« A celui qui veut enterrer sa mémoire et ses dons, c’est encore la littérature qui s’offre comme terre et comme oubli. » Maurice Blanchot
« A celui qui veut enterrer sa mémoire et ses dons, c’est encore la littérature qui s’offre comme terre et comme oubli. » Maurice Blanchot
Une bouffée délirante on dira une bouffée délirante il aurait mieux fait de prendre un Tercian et de se coucher pourquoi salir le monde n’est-il pas déjà suffisamment pollué et puis ce truc de ne pas mettre de ponctuation on a déjà vu ça c’est déjà fait déjà vu et si bien fait Camille Laurens Nina Bouraoui pour ne citer qu’elles alors quoi une logorrhée une de plus un cri une litanie manie manie mais oui mais non des larmes des larmes je vous dis voilà des larmes tenues retenues de rage de désespoir de fatigue de nausée de mal de tête de mer de terre des larmes sans raison on dira pathologiques
Il est arrivé vendredi matin, pour le week-end. Il ne vit pas à Paris. Il neigeait le matin de son arrivée, aujourd’hui dimanche il fait soleil.
Comme l’air, l’espace, l’azote et le dioxyde d’azote, l’ineffable nous entoure tout le temps : c’est tel rayon de soleil à travers la branche qui bourgeonne dans le square, c’est tel regard dans le métro, le cri d’une mouette au-dessus de Paris, le bruit de la neige poudreuse sous les pas, celui des feuilles mortes au bord du grand canal à Versailles, une odeur de vin chaud, de cannelle, tel regard d’enfant qui s’appuie gravement sur vous, dans la file d’attente d’un magasin, vous ne savez pas pourquoi, vous ignorez ce que ça veut dire mais ça s’imprime en vous à jamais, c’est aussi la façon dont cette vieille dame monte dans le bus, telle pensée fugace qui vous fait rater votre station de métro, c’est enfin ce chaos dans la tête au moment de s’endormir, toute la tristesse et la fatigue du monde. C’est cela et tout le reste, c’est surtout tout ce qui échappe à la moindre définition, toute la musique aussi bien. Le silence avant et après la musique.
Olivier Steiner : Alors, cette grasse mat, terminée ?
Clément Bénech : Oui à peu près !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Pourquoi, la question. Duras a longtemps été ma réponse. Pourquoi, la réponse. Duras sera toujours la question. Depuis le début Duras et ses phrases magiques, inaugurales. Phrases qui reviennent en boucle, écrites tracées sur la crête des mots, phrases tatouages sur une peau de lecteur ébloui : On écrit sur le corps mort du monde, corps mort de l’amour. Écrire c’est arriver avec la crise au bout de la crise.
Pourquoi, la question.
Duras, la réponse.
26 janvier 2016, mon journal encore et jamais, me myself and I, un journal en ruine.
25 janvier 2016, c’est Tou Bichvat pour les Juifs, « Nouvel An des arbres », Ilan en hébreu.
Il y a 10 ans, le 20 janvier 2006, Ilan Halimi, 23 ans, vendeur dans une boutique parisienne, est enlevé, puis séquestré dans un immeuble HLM de Bagneux pendant plus de trois semaines. On le retrouvera nu, bâillonné et menotté, trois semaines plus tard, agonisant le long des voies ferrées du RER C, dans le département de l’Essonne. Il décédera lors de son transfert à l’hôpital.
Vendredi 22 janvier 2016, 7h34, je me lève et j’écris, une nouvelle page de journal comme je faisais le Passeport, il y a longtemps, pendant les vacances, quand j’étais petit. Bonheur d’écrire pour écrire, de me donner des nouvelles, écriture courante, drôle sentiment de plénitude en ce moment. Ça va faire plus d’un mois que je suis dans ces Hautes-Pyrénées natales, Tarbes, au début je ne devais y rester que quatre jours. Ça se prolonge, je n’ai rien décidé, impression d’être là où je dois être, je reste. Passer et flotter dans la vie comme un bouchon de liège sur un fleuve.
La première fois ce fut à la télé, son visage calme et rayonnant, d’une grande beauté, face à Julia Kristeva. Il était question de Beauvoir et des Lettres à Sartre, c’était une émission de Pivot, je suis tombé amoureux, d’un coup, avant de la lire.
Un des plus beaux incipit de la littérature c’est quand même le premier paragraphe de L’Amant de Marguerite Duras : « Je vous connais depuis toujours.
Jeudi 31 décembre 2015
Vous savez, je ne parle pas de moi parce que je m’intéresse, je parle de moi pour dire le moins de conneries possibles. Moi, la matière moi, ça ne m’intéresse pas, plus, vraiment, si peu. Ce qui m’intéresse encore c’est tout ce qui me traverse et me modifie, tout ce que je ressens, comprends et comprends pas, qui vient de l’extérieur, outside disait MD, les autres, l’altérité. Les autres, l’adversité. Je parle de moi car c’est vous qui m’intéressez.