Le journaliste américain Ted Conover avait passé six semaines en immersion à Cargill Meat Solutions, un abattoir du Nebraska, en tant qu’inspecteur du service sanitaire. Geoffrey Le Guilcher s’est lui fait engager en tant qu’ouvrier intérimaire dans un abattoir industriel de Bretagne, rebaptisé Mercure, à l’été 2016. Il y a passé quarante jours en immersion totale, en est revenu avec un livre coup de poing : Steak Machine qui sort en poche chez Points.

Paolo Giordano a écrit Contagions en quelques jours, entre la fin février et le début du mois de mars 2020, alors que l’Italie entrait dans l’épidémie de Coronavirus et commençait à prendre conscience (et nous avec elle) de l’ampleur sans précédent d’une crise planétaire dont le sens comme les conséquences vont bien au-delà de la seule maladie.

Co-fondateur du collectif Urbain, trop urbain, Matthieu Duperrex explore depuis une quinzaine d’années la notion d’Anthropocène en croisant sciences humaines, littérature et arts visuels dans des performances et des installations artistiques ; il enquête sur le terrain des milieux anthropisés comme dans son dernier livre, Voyages en sol incertain paru en 2019 conjointement en version papier aux éditions Wildproject et en version numérique augmentée aux éditions La Marelle.

« Nous avons connu nous aussi notre printemps silencieux. Le ciel était sans avions, la mer était sans bateaux. Les centre-villes étaient déserts comme les forêts de France. La peur terrait l’homme chez lui, l’obligeant à vivre la vie qu’il impose aux animaux. Il ne sortait qu’en tremblant, le regard fuyant, pour de brèves courses. Comme les bêtes au fond des bois ou les rats dans les égouts, il apprenait la discrétion. Quelque chose respirait. Les choses reprenaient leur cours. — La Terre dut croire que son cancer entrait en phase de rémission.

« Un jour, entre les hommes et nous qui sommes stellaires, il y a eu rencontre » : il est difficile de parler en quelques phrases du magnifique second roman de Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs, que les éditions du Seuil offrent en livre numérique dans le cadre de leur opération « Le Seuil du jour », sinon via cette phrase, présente deux fois dans le cours du livre, mettant l’accent sur sa dimension de fable.

L’avant-propos de L’Anthropocène contre l’histoire (en accès libre sur le site des éditions La Fabrique) suffit à situer son propos : daté d’octobre 2016, il revient sur le passage de l’ouragan Matthew qui a balayé Haïti puis les États-Unis, mettant face à face deux manières d’habiter la même planète, pour montrer que l’anthropocène ne peut être considéré comme un récit global. L’essai d’Andreas Malm articule deux questions principales : « comment rendre compte de ces temps d’intensification du chaos climatique », de la co-existence de situations antagonistes face à cette crise ? Comment changer nos récits, notre manière d’écrire comme de lire la littérature ?

A l’occasion de cet entretien avec Emmanuèle Jawad, le poète Jean-Patrice Courtois revient sur certains moments et enjeux du travail qu’il développe de livre en livre : le rapport aux documents, la réflexion sur la phrase, les imbrications possibles de la poésie et des sciences… Un entretien non pour clore une œuvre mais pour indiquer certains de ses chemins à venir.

S’il y a un seul essai à lire en ce moment, c’est bel et bien celui de Mark Alizart : le vif et puissant Coup d’état climatique qui vient de paraître aux PUF. C’est de loin la réflexion la plus remarquable et tonique qu’on a pu tenir sur les questions climatiques, et en particulier sur la question de l’usage politique du réchauffement climatique.

Paolo Giordano a écrit Contagions en quelques jours, entre la fin février et le début du mois de mars, alors que l’Italie entrait dans l’épidémie de Coronavirus et commençait à prendre conscience (et nous avec elle) de l’ampleur sans précédent d’une crise planétaire dont le sens comme les conséquences vont bien au-delà de la seule maladie. Prolongement et amplification d’un article publié par l’écrivain dans le Corriere della Sera le 25 février, le livre a été mis en ligne en accès gratuit par le Seuil, son éditeur français, qui le considère « comme une intervention d’utilité publique ».

En attendant la réouverture des librairies, et dans une politique de partage en temps troublés, La Fabrique éditions offre dix titres de son très riche catalogue en téléchargement gratuit. L’occasion, pour Diacritik, de remettre en ligne l’article que Jean-Philippe Cazier avait consacré à l’essai de Françoise Vergès, Un féminisme décolonial, en septembre 2019.

Les lecteurs français avaient découvert Nathaniel Rich via une sidérante dystopie réaliste, Paris sur l’avenir, une alliance de mots qui n’a plus rien de paradoxal quand le climat se dérègle. Le sujet est bien de Perdre la Terre. Là est en effet l’Histoire de notre temps, sous-titre du dernier essai de Nathaniel Rich qui paraît aujourd’jui en poche aux éditions Points.

Que dit le psaume CXXXVII ? Qu’il existe un lien viscéral entre la terre et le chant ; qu’un lieu qu’on ne peut aimer est un lieu qu’on ne peut chanter, et qu’un lieu qu’on ne peut chanter reste une terre étrangère. Le mal du pays est aphone : « Hélas ! leur dîmes-nous, qui pourrait inciter — Nos cœurs tristes et lourds à chanter la louange — De Dieu, sur cette terre et ce rivage étrange ? » (Clément Marot a chanté Sur les fleuves de Babylone, bien avant les Boney M. et les pattes d’éléphant).

Le 5 novembre 2022 un ouragan dans la baie de San Francisco provoque 60000 morts et efface Oakland et San José de la carte. Les assurances ne peuvent couvrir les remboursements et, par un effet domino, c’est toute l’économie américaine qui s’effondre, entraînant le système mondial avec elle. Le point de départ du roman d’Antoinette Rychner est à peine dystopique : capitalisme et bouleversements climatiques sont intimement liés, le scénario de nos devenirs apocalyptiques est face à nous. Mais comment dire l’après, un Après le monde ?

C’est le premier dimanche d’automne. Nous sommes couchés dans une prairie en amont de Montricher. Au fond du tableau, le Mont-Blanc comme une boule de papier froissé et, à nos pieds, au bout des bois, la canopée de béton de la Fondation Michalski. Invités aux journées sur l’Écriture des lieux, nous avons eu le plaisir d’apprendre que Jean Hegland est en résidence à la Fondation.