Le sous-titre de Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo pourrait avoir des accents balzaciens (Grandeur et décadence d’une exploitation agricole) ou zoliens (Histoire naturelle et sociale d’une famille), sur un siècle de 1898 à 1981 : dans le Gers, à Puy-Larroque, tout semble d’abord un « perpétuel recommencement », dans une ferme qui suit le rythme des saisons et cycles naturels, avant que la petite exploitation familiale ne devienne un élevage de porcs industrialisé et intensif, selon un double mouvement d’accélération et de chute, jusqu’à « l’effondrement ».
Le magnifique et très dur roman de Jean-Baptiste Del Amo, au-delà de ses qualités littéraires, épouse la course folle qu’est devenu l’élevage, au mépris de tout respect de la nature comme des animaux, tout en dévoilant jusqu’à l’insoutenable une violence et une cruauté qui s’exercent aussi bien sur les hommes que sur les bêtes.
Ecocritik
Rosa B. est devenue végétalienne en 2006 en réaction à la souffrance des animaux d’élevage avant de devenir blogueuse engagée en faveur de la cause animale. Depuis 2008, elle dessine sur son blog le quotidien d’une femme engagée volontaire dans un monde régi par des règles et de comportements millénaires.
Faut-il manger les animaux ? telle est la question percutante posée en titre de la traduction française (2011) du livre de Jonathan Safran Foer, Eating animals (2009), un essai publié parce qu’« il faut chercher un moyen de mettre la viande au centre du débat public, de la même façon qu’elle se retrouve bien souvent au centre de nos assiettes ».
La cause animale a envahi nos vies. Les mots veganisme, flexitarisme, spécisme et antispécisme sont entrés dans le vocabulaire courant. Des magazines ont été créés (Slowly Veggie, Esprit Veggie, etc.). Les vidéos de PETA et L214 ouvrent nos yeux sur les conditions d’élevage et abattage.
Barbara Kingsolver est de ces écrivains qui rêvent d’Un autre monde, ou du moins d’un monde moins imparfait, et qui fait de la fiction l’arme d’un engagement. Scientifique de formation, elle explore dans son dernier roman Dans la lumière — Flight Behavior — les conséquences du changement climatique, à travers la migration soudaine, sublime et anormale de papillons monarques dans une petite ville américaine.
Rassemblement, de Judith Butler, interroge les rapports du corps et du politique, la dimension politique des foules et des manifestations. Ainsi, ce livre repense un certain nombre d’idées rattachées au corps et au politique mais aussi l’espace public et les conditions du sujet politique. Judith Butler y développe des analyses particulièrement fécondes du social et de la cohabitation selon une logique de la relation et de la vulnérabilité qui ouvre à une conception renouvelée du politique et de la vie.
Le film bouleversant de Maud Alpi relève d’une double catastrophe. D’abord, parce qu’il met en scène la catastrophique réification dont les vivants non-humains auront été les victimes sans nom et sans nombre. Ensuite, parce que catastrophe, en grec ancien, c’est aussi le nom du renversement.
La gorge serrée, le cœur triste, le ventre noué. Voilà les sentiments qui envahissent progressivement devant la projection du film de Maud Alpi, Gorge Cœur Ventre, ce titre semblant désigner en ces trois organes les cibles inéluctables de son discours. Dans un abattoir éclairé à la lumière de néons lugubres, des bœufs sont forcés et pressés de se diriger dans d’étroits couloirs dont l’issue débouche fatalement sur leur mise à mort. Ils tremblent, rechignent, hurlent. Un jeune homme est chargé de les y mener, accompagné de son chien.
Il y a beaucoup de pierres dans le jardin d’Anne Cauquelin, c’est elle qui le dit, avant d’ajouter : « et c’est bien sous les pierres que l’on débusque les lièvres, car, disons-le, ce n’est pas le lièvre qu’on soulève mais la pierre qui jusque-là le cachait ». De sorte que « lever un lièvre » reste une façon commode mais assez impropre de dire qu’on vient d’apercevoir un truc qui mérite — ou réclame — d’être pisté. Une façon de dire surtout, fût-ce de travers, la joie d’avoir soudain un objet à penser.
Derrida a-t-il été antispéciste ? Répondre à cette question consiste surtout à lire sa philosophie à partir du point de vue animal. Telle est peut-être la révolution qu’il a tentée de faire, en philosophie, comme aucun autre penseur.
Après les scandales suscités par les enquêtes révélées par l’association L214 sur les abattoirs d’Alès et du Vigan, les images de l’abattoir de Mauléon-Licharre, diffusées le 29 mars dernier, ont soulevé l’émoi et l’indignation de l’opinion publique. Aussitôt, dans les médias, les chantres de la « viande heureuse » et des « bons abattoirs » sont montés au créneau.
Les éditions Galilée viennent de publier le second volume du séminaire que Jacques Derrida consacra à la peine de mort. Le philosophe Patrick Llored, auteur d’un livre original et novateur sur Derrida, souligne dans cet entretien ce qui, à partir de ce séminaire, lui semble ouvrir des pistes de réflexion et de compréhension nouvelles.