman sans histoire, son livre Drama Doll, qui initie la collection Aventures dirigée par Yannick Haenel chez Gallimard (avec Les mouvements de l’armée rouge en 1945 de Julien de Kerviler qui sort le même jour et dont nous parlerons ici très vite) annonce : « Je suis de la génération qui ne souffre plus. » Et c’est un paradoxe : tout le travail de l’écrivaine porte sur la douleur.
Le livre de Gérard Macé, Silhouette parlante, s’ouvre par un paradoxe, puisque l’auteur commence par annoncer qu’il n’écrit plus. « Je n’écris plus », écrit-il. Je n’écris plus, mais…, corrige-t-il aussitôt. Il s’agit donc d’essayer de comprendre comment ce livre s’est écrit malgré tout.
Il y a Jérôme et Sylvie et il y a Jérôme et Sylvie. Le premier Jérôme et Sylvie ressort de la deuxième moitié du XXe siècle et vit fictivement dans le roman Les Choses de Georges Perec. Ce deuxième Jérôme et Sylvie ressort de ce premier quart du XXIe siècle et vit fictivement dans le roman En Salle de Claire Baglin. Ces deux couples sont emblématiques de leurs époques et leurs vies révèlent une progression/régression de l’évolution sociale.
Le titre du dernier livre d’Olivier Rolin, qui vient de paraître chez Verdier, Vers les îles Éparses, est autant un itinéraire qu’un programme narratif, autant une topographie qu’une forme. Éparses, ces îles du canal du Mozambique que l’écrivain rallie sur un bateau de la Marine nationale. Éparses, ces proses à la fois ironiques et poétiques que l’art accompli de l’écrivain rassemble, tisse et subsume en un (anti-)récit de voyage qui nous embarque.
Troisième année consécutive où le nombre 31 régit ces chroniques (seul leur titre générique change en début d’année). Ce serait amusant de programmer autant d’ouvrages à son sommaire. Il faudrait évidemment se contenter d’écrire pour chacun un paragraphe de mille signes, espaces comprises, tout au plus. Pour y arriver, il faudrait opérer un lent travail de condensation requérant un nombre infini de coups de gomme et de nombreuses plages de réécriture. N’y pensons plus : nous élaborons ces petites constellations critiques pour le plaisir et non pour devenir fou.
Trentième et avant-dernier épisode de Terrain vague pour 2024. Pour rappel : 30, c’est 2 x 3 x 5, soit le premier nombre premier multiplié par le deuxième multiplié par le troisième. Jouer avec les nombres, c’est à la fois respecter certaines contraintes et devoir tricher – par nécessité ; et aussi par jeu. Au fond, ce qui compte c’est de ne pas s’arrêter : de continuer, en inactuel attentif à ce qui se trame dans les marges de l’actualité. Le prochain épisode sera le dernier de l’année ; et pourtant, comme les précédents, il sera aussi à sa manière avant-dernier : ne fermant rien, ouvrant des voies – pour qui ? pour quoi ? Peut-être doit-on toujours avancer sans but préétabli. C’est simplement une activité : manière de ne pas céder au silence, pourtant crucial dans cette affaire. So May we Start ?
21 novembre 2024. Il neige trop. Je dois renoncer à aller voir La Voyageuse de Hong Sangsoo. Mais comme je viens de recevoir le blu-ray de Val Abraham de Manoel de Oliveira, je cherche 3 heures et 23 minutes de libre pour revivre l’éblouissement de ma première vision, en 1993. Ces deux films ont en commun d’être programmés en salles (celui d’Hong Sangsoo, le 22 janvier prochain) avant d’être édités en vidéo (le 3 décembre pour Val Abraham) par Capricci. On y reviendra.
Bolaño, aujourd’hui, est à la mode. Quand on aime un auteur, on ne peut que se réjouir et être en même temps agacé de ce genre de phénomène.
Des livres qui se lisent avec plaisir, il n’en manque pas. Des livres qui se relisent dans la foulée sans ennui, il y en a suffisamment pour alimenter cette chronique. Mais des livres qui se relisent longtemps après, comme si, de nouveau, c’était la première fois, non qu’on ne les ait oubliés, mais parce que nous les appréhendons de manière plus ouverte – la mémoire ayant été, sinon altérée, disons fragilisée, voire trouée, par les effets du temps (la mémoire est un champ de bataille pour les archives) –, il y en a beaucoup moins. On se dit alors : au diable l’actualité, c’est d’eux que nous devrions parler.