Le pli était pris, parce que le plus souvent j’écris en rond, comme avec mon tricotin, ce que j’écris n’a pas vraiment de début, pas de fin, et je reviens toujours au même endroit du récit. J’écris à l’endroit, à l’envers, en boucle.
Emmanuelle Pagano, Claude Rouyer, Le travail de mourir.

Écrire pour résister, et aussi pour éviter le pire, c’est aussi ce que fait Emmanuelle Salasc en notant l’histoire de sa narratrice Lucie, dans son dernier roman Hors gel, dixième livre chez P.O.L, après neuf parus sous le nom d’Emmanuelle Pagano. Le roman raconte une double menace.

Indiscutablement, Farouches de Fanny Taillandier est l’un des romans les plus remarquables de cette rentrée littéraire. Dans une Ligurie, à la fois proche et distante de nous, la romancière nous conte l’histoire d’un couple, Baya et Jean, qui, entre attaques de sangliers et rixes entre bande rivales, sentent depuis leur maison comme une menace sourde s’immiscer progressivement dans leurs vies. Roman politique et géopolitique, fable écocritique et interrogation sans trêve sur le rapport au savoir et notamment à Wikipedia, Farouches offre une stimulante réflexion stimulante sur les liens de l’humanité avec le vivant sous toutes ses formes. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

En 2012, dans un entretien amical, Jean-Luc Nancy et Jean-Clet Martin échangeaient au sujet de Derrida, du corps, du politique, de Spinoza – échanges ouvrant ou soulignant des résonances, des lignes possibles entre l’œuvre de l’un et celle de l’autre, des transversales à l’intérieur de chacune de ces œuvres qui sont aussi des lignes qui tendent vers un dehors, comme pour toute pensée véritable.

Indéniablement, Antoine Wauters signe avec Mahmoud ou la montée des eaux un des très grands romans de cette rentrée littéraire. Véritable splendeur de langue, bouleversante épopée d’un homme pris dans plus d’un demi-siècle d’histoire de la Syrie, chant nu sur la nature qui tremble devant l’humanité et sa rage de destruction : tels sont les mots qui viennent pour tâcher de retranscrire la force vive d’un récit qui emporte tout sur son passage. Rarement l’histoire au présent aura été convoquée avec une telle puissance et une grâce qui ne s’éprouve que dans un déchirement constant. Diacritik ne pouvait manquer, le temps d’un grand entretien, de partir à la rencontre d’Antoine Wauters qui confirme combien il est de nos écrivains contemporains majeurs.

Après le succès public et critique de Règne Animal, Jean-Baptiste Del Amo revient en cette rentrée littéraire avec Le Fils de l’Homme. Récit épuré, primaire au sens fort du terme, Le Fils de l’homme pose des questions essentielles : que sont héritage, démesure, amour familial, folie ? Entre La Route de Cormac McCarthy et le Shining de Stephen King, ce nouveau roman traite autant de la chute de l’homme que de sa volonté d’échapper à son destin. Cette fable aux accents universels et « bibliques » poursuit l’œuvre ouverte avec Une Éducation Libertine. Entretien avec Jean-Baptiste Del Amo.

Ici, la Béringie, le premier roman de Jeremie Brugidou, est un livre puissant et pluriel, porteur d’un imaginaire et de thèmes qui résonnent avec des questions fondamentales d’aujourd’hui : l’écologie, le rapport au monde, à l’animal, les catastrophes planétaires, l’invention d’imaginaires nécessaires à d’autres existences sur Terre, le capitalisme, le colonialisme… Entretien avec Jeremie Brugidou.

Le désir de modifier le regard que l’on porte sur les migrants a réuni deux artistes autour d’un projet intitulé « Borders ». Les textes sont de Wilfried N’Sondé et les photographies de Jean-Michel André, le tout se conjugue dans une réflexion très digne et juste sur l’exil. Ce travail à quatre mains est exposé pendant l’été aux Rencontres d’Arles.

Indispensable : tel est le mot qui vient immédiatement pour qualifier l’essai sur l’intersectionnalité que viennent de faire paraître Éléonore Lépinard et Sarah Mazouz. Dans un livre aussi brillant que limpide, les deux sociologues reviennent avec mesure et force sur la notion d’intersectionnalité qui est au cœur de tous les débats depuis quelques mois. Loin des vociférations médiatiques et éditorialistes qui en dénaturent la définition, Pour l’intersectionnalité revient sur la puissance critique que la notion peut donner aux sciences sociales et montre que l’intersectionnalité donne à comprendre autrement la marginalisation et l’oppression dans nos sociétés. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre des deux sociologues à l’occasion d’un grand entretien.

Alexis Weinberg vient de publier Le Détour aux éditions Gallimard, un premier roman qui vibre d’une voix véritablement nouvelle. On peut le lire comme le voyage initiatique d’un homme qui part à la recherche d’une réponse à donner à la lettre que sa compagne lui a adressée. Mais les détours sont nombreux et Diacritik est parti à leur découverte pour les évoquer avec leur auteur le temps d’un grand entretien.