À la tête d’une des œuvres les plus intéressantes de ces vingt dernières années, Florence Pazzottu fait paraître J’aime le mot homme et sa distance aux éditions Lanskine. Comme dans ses livres précédents, le travail de la forme y sert une investigation capitale — dans nos rapports aux autres, aux mots, au monde. Cette poésie, follement libre et magnifiquement tenue, qui fait feu de tout bois et à laquelle rien n’est a priori étranger, se donne pour tâche de « répondre au chiffrement du réel ». Comment y parvient-elle ? Entretien avec Florence Pazzottu, mené par Pierre Vinclair entre le 20 juin et le 30 juin 2020.

Stimulant et incisif, tels sont les mots qui viennent à la lecture de Gazer, mutiler, soumettre : politique de l’arme non létale de Paul Rocher qui vient de paraître à La Fabrique. Des Gilets Jaunes aux ZAD, des manifestations récentes des soignants en passant par les mouvements contre la « réforme » des retraites, le recours massif aux gaz lacrymogènes et aux LBD est devenue monnaie courante pour les forces de l’ordre. Cependant, loin de correspondre à un adoucissement du maintien de l’ordre, l’usage de cet arsenal d’origine militaire pour régler des conflits domestiques résonne terriblement comme le corollaire de la suspension globale du processus démocratique en France. Une réflexion vive que, le temps d’un grand entretien, Paul Rocher, son auteur, développe pour Diacritik.

Chinelo Okparanta, née en 1981 au Nigeria, vivant aux USA depuis l’âge de dix ans, était jusqu’ici connue pour ses nouvelles (Le Bonheur comme l’eau, Zoé, 2014). Les éditions 10/18 publient en poche son premier roman, Sous les branches de l’udala, dans une traduction française de Carine Chichereau. La sortie en grand format du livre (Belfond) avait été l’occasion pour Diacritik d’un grand entretien croisant les voix de la romancière et de sa traductrice.

Amélie Mougey est la rédactrice en chef de La Revue Dessinée depuis plus de quatre ans et alors que le numéro d’été 2020 vient de paraître au moment où la France peut enfin se rendre à nouveau en librairie, revenons avec elle sur la poursuite d’une aventure éditoriale (presque une quête), sur ce qui fait de LRD un journal d’information rigoureux et engagé qui a à coeur de chercher et donner des clés pour comprendre le monde.

S’il n’y a qu’un seul texte à lire sur la pandémie, c’est bel et bien le remarquable Changer le monde de Laurent de Sutter qui vient de paraître. Dans ce bref et incisif essai, le théoricien de la postcritique déploie une saisie aussi originale que juste du virus qui a obligé une large partie du monde à se confiner. Avant de se projeter aveuglément dans le monde d’après, il faut d’abord revenir aux Grecs pour qui toute épidémie relève non d’un principe médical mais appelle à une vision politique : celle de la co-existence avec les puissances étrangères. Autant de pistes neuves de réflexion sur lesquelles Diacritik a voulu revenir avec Laurent de Sutter le temps d’un grand entretien.

Le 19 août 1991, à Crown Heights (Brooklyn), un enfant joue avec sa cousine devant le 1677 President Street lorsqu’il est fauché par une voiture. La scène terrible ouvre Nuits d’été à Brooklyn de Colombe Schneck, ample mise en perspective romanesque des tensions raciales aux États-Unis, à travers les émeutes qui vont opposer communauté noire et communauté juive après la mort de Gavin Gato, cet enfant noir écrasé par le conducteur de l’escorte d’un rabbin, comme à travers l’histoire d’amour d’un professeur de NYU et d’une jeune journaliste française qui vient d’arriver à New York. Dans un grand entretien, Colombe Schneck revient pour nous sur la manière dont son récit articule fait et fiction comme sur sa pratique singulière, le temps du confinement, d’une « fabrique » de son roman sur Instagram.

Vincent Message est maître de conférences en littérature à l’université Paris 8 et l’auteur de plusieurs romans : Les Veilleurs, Défaite des maîtres et possesseurs et Cora dans la spirale récemment publié aux Éditions du Seuil. Il y décrit avec beaucoup de maîtrise et de sensibilité l’engrenage dans lequel plonge une jeune femme, cadre dans une grande société assurantielle. Nous l’avons rencontré le 5 février 2020 lors d’une soirée  de l’Association Étudiante des Protestants de Paris, organisée par Samuel François et Patricia Glaizal. On retrouvera ici l’essentiel de cet échange.

Avec Le Scribe, Célia Houdart livre sans doute son plus beau roman, le plus magnétique, le plus sensible et le plus sensuel. A travers l’histoire d’un jeune chercheur en mathématiques, Chandra, venu d’Inde en France, la romancière déploie un puissant roman d’apprentissage entre Paris et Calcutta, où les destins ne cessent de se croiser, au gré de la Seine ou du Gange. L’occasion pour Diacritik d’aller à la rencontre de la romancière qui, par ce récit qui porte les vibrantes marques des inquiétudes politiques et écologiques, confirme combien elle est l’une des écritures contemporaines parmi les plus remarquables.

Alors que les modalités de la mise en œuvre de l’application StopCovid entrent en discussion au Parlement et que les possibilités qu’elle ouvre posent des questions capitales, nous avons voulu donner la parole à un spécialiste des dispositifs numériques modernes. Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, est l’auteur du livre À la trace, Enquête sur les nouveaux territoires de la surveillance, disponible aux éditions Premier Parallèle. Cartographe et historien du monde contemporain, son ouvrage comme sa parole tiennent de l’alerte essentielle.

C’est en musicien que j’ai d’abord rencontré l’art de Benoît Jacques, ce dernier ayant eu l’idée de partir de la notation musicale (en tant que pure apparence graphique) pour inventer quelques partitions injouables, mais évocatrices d’improbables concerts. Sous-titré A note book by Benoît Jacques, Play it by ear (1989) a le don de faire hurler de rire les interprètes et les compositeurs qui le placent du côté des partitions dessinées d’Erik Satie auquel il est d’ailleurs rendu hommage.

Les librairies sont fermées et les initiatives d’éditeurs se multiplient pour permettre aux lecteurs d’accéder à leurs titres, et en particulier à des livres tout justes parus et rendus indisponibles par le confinement. C’est le cas des éditions Inculte qui nous permettent d’accéder en un clic et quelques euros à quinze nouveautés et/ou livres de fond de leur catalogue. Parmi ceux-ci, A fendre le cœur le plus dur signé Jérôme Ferrai et Oliver Rohe, auquel Diacritik avait consacré plusieurs articles, ici réunis, lors de sa sortie.

A l’occasion de cet entretien avec Emmanuèle Jawad, le poète Jean-Patrice Courtois revient sur certains moments et enjeux du travail qu’il développe de livre en livre : le rapport aux documents, la réflexion sur la phrase, les imbrications possibles de la poésie et des sciences… Un entretien non pour clore une œuvre mais pour indiquer certains de ses chemins à venir.